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Vue de l’exposition “Air de repos (Breathwork)” au Capc Musée d’art contemporain de Bordeaux, 2025
Photo Arthur Pequin
Respirer. Le réflexe est vital. Pourtant, il n’en est pas moins attaqué, menacé. Par la pollution de l’air, par les virus qui essoufflent (l’ombre du Covid plane toujours…), par les forces de l’ordre aussi, avec le gaz lacrymogène employé pour réprimer les manifestations aux violences meurtrières. Les dernières années n’ont pas manqué de nous couper le souffle, comme le rappelle Cédric Fauq, commissaire de l’exposition « Air de repos (Breathwork) ». Or, explique-t-il, un musée est un lieu où « l’air est un sujet à part entière ».
« On y surveille la température, le taux d’humidité et la présence de particules de poussières. L’art aurait donc besoin d’un air stable et neutre. » Le musée, poursuit-il, bénéficierait donc d’une atmosphère à part, « différente de celle du reste du monde ».
Vue de l’exposition « Air de repos (Breathwork) » au Capc Musée d’art contemporain de Bordeaux, 2025
Photo Arthur Pequin
Le constat est éminemment sympathique, et engendre chez le commissaire tout une réflexion autour de l’institution muséale, mais aussi autour de l’expérience de l’art, de l’effort que cela demande – comme un marcheur grimperait en haut d’une montagne pour y trouver de l’air pur, on entre dans un musée pour y trouver un oxygène intellectuel, exigeant, peut-être, mais essentiel.
« Si cette exposition cherche à penser la respiration et notre rapport à l’air, elle dépend aussi d’une masse importante de matière. »
Cédric Fauq
Pour faire du musée une véritable « aire de repos », l’exposition est majoritairement composée d’installations et de ready-mades, et se veut « sans images » afin de « lutter contre la fatigue rétinienne et permettre aux images de se reposer ». On plonge ainsi dans une expérience plus qu’on entre dans une institution au pouvoir ascendant. Et cela commence dès l’extérieur du CAPC.
Vue de la façade du Capc Musée d’art contemporain de Bordeaux, ancien entrepôt de denrées coloniales
Photo Arthur Pequin
Sur la façade, Alexandre Khondji (né en 1993) dialogue avec l’histoire de cet ancien entrepôt de denrées coloniales en retirant simplement trois lettres d’acier de sa devanture, pour laisser apparaître un mot : « REPÔT ». Il donne le ton ! Également sur la façade, Valérian Goalec (né en 1986) affiche, quant à lui, un chiffre énigmatique : « 9 635 kg »… Celui-ci correspond au poids total des œuvres de l’exposition et, comme l’explique le commissaire, « permet aussi de pointer du doigt le caractère paradoxal de cette exposition qui, si elle cherche à penser la respiration et notre rapport à l’air, dépend d’une masse importante de matière ».
Dans le musée, un parfum vous attend : composé par Adam Farah-Saad (né en 1991), il vous sera donné à sentir par l’un des surveillants du musée sur une petite languette de papier, que vous pourrez emporter dans votre poche. C’est impossible à deviner mais cette œuvre convoque deux souvenirs : celui d’un quartier où a vécu la mère de l’artiste et celui d’un club queer qu’il a fréquenté. L’expérience invite en tout cas à prendre une grande inspiration ; et à respirer l’air purifié de la nef du CAPC, Carolyn Lazard (née en 1987) ayant disposé dans l’espace quatorze purificateurs d’air – un geste qui agit « comme un acte de soin de la part de l’artiste pour les visiteurs ».
Vue de la nef du Capc de Bordeaux qui accueille l’exposition « Air de repos (Breathwork) », 2025
Photo Arthur Pequin
L’implication du corps va plus loin encore avec Abbas Zahedi (né en 1984) qui propose au public des canettes emplies d’une boisson à base d’algues, à déguster durant la visite, et nommée MOZZ (2024). « Abbas Zahedi l’a conçue après avoir mené des recherches sur le rôle que tiennent les plantes fossiles dans le maintien de notre biosphère et des conditions atmosphériques habitables dont nous dépendons. »
Bien hydraté, on s’arrêtera ensuite sur une autre œuvre rêveuse, qui nous relie au musée aussi bien qu’à la nature environnante : projetée sur une cimaise de bois, celle-ci est une vidéo que Olu Ogunnaike (né en 1986) diffuse en continu grâce à une caméra fixée sur la façade du musée et qui donne à voir la cime des arbres proches de l’entrée, le vent dans les feuilles, les variations de la lumière. Le geste est minimal mais sa délicatesse bouleverse autant que sa subversion, Olu Ogunnaike détournant ici de sa fonction autoritaire une caméra de surveillance.
Vue de l’exposition « Air de repos (Breathwork) » au Capc Musée d’art contemporain de Bordeaux, 2025
Photo Arthur Pequin
L’exposition se poursuit sur les mezzanines du musée (où l’on peut notamment écouter différents entretiens menés par le commissaire avec des personnalités comme l’artiste, juriste et chercheur Guillaume Maraud), mais aussi sur son toit, et même dans son ascenseur. C’est Cally Spooner (née en 1983) qui investit la cabine d’une œuvre sonore, donnant à entendre des enfants qui comptent jusqu’au dernier nombre qu’ils connaissent. Hésitante ou précipitée, leur voix s’accorde plus ou moins avec le défilé des étages.
Elle nous accompagne jusque sous le ciel, où une autre voix nous transperce, enregistrée par Pierre Allain (né en 1998) et diffusée sur la terrasse du musée. Popularisée par l’émission « La France a un incroyable talent », la chirurgienne Aïcha N’doye a pris l’habitude de chanter une chanson à ses patients avant leur opération, constatant que l’effet bénéfique de la musique permettait d’utiliser moins de produits anesthésiants… L’art, une bouffée d’air bienfaisante ? La thèse est désormais prouvée !
Air de repos (Breathwork)
Du 14 novembre 2024 au 4 mai 2025
CAPC • 7 Rue Ferrere • 33000 Bordeaux
www.capc-bordeaux.fr
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