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MAMO - Marseille

Alex Israel fait planer le spectre de Batman sur Marseille

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Plasticien, mais aussi designer de lunettes de soleil et collaborateur dans la mode, l’artiste californien Alex Israel déclare sa flamme à une icône d’Hollywood : Batman. Au MAMO, le Centre d’Art de la Cité radieuse, il convoque sa mythique Batmobile et son Bat-Signal. Quand Marseille prend des allures de Gotham City…
Alex Israel
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Alex Israel, 2019

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© We Are Content(s) / Courtesy MAMO, Marseille Modulor

Depuis le 8 juin, les Marseillais peuvent contempler dans le ciel un symbole aussi improbable que familier : le Bat-Signal. En effet, un projecteur géant datant de la Seconde Guerre mondiale, modifié par des ingénieurs, s’est installé sur le toit de la Cité radieuse de Marseille. Grâce à lui, le signal de détresse employé par la police de Gotham City pour appeler à la rescousse l’homme chauve-souris peut être émis. Pourtant, le super-héros ne se montrera pas dans la cité phocéenne… Même si nous avions désespérément besoin d’aide, tant pis, le sauveur restera tapi dans le domaine des fantasmes. Voilà ce que suggère Alex Israel, l’artiste trentenaire qui a imaginé cette installation grandiloquente.

Alex Israel, Bat-Signal 1989
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Alex Israel, Bat-Signal 1989, 2019

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© We Are Content(s) / Courtesy MAMO, Marseille Modulor

En plus de l’obtention d’une autorisation de la Warner, le MAMO – Centre d’Art de la Cité radieuse, conçu et dirigé par Ora-ïto – a dû concevoir une nouvelle technologie capable de projeter ce symbole lumineux (un effet spécial dans le film), dépensant sans compter des watts d’électricité – le signal, nous dit-on, devrait rester allumé la journée… Tel un super-héros, Alex Israel a voulu accomplir l’impossible : « Une mythologie entoure la ville de Marseille, cultivant au XXe siècle une image de ville dure et dangereuse. C’est pour cela que j’ai pensé à Gotham City et au Batman de 1989 de Tim Burton, un film qui continue de me hanter depuis que je l’ai vu à l’âge de 7 ans. La figure de Batman est particulière, car c’est un être humain qui n’a pas de super-pouvoir. Tout le monde pourrait potentiellement être Batman. »

En plus du Bat-Signal, l’espace d’exposition, situé au cœur de l’architecture mythique de Le Corbusier, accueille une carcasse originale de la Batmobile, plongée dans l’obscurité, vrombissante et dégoulinante de vapeur. Une mise en scène qui la réduit à l’état de spectre, à l’instar du Batman que l’artiste appelle en vain dans le ciel. Au MAMO, le fantasme rencontre donc le réel dans une confrontation qui se révèle kitschissime. Difficile de ne pas être tiraillé entre surprise, émerveillement et désillusion. « Les gens ont toujours besoin d’un héros », se justifie Alex Israel, prenant à contre-pied le titre-manifeste de la dernière Biennale de Berlin (« Nous n’avons pas besoin d’un autre héros »), cette dernière critiquant la figure de l’homme providentiel au profit de solutions collectives.

Alex Israel, Batmobile 1989
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Alex Israel, Batmobile 1989, 2019

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© We Are Content(s) / Courtesy MAMO, Marseille Modulor

Le super-héros américain se nourrit de nos incertitudes et refait précisément surface à des époques politiquement troublées.

Ce n’est pas un hasard si une trentaine de blockbusters de super-héros sont prévus sur les écrans d’ici 2022. Guerre froide, choc pétrolier, crise des subprimes… Le super-héros américain se nourrit de nos incertitudes et refait précisément surface à des époques politiquement troublées. Pour preuve, le premier d’entre eux, Superman, est né sur le papier juste avant la Seconde Guerre mondiale, en 1938. Captain America, lui, a été créé comme symbole d’opposition au communisme et Iron Man, pour faire l’apologie de l’arsenal militaro-industriel américain. Aujourd’hui – moins chauvin et un poil moins viril – le super-héros n’est plus un simple instrument de propagande même s’il véhicule, toujours en sous-main, des valeurs plus ou moins louables. Héritier des héros de la mythologie grecque, il est populaire, car il rassure avec panache, nous transportant dans un monde simpliste où il incarne cette force unique repoussant le mal et nous procurant un shot de cette émotion si rare : l’espoir. N’est-ce pas d’ailleurs ce que la culture pop sait offrir de mieux en période de crise ?

C’est en tout cas la perspective qu’épouse Alex Israel, connu pour sa fine analyse des artifices aussi flamboyants que séduisants de Los Angeles, déjà déployés à l’occasion d’une exposition au Consortium de Dijon en 2013. Talk-show superficiel, sculptures et peintures aux dégradés sunsets, décors de cinéma… L’artiste se glisse avec aisance au cœur du système et participe pleinement à la machine financière et médiatique qu’est Hollywood. Tel un anthropologue ? Ou plutôt pour s’en moquer ? « Je ne pense pas que l’art doive être toujours critique de lui-même et de la culture. Faire de l’art en rapport avec Hollywood n’est donc pas un exercice critique, mais une façon de me demander ici pourquoi, bien que nous sachions pertinemment que Batman n’est pas réel, nous continuons de l’aimer », commente l’artiste.

La théoricienne Lauren Berlant forgeait en 2011 le concept d’optimisme cruel, soulignant notre attachement à des rêves voués à être anéantis. Pour la plupart d’entre nous, l’homme-chauve-souris est de ceux-là. Mais, après s’être interrogé sur l’amour que nous lui portons depuis 80 ans, peut-être serait-il temps de le réinventer, voire d’inventer de nouveaux héros, plus vulnérables, moins testostéronés, des héros qui ne soient pas milliardaires mais collectifs, pauvres, migrants, musulmans, végétaux, écolos, trans…

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Alex Israel

Du 8 juin 2019 au 31 août 2019

MAMO – Centre d’art de la Cité radieuse • 280, boulevard Michelet • 13008 Marseille

Conçu et dirigé par Ora-ïto
mamo.fr

Avec le soutien de RIMOWA

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