« La maison que vous voyez là, c’est la maison de mon enfance. Je m’appelle Raphaël, et sur ces images, j’ai 10 ans. » Ainsi commence le court-métrage réalisé par Raphaël Frydman, grand enfant de 47 ans qui vient de remporter le grand prix de l’Artefact AI Film Festival. La société française Artefact, référence internationale dans le domaine de l’intelligence artificielle, s’est en effet associée au groupe de cinéma d’art et essai MK2 pour créer un surprenant concours de courts-métrages. Une seule consigne : utiliser au moins un outil d’IA générative dans chacune des trois phases de la production du film (préproduction, production, postproduction). Un ovni dans le paysage des festivals de cinéma !
Avec La vie quand t’ai mort, Raphaël Frydman raconte les rêveries d’un petit garçon (lui-même) qui imagine un film sur la vie après la mort. Où vont les défunts après leur dernier soupir ? Réponse : « sur une île dont on ne revient pas » et où l’on est accueilli avec des pop-corn ! Là-bas, ils auront la chance (ou le malheur !) de revoir, encore et encore, le film de leur vie. Une truculente comédie aux tons pastel qui évoque l’univers des films de Wes Anderson…
« Sans l’IA, ce film n’aurait jamais existé parce qu’il y a trop de décors, de personnages… Financièrement, ça aurait été impossible à produire. »
Pour arriver à ce résultat, le lauréat du concours a utilisé quatre logiciels différents : Midjourney pour les images, Runway pour les animations, Udio pour les musiques et ElevenLabs pour les effets sonores. La voix off et le scénario constituent les seuls éléments du film garantis sans IA. Une première pour celui qui n’avait jusqu’à présent jamais eu recours à cette technologie !
Pas de quoi effrayer le créatif qui cultive une curiosité sans bornes et « un côté amateur ». En témoigne son CV éclectique : Raphaël Frydman a réalisé des publicités, des clips, des documentaires, des longs-métrages (Adieu Babylone en 2001 avec Isild Le Besco, ou encore N’importe qui en 2014 avec Rémi Gaillard) et a même publié en 2021 avec Luc Desportes un roman graphique, L’Échelle de Richter, aux éditions Gallimard.
« Sans l’IA, ce film n’aurait jamais existé, nous assure-t-il, parce qu’il y a trop de décors, de personnages… Financièrement, ça aurait été impossible à produire. » L’usage de l’IA colle aussi à l’histoire du film car « il y a quelque chose d’enfantin, de ludique, un sentiment démiurgique de voir ses rêves prendre forme », décrypte le réalisateur. Invité sur France Inter, le directeur général de MK2 Elisha Karmitz, membre du jury du concours, va dans son sens en déclarant : « c’est un film qui utilise ces outils (d’IA, ndlr) au service du récit. »
Pour Raphaël Frydman, les IA génératives sont « comme des nouveaux pinceaux qui racontent des choses que je n’ai jamais pu exprimer. » Lui, fils de la peintre Monique Frydman, a apprécié l’expérience de réalisation en solo, qu’il compare à celle d’un artiste plasticien dans son atelier, loin donc de l’ambiance d’un tournage. D’ailleurs, il compte bien développer cette nouvelle pratique pour de futurs projets. À ses yeux, l’intelligence artificielle peut être un outil puissant pour les artistes, un médium supplémentaire.
Pour cette première édition, trois autres courts-métrages ont été récompensés, parmi les 150 films sélectionnés. Présidé par le réalisateur Jean-Pierre Jeunet (Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain, Un long dimanche de fiançailles), le jury était composé du directeur général de MK2 Elisha Karmitz, de l’actrice Virginie Ledoyen, du président d’Arte France Bruno Patino et enfin de la jeune actrice et réalisatrice Enora Hope qui s’est fait connaître pour ses courts-métrages sur les réseaux sociaux.
La vie quand t'ai mort
de Raphaël Frydman
5 min · 2024
Artefact AI festival
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