En partenariat avec Musée du quai Branly – Jacques Chirac

Masque anthropo-zoomorphe, 1926
© musée du quai Branly - Jacques Chirac, photo Claude Germain
La prochaine fois que vous rendrez visite au musée du quai Branly – Jacques Chirac, ouvrez les yeux ! Au centre du musée, vous verrez que les réserves des instruments de musique sont visibles à travers des vitres en verre – c’est même l’un des gestes forts de l’architecte de l’édifice, Jean Nouvel. 10 000 spécimens sont ici conservés… Plus loin dans le parcours, la scénographie isole et met en valeur certaines pièces parmi les plus impressionnantes des collections, tandis qu’elle aligne des objets plus modestes dans des vitrines.
Pourquoi ces différences, ce « double musée » ? Comment de toutes petites choses en arrivent à être exposées dans un musée ? Ces questions offrent une parfaite introduction à l’exposition « Objets en question. Archéologie, ethnologie, avant-garde », laquelle s’intéresse justement à la définition de ce qu’est ou non un objet d’art, et à sa présentation dans un contexte muséal. On l’apprend en préambule : tout cela a été bouleversé il y a exactement un siècle, dans l’entre-deux-guerres…
Man Ray, Femme tenant l’objet désagréable, 1931
© Man Ray 2015 Trust / Adagp, Paris 2025. © Succession Alberto Giacometti / Adagp, Paris 2025
« L’une des grandes raisons, explique l’un des quatre co-commissaires de l’exposition Alexandre Farnoux, est la refondation de l’ethnographie et de l’archéologie. De nouvelles méthodes d’enquête de terrain ou de fouilles sont mises en place. Tout objet, même le plus banal, devient un document. » Certains intellectuels, comme l’anthropologue et sociologue Marcel Mauss (1872–1950), vont jusqu’à affirmer qu’un objet ordinaire est plus significatif qu’une prestigieuse sculpture pour connaître une société, en tant que témoin de la vie quotidienne des peuples.
Exactement au même moment, des artistes rejettent en bloc l’ordre bourgeois, et se passionnent pour les contrées reculées de l’esprit, pour les rêves, les désirs secrets ; ce sont les surréalistes. « Afin de retranscrire ces états, poursuit Alexandre Farnoux, ils inventent des assemblages d’objets hétéroclites pour traduire les désirs les plus profonds de l’homme. » Ce sont des collages, des dessins réalisés selon le principe aléatoire du cadavre exquis, des sculptures bricolées avec un peu de fil de fer, telle cette petite Figure de Pablo Picasso (1931).
Revue Minotaure n°1, couverture par Pablo Picasso, 1933
© gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
Les revues d’art – comme Minotaure ou Documents – s’intéressent aux découvertes archéologiques, qui nourrissent leurs pages et leur imaginaire. Créée en 1926 par l’éditeur et critique d’art Christian Zervos (1889–1970), Cahiers d’art fait voisiner des œuvres contemporaines et des objets trouvés lors de fouilles archéologiques, jouant de continuités poétiques malgré les différences immenses de contextes de création des diverses œuvres ici réunies.
Chez les artistes, la spontanéité est de mise. Brassaï (1899–1984) photographie les graffiti sur les murs et les sculptures involontaires ; « ces morceaux de papier chiffonnés ou pliés du quotidien qui remettent en question le statut de la sculpture », précise le co-commissaire. Jean Arp (1886–1966) crée sa Sculpture automatique (Hommage à Rodin) (1938), tandis que le concept de ready-made fait son apparition, alors même que l’ethnographie brouille les frontières de ce qu’est un objet d’art. Dans les institutions, l’expression « double musée » émerge lors de la conférence de Madrid en 1934, séparant les types d’objets avec, d’un côté, une scénographie valorisante (objets isolés, éclairés de façon spectaculaire), et, de l’autre, des vitrines où les pièces sont associées en séries.
Jean Arp, Sculpture automatique (Hommage à Rodin), 1938
© Adagp, Paris 2024
L’exposition « Objets en question. Archéologie, ethnologie, avant-garde » multiplie les allers-retours entre les scientifiques et les artistes, montrant – par thèmes, abordés comme des « constellations » – comment les uns et les autres se sont approprié les mêmes préoccupations, les mêmes questions autour de la définition d’une œuvre d’art. Des réflexions qui restent très actuelles.
Objets en question. Archéologie, ethnologie, avant-garde
Du 11 février 2025 au 22 juin 2025
Musée du quai Branly - Jacques Chirac • 37, quai Branly • 75007 Paris
www.quaibranly.fr
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