DEAUVILLE

Comment le casino a inspiré les artistes d’hier et d’aujourd’hui

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Publié le , mis à jour le
« Faites vos jeux ! », c’est le titre de l’exposition estivale des Franciscaines de Deauville, qui propose une plongée vertigineuse dans l’univers des casinos et des jeux de hasard. Photographie, extraits de films, installations contemporaines et, bien sûr, objets ludiques de toutes sortes, ressuscitent l’ambiance singulière de ces lieux hors du temps, où la richesse côtoie la déchéance…
Cornelis De Vos, Joueurs et courtisanes sous une tente
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Cornelis De Vos, Joueurs et courtisanes sous une tente, vers 1630-1635

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Huile sur toile • 137,5 × 185,6 cm • Coll. du Musée de Picardie, Amiens • © Musée de Picardie, Amiens / Hugo Maertens

Si Deauville est célèbre, c’est bien sûr pour sa grande plage de sable fin, qui a inspiré quelques-uns des plus grands artistes, d’Eugène Boudin à Kees van Dongen. Mais c’est aussi grâce à son casino qui, à la Belle Époque, a attiré le Tout-Paris en villégiature comme les têtes couronnées. Et c’est justement l’univers de ce lieu emblématique, temple du hasard où l’argent est roi et le temps semble suspendu, qui a inspiré aux Franciscaines leur exposition estivale « Faites vos jeux ! », dans laquelle toutes sortes d’objets ludiques (dés, cartes, tables de jeux…) côtoient des cadavres exquis surréalistes comme des installations d’art contemporain.

Deauville, mais aussi Monte-Carlo et bien sûr Las Vegas : le parcours s’ouvre sur une immersion dans l’univers du casino et ses codes particuliers. Aussi curieux que cela puisse paraître, on ne jouait pas d’argent dans le premier casino de la cité balnéaire normande ! Inauguré en 1864 et envisagé comme un lieu de sociabilité, il abritait en revanche un salon de thé et une salle polyvalente où Sarah Bernhardt a interprété Phèdre.

René Degommier, Casino, Deauville
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René Degommier, Casino, Deauville, 1ère moitié du XXe siècle

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28 × 37 cm • Donation Isabel et Louis Romanet, Ville de Deauville, Les Franciscaines

Détruit puis rebâti en 1912, l’actuel casino, inspiré de celui de Monte-Carlo, sur la Riviera, se dote, quant à lui, de tables de jeux, de personnel spécialisé – physionomistes et autres croupiers… Un petit monde hors du monde, évoqué par les gouaches du peintre André Lagrange, mais aussi des caricatures montrant la mine concentrée des joueurs, ainsi que des affiches.

Divertissement et hasard : un cocktail qui inspire les artistes

E. Andresz, La Martingale
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E. Andresz, La Martingale, Machine à sous, 1909

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Collection Jean Lemaitre

Qui dit casino dit bien sûr jeu. Dé égyptien ou à 36 faces, tarot de la Renaissance italienne, table de jeu en marqueterie, machines à sous du début du XXe siècle rythment ainsi le parcours qui regorge d’objets étonnants, comme une paire de « dés érotiques » du début du XVIIIe siècle, figurant des personnages dans des positions impudiques, ou encore un superbe ensemble de cartes péruviennes gravées sur de l’acier d’une finesse absolue. Ces objets, intimement liés au divertissement mais aussi au hasard, ont passionné les artistes du XXe siècle jusqu’à guider leur pratique, à commencer par celles des avant-gardes du XXe siècle, dadaïsme et surréalisme en tête.

« Un coup de dés jamais n’abolira le hasard » : ce célèbre vers de Mallarmé, apparaît comme l’un des fils rouges de l’exposition, résonnant avec le film de Man Ray Les Mystères du château de Dé (1929), dans lequel la journée des protagonistes se déroule en fonction des combinaisons obtenues après un jet de dés, comme avec le néon du conceptuel britannique Cerith Wyn Evans. Le petit cube blanc et noir devient aussi un motif de prédilection chez les artistes contemporains : il se mue en étrange forme organique chez Tony Cragg, en astre coloré chez Robert Filliou, en intrigant langage codé chez Claude Closky, et même en inquiétante Avalanche (2012) chez Evariste Richer !

À gauche : Raymond Cauchetier, “‘La Baie des Anges’ de Jacques Demy” (1962). À droite : Jean Béraud, “La salle de jeu” (1889).
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À gauche : Raymond Cauchetier, “‘La Baie des Anges’ de Jacques Demy” (1962). À droite : Jean Béraud, “La salle de jeu” (1889).

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Photographie / Huile sur bois • 38 x 53cm • Musée Carnavalet, Paris • Coll. Cinémathèque française © Raymond Cauchetier © Paris Musées / Musée Carnavalet

Et les joueurs ? Ils tiennent bien entendu le premier rôle dans ce parcours qui rassemble aussi quelques scènes de genre du XVIIe siècle, dans lesquelles le jeu apparaît comme source d’innombrables conflits. En représentant des personnages absorbés par leur partie endiablée, des peintres comme David Teniers ou Cornelis de Vos dépeignent l’immoralité des nobles comme des petites gens, offrant au passage de truculents jeux de regards dans lesquels le spectateur se retrouve pris à parti presque malgré lui.

Rien ne va plus

Les joueurs défilent aussi sur grand écran, comme en témoignent les affiches, mais également les nombreux extraits diffusés dans l’exposition, qui mettent en scène toutes sortes de gangsters, tricheurs professionnels, espions et flambeurs… Parmi lesquels l’inoubliable Jackie, campée par Jeanne Moreau dans la Baie des Anges (1963) – tragique récit d’une descente aux enfers dans lequel le casino se mue en impitoyable temple de l’amour et du vice, où rien, décidément, ne va plus…

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Faites vos jeux !

Du 24 juin 2023 au 17 septembre 2023

lesfranciscaines.fr

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