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Musée Guimet

Au musée Guimet, « la Mona Lisa du Cambodge » rayonne au milieu des splendides bronzes d’Angkor

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Publié le , mis à jour le
Bouddhas et bodhisattvas sereins aux sourires énigmatiques et aux élégants jeux de mains, dieux hindous à bras multiples ou à têtes d’animaux, Vishnou monumental… Le musée Guimet dévoile la beauté pure et majestueuse des sculptures en bronze de l’Empire khmer (puissance dominante de la péninsule indochinoise entre les IXe et XIIIe siècles) qui peuplaient les temples du fameux site d’Angkor, au Cambodge. Une exposition enrichie par de récentes et passionnantes découvertes archéologiques.
Vishnou, pièce maitresse de l’exposition d’Angkor au musée Guimet
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Vishnou, pièce maitresse de l’exposition d’Angkor au musée Guimet, Époque angkorienne, seconde moitié du XIe siècle

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Bronze • Coll. Musée national du Cambodge, Phnom Penh, Cambodge • © Thierry Ollivier

Le brouhaha qui emplissait la cour khmère du musée Guimet a soudain laissé place à un silence planant, lorsque la ministre de la culture du Cambodge, Phoeurng Sackona, s’est avancée pour se recueillir devant le grand Vishnou (chef-d’œuvre de l’exposition) et déposer à ses pieds un bouquet de fleurs. Un rappel du caractère sacré toujours vivace, pour des millions de personnes dans le monde, de ce que les non-initiés voient avant tout comme de magnifiques œuvres d’art et de fascinants vestiges archéologiques.

Cette force du sacré est à vrai dire ressentie par tous, croyants ou non, face aux œuvres majeures de cette exposition. Douceur et harmonie des volumes, épure et sérénité des traits, finesse et parcimonie des détails… La beauté des sculptures en bronze de l’empire khmer (grande puissance dominante de la péninsule indochinoise du IXe au XIIIe siècles) issues des 200 temples de l’immense site archéologique d’Angkor, dans le nord du Cambodge, laisse sans voix.

Poignée de miroir rituel
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Poignée de miroir rituel, Époque angkorienne, début du XIIIe siècle

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Bronze • 24,5 cm • Coll. Musée national des arts asiatiques – Guimet, Paris • © Thierry Ollivier

« Ces objets permettent d’imaginer la vie de ces temples qui aujourd’hui ne sont plus que des squelettes de pierre désertés. »

Brice Vincent

Ce parcours, la première grande exposition sur l’art khmer organisée au musée Guimet depuis une trentaine d’années, est constitué en majeure partie de chefs-d’œuvre venus du musée national du Cambodge. Ces pièces en bronze sont d’autant plus précieuses que beaucoup d’autres ont été pillées pour être refondues ou revendues sous le manteau. Les connaissances à leur sujet sont encore parcellaires, notamment en raison de décennies de conflits armés qui ont empêché l’avancement des recherches archéologiques.

Merveilles sacrées

Dans l’exposition, des vidéos permettent de se plonger dans les ruines des temples d’Angkor entourées de collines verdoyantes et de brumes, afin de replacer ces œuvres dans leur décor majestueux et nimbé de mystère. Le cœur de l’exposition se consacre à la grande période angkorienne, couvrant les XIIe et XIIIe siècles. Scandée par des portiques rappelant la solennité spirituelle d’Angkor, la scénographie fait émerger les bronzes de la pénombre pour en sublimer l’épure et la préciosité.

Bouddha siégeant sur le naga
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Bouddha siégeant sur le naga, époque angkorienne, seconde moitié du XIIe siècle

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Bronze • 71 cm • Coll. Musée national du Cambodge, Phnom Penh, Cambodge • © Thierry Ollivier

Bouddhisme et hindouisme, qui se sont développés conjointement à Angkor, s’entremêlent. Car si l’hindouisme était la religion des rois khmers, le bouddhisme y bénéficiait de la protection royale. On y découvre des bouddhas et bodhisattvas sereins aux traits épurés, aux poses hiératiques et aux gracieux jeux de mains, ainsi que des dieux hindous dont la peau lisse contraste avec les détails ciselés de leurs bijoux, pagnes, cheveux et coiffes. D’autres figures arrêtent le regard, comme une sculpture de Ganesh (dieu hindou à tête d’éléphant) ouvragée, un superbe Shiva aux multiples bras déployés de part et d’autre de son corps comme des éventails, un grand taureau sacré à l’œil bienveillant, ou encore un bouddha assis en tailleur sur un cobra – le « nāga » de la mythologie bouddhiste.

