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Poète, sculpteur, Jean Arp (1886–1966) est l’un des fondateurs du mouvement Dada à Zurich. Son nom est indissociable de l’histoire de l’avant-garde. Ce merveilleux créateur de formes a innové en introduisant le hasard dans son processus artistique, en inventant des signes, puis en prônant l’abstraction pure. Son langage plastique n’a pas la sécheresse de la géométrie, Arp s’inspirant de la spontanéité de la nature. Il a traversé les troubles du XXe siècle sans jamais renoncer au rêve, ni à la poésie des formes.
Jean Arp, dans son atelier à Clamart, 1948–1950
© Michel Sima / Bridgeman Images – © Adagp, Paris, 2021
« Nous ne voulons pas copier la nature. Nous ne voulons pas reproduire, nous voulons produire, comme une plante qui produit un fruit, directement et non par truchement. Comme il n’y a pas la moindre trace d’abstraction dans cet art, nous le nommons : art concret. »
Né sous le nom de Hans Arp à Strasbourg, le futur artiste est le fruit des amours d’un père allemand et d’une mère alsacienne. Le jeune garçon mène ses études à l’école des Arts décoratifs de Strasbourg, et sa première passion est pour la poésie. En 1909, il rencontre Paul Klee, puis Vassily Kandinsky en 1912. Arp commence à participer à des expositions de l’avant-garde allemande. Il prend le prénom Jean, sans renier celui de Hans, pour illustrer sa double culture.
Jean Arp commence à pratiquer la sculpture. Parti en Suisse pour échapper à la mobilisation, il fonde le dadaïsme à Zurich en 1916 avec Tristan Tzara. L’époque est à la guerre. Les deux hommes veulent utiliser les pouvoirs subversifs de l’art et critiquent l’ordre bourgeois.
Arp a une prédilection pour les reliefs, les collages et les bricolages, toujours ludiques, toujours colorés et pleins de poésie. La nature – et non la société industrielle qui a engendré la guerre – est le cœur de son inspiration. Arp fait confiance au hasard, et le laisse guider sa main. Dans les années 1920, il est à l’origine du rayonnement de Dada dans d’autres villes européennes, à Cologne mais aussi à Paris. Vers 1925, il se rapproche un temps du surréalisme mais rompt pour fonder le groupe Abstraction-Création en 1931, et aborder la sculpture en ronde-bosse.
En 1922, Jean Arp épouse la femme de sa vie : la peintre Sophie Taeuber. Les deux amants se sont rencontrés à Zurich. En 1926, Arp est naturalisé français. Le couple s’installe à Clamart, dans une maison dont Sophie a dessiné les plans (et qui abrite aujourd’hui la fondation Arp). Ensemble, ils mènent un grand projet artistique, la transformation de l’Aubette, en collaboration avec Theo Van Doesburg. Malheureusement, Sophie meurt tragiquement en 1943 alors que le couple se rend à Zurich pour échapper à l’Occupation. C’est une immense tragédie pour l’artiste.
L’œuvre de Jean Arp est guidée par le souci de pureté formelle en prise avec la beauté des formes naturelles. Ses sculptures prennent des accents biomorphiques. En 1954, il reçoit le Grand Prix de sculpture de la Biennale de Venise, qui est une consécration. Par la suite, il obtient de prestigieuses commandes à travers le monde, notamment pour le Palais de l’Unesco à Paris. Des grandes institutions lui consacrent des expositions personnelles. Il décède à Bâle en Suisse, à l’âge de 80 ans.
Jean Arp, Rectangles selon les lois du hasard, 1917
Coll. Museum of Modern Art • © Digital image, The Museum of Modern Art, New York/Scala, Florence – © Adagp, Paris, 2021
Rectangles selon les lois du hasard, 1917
En pleine période Dada, Jean Arp s’en remet au hasard pour créer certaines compositions. Cette pratique s’inspire de l’écriture automatique. Aimant jouer avec les mots, mais aussi avec les formes, Arp laisse tomber sur des feuilles de papier ou carton des bouts de papiers découpés. C’est le hasard, et non la volonté de l’artiste, qui fait naître la composition formelle. L’idée est de retrouver le processus de la nature. En ce sens, Arp plaide pour l’art concret.
Jean Arp, Relief concret, 1916–1917
Coll. Nationalgalerie (SMB), Berlin • © BPK, Berlin, Dist. RMN-Grand Palais / Photo Jorg P. Anders / © Adagp, Paris, 2021
Relief Concret [Konkretes Relief], 1916–1917
Ces reliefs, qui s’apparentent à des sculptures, sont pourtant destinés à être accrochés au mur comme des œuvres peintes. Arp n’a pas peur de jouer avec le mélange des genres, et aime d’ailleurs cultiver humour et ironie dans ses œuvres. Les couleurs et les formes ne sont pas mises en rivalité, mais produisent des assemblages harmonieux et poétiques. Arp aime les contours souples, rejette souvent l’angle droit, et l’œuvre n’a pas de résonance particulière avec le réel. L’art est, selon lui, concret dans le sens où il emprunte à la nature sa spontanéité.
Jean Arp, Petite Déméter, 1960
Plâtre • Coll. musée d’Art moderne et contemporain, Strasbourg • © Musées de la Ville de Strasbourg, M. Bertola / © Adagp, Paris, 2021
Petite Déméter, 1960
Arp pratique la sculpture en ronde-bosse depuis les années 1930. Il développe un langage plastique qu’il qualifie de biomorphique, entre figuration et abstraction. Le sujet est ici Déméter, la déesse grecque de la terre, de la fécondité. Les formes courbes sont pleines et féminines, comme une vénus des premiers âges de l’humanité. L’œuvre dégage une impression de pureté et d’harmonie.
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