Un grand artiste fauché en pleine jeunesse, des aquarelles hantées de folklore et de magie, un sculpteur cubain dont on redécouvre la virtuosité poétique, un éloge des possibles de l’art textile…
Dans cette nouvelle sélection d’expositions gratuites, qui va du XIXe siècle à l’art d’aujourd’hui, l’éclectisme et la réinvention sont de mise. Et vont de pair avec un printemps plus que jamais ouvert à la créativité. En route !
Henri Regnault, Orphée aux enfers, 1865
Huile sur toile • 117,5 × 146,5 cm • Coll. musée des Beaux-Arts, Calais • © Musée des Beaux-Arts de Calais / F. Kleinefenn
Il est mort à 27 ans. Atteint par une balle prussienne durant la bataille de Buzenval, Henri Regnault (1843–1871) était un jeune peintre prometteur, tout juste fiancé. Ce printemps, le musée des Avelines à Saint-Cloud met en lumière un artiste estimé de ses pairs, dont la mort a inspiré une toile poignante à son ami Carolus-Duran (Henri Regnault mort au champ de bataille, 1871), également présent dans l’exposition avec quelques-uns de leurs contemporains. Ancien élève du lycée Henri IV, Henri Regnault se forme aux côtés de Louis Lamothe puis d’Alexandre Cabanel. Il remporte le prix de Rome en 1866 grâce à sa toile Thétis apportant à Achille les armes forgées par Vulcain, ce qui lui permet de partir pour la Villa Médicis et, de là, de multiplier les voyages. Salué au salon de 1870, il attire aussi l’attention de Théophile Gautier, qui écrit : « Il est original sans effort, parce qu’il est lui-même. » À redécouvrir.
Henri Regnault (1843-1871). Le sabre et le pinceau
Du 3 avril 2025 au 13 juillet 2025
Musée des Avelines • 60 Rue Gounod • 92210 Saint-Cloud
www.musee-saintcloud.fr
Bilal Hamdad, L’horizon, 2023
Huile sur toile • 160 × 200 cm • Courtesy Bilal Hamdad
Le décoratif ? Très peu pour eux. Collectionneurs, Estelle et Hervé Francès ont ouvert leur fondation en 2009 à Senlis, et concentrent depuis leurs acquisitions et leurs expositions sur « des œuvres que l’on n’oublie pas », et ce « même si elles dérangent, choquent, provoquent le débat », comme ils l’expliquent bien volontiers. Pour leur nouvelle exposition à Clichy, ils mettent l’accent sur l’art comme une « blessure ouverte » et réunissent des œuvres puissantes. Comme une Pieta (2012) mi-animale mi-fantomatique de Stéphane Pencréac’h, le portrait d’un jeune garçon absorbé par sa console de jeu sculpté par Aaron Young (Untitled, 2011) ou un Horizon (2023) funèbre peint par Bilal Hamdad, figurant deux corps de migrants flottant sur l’eau noire…
La vie est une plaie dont je ne me défais pas
Du 5 avril 2025 au 19 juillet 2025
Fondation Francès • 21 Rue Georges Boisseau • 92110 Clichy
www.fondationfrances.com
Vue de l’exposition « La mémoire du futur » d’Agustín Cárdenas à la galerie Mitterand, Paris, 2025
Courtesy Mitterrand, Paris / Photo Aurélien Mole
Il fait partie des artistes mis en lumière par la grande exposition « Paris noir » au Centre Pompidou : né à Cuba, Agustín Cárdenas (1927–2001) a d’abord étudié aux beaux-arts de La Havane avant de recevoir une bourse pour travailler à Paris, où il rejoint le mouvement surréaliste. Reconnu et salué de son vivant, l’artiste travaille le bronze ou le bois, qu’il patine et peint, et trace un sillon entre figuration et abstraction, ses formes élancées, énigmatiques, étant souvent éclairées d’un titre concret ou poétique, Couple antillais (1957), La vierge à l’enfant (1956), Mon ombre après minuit (1963). « Cárdenas est notre santé, disait Édouard Glissant. Le marbre qu’il a écumé s’enracine dans l’air. Le bronze qu’il a projeté sue un sang nouveau. » Une belle exposition monographique, complément du très copieux « Paris noir », à voir à cinq minutes à pied du Centre Pompidou.
Agustín Cárdenas. La mémoire du futur
Du 2 avril 2025 au 29 mai 2025
Galerie Mitterrand • 79 Rue du Temple • 75003 Paris
mitterrand.com
Aurélie Mathigot, Série J’adore me perdre au musée (détail), 2018–2019
Photographies brodées sur toile de peintre, broderies fils et broderies perles • 130 × 97 cm • © Aurélie Mathigot / Photo Matthieu Gauchet
On n’a pas fini d’être étonné par les possibles de l’art textile. Cousus, brodés, sculptés, assemblés, le fil et le tissu sont au cœur de cette exposition du Bureau du design, de la mode et des métiers d’art réunissant 16 créateurs à l’occasion des Journées européennes des métiers d’art, dans le 12e arrondissement de Paris. Qu’y voit-on ? Des portraits picturaux de la plasticienne Aurélie Mathigot, un fin travail de la maille chez la jeune créatrice diplômée de l’Institut français de la mode Emilie Luc-Duc, une tapisserie noire et blanche tout en formes géométriques signée Hanako Stubbe, un abri en panneaux duveteux créé par Jeanne Goutelle, un sublime paysage souple de Morgane Baroghel-Crucq… Entre art et design, un panorama stimulant.
Fils et filiations
Du 27 mars 2025 au 28 mai 2025
Galerie des Ateliers de Paris • 30 Rue du Faubourg Saint-Antoine • 75012 Paris
www.bdmma.paris
Vue de l’exposition « Plus un oiseau qu’un ange » de Makiko Furuichi à la galerie Les filles du calvaire, Paris, 2025
© Nicolas Brasseur
Parti de la feuille, le pinceau s’échappe du cadre. Il court sur le mur, se laisse glisser sur d’immenses pans de tissu, qui montent jusqu’au plafond et invitent dans l’espace une installation à échelle architecturale. Pour son exposition à la galerie des Filles du calvaire, la peintre Makiko Furuichi (née en 1987) a imaginé une série d’œuvres autour de la figure folklorique du yōkai japonais, et donne naissance à de sublimes êtres d’aquarelles, entre animaux, humains et créatures mythologiques. Dans ce conte aux couleurs délavées et aux contours ondulants, n’émerge aucune certitude mais des songes, qui flottent et hypnotisent. Un très beau travail.
Makiko Furuichi. Plus un oiseau qu'un ange
Du 27 mars 2025 au 10 mai 2025
Galerie Les Filles du Calvaire • 17 Rue des Filles du Calvaire • 75003 Paris
www.fillesducalvaire.com
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