Le Salon de Montrouge dédié à la création émergeante signe sa 68e édition en 2025
© Montrouge / Vincent Evrat
Pour qui aime à découvrir de jeunes artistes et s’immerger dans la création émergente, le Salon de Montrouge est l’un des rendez-vous incontournables de l’agenda parisien. Très ancien, celui-ci célèbre cette année sa 68e édition avec plusieurs nouveautés. Dont, déjà, un calendrier repensé car, depuis l’année dernière, il n’a plus lieu en octobre, un mois saturé d’événements artistiques, mais en février, dans l’espoir de gagner en visiteurs – sachant qu’il est, comme toujours, gratuit.
Aussi, la direction artistique est désormais assurée par Andrea Ponsini, qui connaît bien les lieux puisqu’il est depuis 2010 responsable des expositions et des arts plastiques à la direction culturelle de la Ville de Montrouge. Sous l’impulsion de Guillaume Désanges, désormais directeur du Palais de Tokyo, le salon a décidé en 2022 de renoncer à la remise de son prix, préférant revaloriser la dotation donnée à chaque artiste, celle-ci passant de 200 à 1 000 euros chacun.
La scénographie joue moins de séparations entre les jeunes plasticiens que de dialogues et de face-à-face, donnant au salon davantage des airs d’exposition cohérente que de grande foire d’art contemporain où les artistes seraient en concurrence. L’ambition va de pair à travers des dialogues noués avec de plus en plus d’institutions et de partenaires, comme le Centre Pompidou-Metz ou les Jardiniers, tiers-lieu tout proche cofondé par Adrien van Melle-Nehama et Fabrice Hyber, qui accueille durant la durée du salon une joyeuse exposition collective sous le nom de « Facéties ».
Vue des œuvres de l’artiste Lou Chavepayre présentées au Salon de Montrouge, 2025
Cosmo, 2022
Installation sonore, schiste, granite, plâtre, terre cuite, plomb. Dimensions variables.
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Absence de cul prière de toucher, 2024
Bronze, thermostat électrique, chauffage. 30 × 25 × 10 cm.
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Cicatrices, 2023
Gravures de taille douce au perchlorure de fer, cuivre. 5 cm chaque.
© Montrouge / Vincent Evrat
Cette année, ils sont huit jeunes curateurs à défendre cinq artistes chacun, parmi lesquels on aura remarqué quelques talents à suivre de près. Notamment Lou Chavepayre (née en 1998) : diplômée des écoles supérieures d’art du Pays basque et des Pyrénées, la jeune femme travaille avec un lourd handicap, et selon la curatrice Licia Demuro, « utilise son art pour repousser ses limites ainsi que celles que lui impose la société ». Par exemple, en faisant mouler ses fesses – que personne ne voit – dans du bronze (Absence de cul, 2022), en faisant graver ses cicatrices dans des médaillons en cuivre (Cicatrices, 2023), en peignant avec son corps tout entier (Lignes d’erre #2, 2020), ou encore en créant, grâce à un ordinateur piloté par son regard, de délicats dessins d’oiseaux (Oiseaux de confinement, 2022).
Plus loin, on s’arrêtera sur Léonore Chastagner (née en 1992), défendue par Sophie Lapalu : diplômée de la Villa Arson, celle-ci montre ici plusieurs sculptures en grès sans émail, sans couleurs et sans titre, qui donnent forme à des silhouettes assises, à un vêtement plié, à la minuscule maquette d’un appartement.
Léonore Chastagner, Sans titre, 2023
Modelage en grès • 14 × 5 × 7,5 cm • © Montrouge / Vincent Evrat
Un travail lié à l’immobilité et à l’attente, selon la curatrice : « l’artiste dit qu’elle sculpte pour que cette attente ne soit pas due à un élément extérieur ; c’est elle qui décide de laisser couler les heures, engagée dans le travail. Ses sculptures dépendent d’ailleurs de cette donnée : selon le temps dont elle dispose, elles seront plus ou moins grandes, assurant d’investir la durée dans les œuvres elles-mêmes. »
Josefina Paz, Entendre la frontière (2018–2024) et Mundi (Fall to Gravity), 2023
Installation intéractive et Installation textile, tissu rétro refléchissant découpé • © Montrouge / Vincent Evrat
Enfin, notre dernier coup de cœur va à Josefina Paz (née en 1991), défendue par Matthieu Lelièvre. Doctorante en arts plastiques, esthétique et sciences de l’art à la Sorbonne, celle-ci nous invite à prendre part à son œuvre Entendre la frontière (2018–2024) en activant des boites à musique. Originaire du Salvador, l’artiste s’est intéressée à l’abstraction des frontières, par le dessin d’abord puis, ici, par la musique, dont la mélodie suit « le trajet de frontières reconstituées sur un ruban perforé, qui, produisant une sonorité a priori aléatoire, invite à expérimenter le temps par le biais du mouvement. » Un travail élégant, infiniment prometteur.
68e Salon de Montrouge
Du 7 février 2025 au 23 février 2025
Beffroi de Montrouge • Avenue de la République • 92120 Montrouge
www.beffroidemontrouge.com
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