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Il y a encore quelques semaines, l’ouverture du Vernon Subutex 3 de Virginie Despentes semblait douloureusement juste : « La gare de Bordeaux est en rénovation, une forêt de tréteaux lui remplit le ventre ». Aujourd’hui, et depuis le 2 juillet 2017, Bordeaux ne se trouve plus qu’à 2h04 de Paris, et sa gare s’est (enfin !) libérée des milliers d’échafaudages étouffants qui ont inspiré l’écrivaine. Alors, première chose à faire en arrivant : levez le nez et laissez-vous étourdir un instant par cette immense verrière qui laisse entrevoir le bleu du ciel. Puis, sortez de la gare : vous tomberez nez à nez avec un homme sculpté grandeur nature, signé Antony Gormley. Il y en a une vingtaine dans la ville, dispersés dans les rues, et jusque sur le toit des monuments…
Vue d’une des sculptures de l’artiste Antony Gormley
© Thomas Sanson
Pour le sculpteur britannique Antony Gormley, « l’homme est un paysage ». C’est pourquoi ses silhouettes de bronze – et parfois de fibre de verre – s’intègrent si bien dans la ville. Après votre trajet en train, dégourdissez-vous donc les jambes en suivant le cours de la Marne, puis la rue Peyronnet jusqu’à la porte de Bourgogne, afin de croiser quelques-unes de ses sculptures. Mesurez-vous à leur stature : elles ont été conçues d’après le corps et la taille de l’artiste lui-même !
Arrivés dans le centre-ville, arrêtez-vous devant le Grand Théâtre, inauguré en 1780 : sur son toit, au milieu des muses Vénus et Calliope, un homme dressé – c’est toujours Antony Gormley – nous invite à pénétrer dans le hall de l’actuel opéra. Profitez-en pour réserver vos places pour l’Orchestre à Grande Vitesse du 23 septembre, un concert amusant qui fait dialoguer les références autour de l’idée de déplacement (Harry Potter, Duke Ellington et Wagner s’y trouvent réunis !) – clin d’œil musical à un nouvel exploit : le TGV Bordeaux-Paris.
Après avoir déjeuné au Quatrième Mur, restaurant de Philippe Etchebest situé en face du Grand Théâtre (formule à prix léger, plafonds très hauts et plats façon brasserie soignée), direction le CAPC (musée d’art contemporain), où l’artiste représentant du land art Richard Long a laissé un message d’amour à la ville et à sa lumière. Arrivés au musée, filez donc au dernier étage pour découvrir les œuvres pérennes qu’il a disposées de façon symétrique sur les ailes de la terrasse : deux longues bandes de pierres de calcaire blanc (de la carrière Malville en Dordogne) et d’ardoise sombre (de Cornouailles) répondent au ciel. Sublime.
Richard Long, Cornwall Slate Line (Ligne d’ardoise de Cornouailles), 1981
Ardoise • 10 × 163 × 860 cm • Coll. CAPC musée d’art contemporain de Bordeaux / © Adagp, Paris / Photo Frédéric Delpech
Redescendus dans les étages, préparez-vous à un long après-midi de visite dans cet ancien entrepôt qui abrite aujourd’hui le CAPC et le centre d’architecture Arc en rêve. Le premier accueille régulièrement dans sa nef de monumentales installations. Après les étendues de miroirs de Daniel Buren en 1991 et l’invasion de pneus d’Allan Kaprow en 2013, place à Naufus Ramírez-Figueroa et ses figures étranges, humaines et végétales, qui convoquent un propos politique douloureux autour de l’histoire du Guatemala. On s’y balade comme dans un musée de curiosités… Avant de se concentrer sur l’exposition « La question de la matière », qui interroge les rapports entre art et géologie. Finissez chez Arc en rêve, où la relation du skate avec l’architecture est explorée avec jubilation : un final sportif pour vous donner faim !
Naufus Ramírez-Figueroa, Linnæus In Tenebris, 2017
Vue de l’installation in situ au CAPC musée d’art contemporain de Bordeaux
Photo Arthur Péquin
Aux rues bourgeoises d’une ville viticole répond avec malice Darwin, un tout nouveau lieu alternatif – trois hectares de friches ! – où l’on danse toute la nuit en compagnie de la jeunesse branchée du coin. Juste en face du CAPC (la Garonne les sépare d’une vingtaine de minutes à pied), Darwin réunit épicerie bio, espaces de coworking, bar avec DJ sets et skatepark. Des projets artistiques temporaires y sont également menés, en général amusants et décalés : le soir où nous y étions, le touche-à-tout Guillaume Fédou avait carte blanche pour nous mener dans un parcours érotique, où les cinq sens étaient sollicités (yeux bandés et sensations humides, odeurs corporelles en tout genre et bruitages à rougir étaient explorés sans complexe, dans une bonne humeur potache). Bref, rien de mieux pour finir la journée en beauté !
« Bowl Beton » à l’espace Darwin
© David Sanchez
Après une nuit au Mama Shelter, dont le rooftop un brin snob offre une vue panoramique sur la ville, direction le musée des Beaux-Arts, à moins de dix minutes à pied. Dans les deux ailes reliées par une installation monumentale contemporaine de Franck Tallon – un couloir de reproductions de peintures, dans lequel on passe comme à travers les portes d’un monde nouveau –, on découvre une très sage collection de paysages (Corot, Boudin, Díaz de la Peña), dont certains dépeignent Bordeaux et ses environs, entrecoupée d’œuvres contemporaines (Miquel Barceló, Jack Pierson, Nicolas Milhé).
