Musée Zadkine

Modigliani et Zadkine : une amitié fusionnelle dans l’effervescence de Montparnasse

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Entre peintures, sculptures, photos et installation vidéo, le musée Zadkine, dans le 6ᵉ arrondissement de Paris, retrace en 90 œuvres la complicité artistique durable entre le sculpteur Ossip Zadkine et l’Italien Amedeo Modigliani.
Amedeo Modigliani, Cariatide
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Amedeo Modigliani, Cariatide, 1913-1914

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Dessin, graphite, lavis d’encre, pastel • Coll. Paris, musée d’Art Moderne de Paris • © Paris, musée d’Art Moderne de Paris

Jusqu’à ses 79 ans, jamais Ossip Zadkine (1888–1967) ne s’était séparé du portrait que son ami avait fait de lui. En 1967, lorsque le sculpteur rend son dernier souffle, il y a déjà 47 ans que Amedeo Modigliani (1884–1920) est mort. La tragédie est connue : le peintre n’avait alors que 35 ans et son épouse, Jeanne Hébuterne, à peine 22 ans lorsqu’elle se jeta par la fenêtre. Demeuré au 100 bis rue d’Assas, non loin du dernier appartement de Modigliani, rue de la Grande-Chaumière à Montparnasse, il avait conservé ce Portrait de Zadkine au crayon de papier (vers 1913) comme le précieux témoin de leur « amitié ininterrompue ».

Cette proximité entre le sculpteur né à Vitebsk, dans l’Empire russe, et le peintre italien, nouée dans le bouillonnement du Montparnasse des années 1910, est au cœur d’une exposition au musée Zadkine, dans les anciens murs de sa maison-atelier. En près de 90 œuvres, le parcours croise les destins des deux artistes et révèle une palette commune. En plus des sculptures, photographies, peintures et dessins, un film vidéo, réalisé à partir des archives documentaires par l’artiste contemporain Ange Leccia, nous immerge au cœur de cette relation féconde.

Deux ans d’amitié féconde

Tout s’est joué en deux années, à leur rencontre en 1913, juste avant que la Grande Guerre éclate. À quatre ans d’intervalle, les deux hommes avaient quitté leur pays natal pour s’installer à Paris, et nourrissaient une passion pour la sculpture archaïque. Ils ont exposé au Salon d’Automne ; ils côtoient le même cercle à Montparnasse, tels les poètes et écrivains Max Jacob et André Salmon, mais aussi le peintre Chaïm Soutine et la sculptrice Chana Orloff. À l’époque, Zadkine vit rue Rousselet, dans le 7e arrondissement. Modigliani, après avoir habité Montmartre, s’est installé rue de Vaugirard. Le soir, les amis se retrouvent du côté du carrefour Vavin dans ses célèbres cafés – le Dôme et la Rotonde – et devisent sur leur vision de l’art, en rupture avec les œuvres proposées.

Vue de l’exposition « Modigliani – Zadkine : Une amitié interrompue » au musée Zadkine, Paris, 2025
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Vue de l’exposition « Modigliani – Zadkine : Une amitié interrompue » au musée Zadkine, Paris, 2025

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© musée Zadkine / Paris Musées / Nicolas Borel

Même éloignés, et sans se parler, les deux artistes vont continuer à exercer une influence l’un sur l’autre.

Dans la première salle, la fusion entre les artistes s’incarne en deux têtes. L’une, une Tête de femme, a été taillée par Modigliani (1911–1913). L’autre, une Tête héroïque, est signée Zadkine (1909–1910). Au fil des œuvres, la complicité est évidente. À tel point que, parfois, l’exercice des attributions n’est pas simple pour l’œil du visiteur. Vers 1914, Modigliani abandonne la sculpture pour se consacrer uniquement à la peinture – « la dame spéculation », selon Zadkine qui continue la statuaire. La rupture amicale est consommée, et la Grande Guerre met fin à la fête.

Des œuvres en écho

Amedeo Modigliani, Femme au ruban de velours
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Amedeo Modigliani, Femme au ruban de velours, v. 1915

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Huile sur papier collé sur carton • 54 × 45,5 cm • Coll. Paris, musée de l’Orangerie • © Photo RMN – Herve Lewandowski

Cependant, même éloignés par la boucherie des tranchées (Zadkine est gazé en Champagne), et sans se parler, les deux artistes vont continuer à exercer une influence l’un sur l’autre. Sculptures, dessins et peintures tracent dans le parcours des aspirations et des inspirations communes, tant dans le choix des sujets que dans les techniques. Amoureux des matériaux bruts et des sculptures africaines, chacun cultive un retour à l’essence primitive. Des plus belles démonstrations est le thème de la femme, qui se décline, chez l’un comme chez l’autre, tout en lignes.

Dix ans après la mort de Modigliani, les travaux de Zadkine continuent de creuser la brèche qu’ils avaient ouverte ensemble. Ainsi, la Femme au ruban de velours, peinte vers 1915 par Modigliani, fait écho au visage-masque de la Tête de femme sculpté dix ans plus tard par Zadkine.

Vue des sculptures d’Ossip Zadkine à l’exposition « Modigliani – Zadkine : Une amitié interrompue » au musée Zadkine, Paris, 2025
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Vue des sculptures d’Ossip Zadkine à l’exposition « Modigliani – Zadkine : Une amitié interrompue » au musée Zadkine, Paris, 2025

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© musée Zadkine / Paris Musées / Nicolas Borel

Ne manquez pas la dernière salle du musée où l’on pénètre l’atelier de Zadkine. Y trône trois têtes sculptées en 1918 et 1919 dont les visages allongés, les traits stylisés et leurs orbites pleines évoquent les têtes du Modigliani d’avant 1914. Ultime clin d’œil amical, la disposition dans l’espace renvoie aux sept têtes exposées en 1912 par Modigliani au Salon d’Automne, « échelonnées comme des tuyaux d’orgue pour réaliser la musique qui chantait dans son esprit », selon le sculpteur Jacques Lipchitz.

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Modigliani – Zadkine : Une amitié interrompue

Du 14 novembre 2024 au 30 mars 2025

Retrouvez dans l’Encyclo : Amedeo Modigliani Ossip Zadkine
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