Loin de se cantonner aux figures divines, l’exposition présente également des objets rituels en bronze utilisés dans les temples d’Angkor, où officiaient parfois plus d’un millier de maîtres de cérémonie, d’assistants et de danseuses. Lampes encensoirs, brûle-parfum, tambourins… « Ces objets permettent d’imaginer la vie de ces temples qui aujourd’hui ne sont plus que des squelettes de pierre désertés », commente Brice Vincent, maître de conférences à l’École française d’Extrême-Orient et co-commissaire de l’exposition. S’y ajoutent également des éléments architecturaux en bronze, tel un gardien de porte, ainsi qu’une extraordinaire figure de proue à l’effigie de l’homme-oiseau Garuda (monture de Vishnou) et aux formes baroques électrisantes.

La fabrication des bronzes en détail

Candélabre
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Candélabre, Époque angkorienne XIIIe siècle

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Bronze • 57 cm • Coll. Musée national des arts asiatiques – Guimet, Paris • © GrandPalaisRmn / Musée Guimet, Paris / Thierry Ollivier

Autre atout de l’exposition : la présentation d’importantes découvertes archéologiques récentes qui documentent la fabrication de ces bronzes. En effet, des fouilles ont révélé en 2021 l’existence de la première mine de cuivre ancienne connue au Cambodge, qui fut exploitée pendant près de 2 500 ans, de l’an 1 100 avant J.-C. (environ) à la fin de la période angkorienne. Des fours y ont été retrouvés, ainsi que tous les éléments du processus de création (lingots de cuivre, moules, creusets, polissoirs, chutes…) dont des exemples sont exposés. Des modèles de fonte à la cire perdue explicitent aussi le procédé : sur l’œuvre sculptée en cire, de l’argile est appliqué pour en prendre l’empreinte en creux, ce qui donne un moule dans lequel est versé le métal en fusion.

« La Mona Lisa du Cambodge »

Aux XIVe et XVe siècles, la grande période angkorienne est passée. Les Khmers se tournent vers un autre registre spirituel, et la Thaïlande a remplacé le Cambodge en tant que puissance dominante dans la péninsule indochinoise, généralisant la figure du bouddha assis en tailleur. L’exposition se délite un peu dans les dernières salles avec de grands sauts dans le temps (on passe sans transition du XVe aux XIXe et XXe siècles, représentés par une poignée d’objets, puis à l’époque contemporaine, surtout évoquée à travers la vidéo).

Vishnu
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Vishnu, Époque angkorienne, seconde moitié du XIe siècle

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Bronze • 123 cm • Coll. Musée national du Cambodge, Phnom Penh, Cambodge • © Thierry Ollivier

Reste néanmoins le grand final, la pièce maîtresse de l’exposition, et la plus grande statue en bronze jamais trouvée sur le site d’Angkor : le grand Vishnou couché du XIe siècle découvert en 1936 dans le temple du Mebon occidental, qui mesurait à l’origine 5 mètres de long pour 4,5 mètres de haut, et vient d’être restauré à Nantes. Surnommé « la Mona Lisa du Cambodge », ce dieu installé dans la cour khmère emplit les lieux de sa présence sereine et souriante. Jadis doré, polychrome et rutilant, son corps fragmenté à la texture granuleuse, érodé par le temps, le rend encore plus poétique. Une vision émouvante qui vaut le déplacement !

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Bronzes royaux d’Angkor, un art du divin

Du 30 avril 2025 au 8 septembre 2025

www.guimet.fr

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