Vue de l’installation de Franck Tallon au Musée des Beaux-Arts de Bordeaux
En taxi, on s’échappe des rues lumineuses du centre pour s’enfoncer dans un quartier industriel, au nord de la ville, afin de visiter la flamboyante et toute nouvelle Cité du Vin, ouverte en juin 2016. Première chose à faire : tourner autour de cette gigantesque évocation d’un cep de vigne. La lumière changeante joue avec les panneaux de verre sérigraphié et d’aluminium, créant ainsi un dialogue entre la ville moderne et l’environnement naturel dans laquelle elle s’inscrit, à deux pas du fleuve. À l’intérieur, vous découvrirez une exposition autour de la Géorgie, bien connue des amateurs de bons crus pour sa viticulture ancienne et raffinée.
La Cité du Vin
Photo Anaka / La Cité du Vin / XTU architects / © DR
Cité du Vin
Ouvert tous les jours de 10h à 18h
134-150 Quai de Bacalan • 33300 Bordeaux
www.laciteduvin.com
Reprenez vos esprits et enfilez votre masque de plongée pour vous rendre au FRAC Aquitaine, à deux pas de là. Une quarantaine d’œuvres y déclinent le thème des « mondes aquatiques » avec une magie et une poésie peu communes, faisant de cette modeste exposition un moment de grâce. De la Tentative de moulage d’eau de Rainier Lericolais aux empreintes d’anguilles sur toile de Bastien Cosson, en passant par le portrait de Natacha Lesueur, les yeux recouverts d’écailles, et par le bijou microscopique de Hubert Duprat, qui a laissé une larve fabriquer un petit tube avec des pierres précieuses, les artistes s’y transforment en pêcheurs… de bonnes idées !
Vue de l’exposition « Des Mondes aquatiques », Frac Aquitaine
Photo Jean-Christophe Garcia
Si tout cela vous a mis en appétit, rendez-vous à 15 minutes de là, dans le restaurant le plus sympathique de Bordeaux, spacieux et ouvert sur la verdure : Les Chantiers de la Garonne. Terrasse où on a les pieds dans le sable, huîtres fraîches et vin blanc des coteaux voisins, voilà de quoi oublier que la fin du week-end approche… Mais pas avant une grande balade en ville, et notamment dans le quartier de Darwin (on ne s’en lasse pas), voisin du restaurant, où les street artists sont chez eux. Le dernier geste en date est signé Pierre Bertolotti, qui a peint un hommage en noir et blanc à sa grand-mère centenaire en reproduisant à grande échelle une jolie photographie de couple.
Vue de l’Espace Darwin
En retournant vers le centre, arrêtez-vous donc devant le célèbre Miroir d’eau de la ville : cette gigantesque fontaine de près de 4 000 mètres carrés a été conçue en 2006, en référence à la place Saint-Marc de Venise, qui se transforme les jours de pluie en surface brillante. Les enfants s’amusent comme des fous dans ce bassin profond de quelques centimètres ; les adultes, quant à eux, entretiennent quotidiennement son statut de lieu le plus photographié de la ville. À noter : du 20 au 24 septembre 2017, le sculpteur franco-argentin Pablo Reinoso installera six volumineuses sculptures sur le Miroir d’eau, dont les formes évoqueront des bancs aux lattes devenues spaghetti vivants. Une magie supplémentaire pour ce lieu unique.
Dans le cadre de la Biennale d'architecture, d'urbanisme et de design Agora
En retournant vers le centre, n’oubliez pas de consacrer votre ultime visite au musée des Arts décoratifs et du Design, où se tient la très amusante exposition « Oh couleurs ! ». Elle explore avec facétie les gammes de couleurs utilisées par les grands industriels (Tupperware par exemple), sur les drapeaux (un petit jeu de reconnaissance s’impose), par les créateurs de mode (ou pour une écharpe de supporter !), pour les architectures de Le Corbusier, ou encore pour les rouges à lèvres d’Olivier Saillard. C’est donc un véritable arc-en-ciel, qui dessine une histoire des objets du XXe siècle joyeusement désordonnée. Une pépite, avant de rejoindre la gare où vous dégusterez peut-être un dernier petit cannelé.
Le jaune du Sud
Coll. Musée des Arts décoratifs et du Design / © MADD Bordeaux — J.C. Garcia
En savoir plus
Toute la programmation de la saison « Paysages » est à retrouver sur www.paysagesbordeaux2017.fr/
Paris-Bordeaux : en route !
Départs de Paris Montparnasse, le samedi à 8h52
Retour le dimanche à 18h04
Où se loger ?
Mama Shelter Bordeaux
Pour comprendre l’esprit de renouveau de Bordeaux, rien de tel que cette nouvelle adresse centrale, dotée de 97 chambres et d’un rooftop où se pressent les branchés. Petit-déjeuner fastueux, masques de super-héros à disposition dans les chambres, le tout dans un bâtiment industriel de 1930 reconverti en bonbonnière minimaliste.
19 rue Poquelin Molière, 33 000 Bordeaux
Chambres à partir de 69 euros
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