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Originaire de Honfleur et fils de marin, Eugène Boudin (1824–1898) a mis plusieurs années à trouver sa vocation : celle de peintre de paysages marins, de scènes de plages animées et de ciels somptueux à la lumière mouvante. Son succès tardif, dans le courant des années 1860, coïncide avec le développement du tourisme balnéaire sous le Second Empire : croquant sur le motif ces scènes d’un genre nouveau – des bourgeois élégants conversant sur la plage –, Boudin ouvre la voie à la peinture de plein air, à laquelle il initie Monet, et à l’impressionnisme.
Pierre Petit, Portrait photographique d’Eugène Boudin
Coll. Archives Larousse, Paris / © Bridgeman Images
« Trois coups de pinceau d’après nature valent mieux que deux jours de chevalet. »
Eugène Boudin connaît bien la mer et les rivages de Normandie : son père était marin, sa mère, femme de chambre sur les bateaux, lui-même a été mousse sur la ligne Le Havre-Honfleur. Commis à douze ans chez un papetier-encadreur, il crée à vingt ans sa propre papeterie. C’est grâce à ce commerce qu’il rencontre des peintres de passage, notamment Constant Troyon et Jean-François Millet, et commence lui-même à dessiner.
En 1846, encouragé par les peintres Millet et Thomas Couture, il abandonne le commerce pour se consacrer à son art. D’abord élève à l’École de dessin du Havre, il obtient de la ville, en 1851, une bourse pour étudier la peinture à Paris pendant trois ans. Il s’inscrit dans l’atelier d’Eugène Isabey et fréquente assidûment le Louvre, où il copie les maîtres flamands et hollandais du Siècle d’or.
Après s’être essayé aux paysages ruraux et aux natures mortes, il s’oriente peu à peu vers la représentation des rivages marins et des ports de Normandie et commence à peindre sur le motif. C’est sans doute au cours de l’été 1856 qu’il rencontre le jeune Claude Monet et l’invite à peindre avec lui. Les études et pochades en plein air sont une révélation pour le futur chef de file de l’impressionnisme.
À partir des années 1860, l’émergence des stations balnéaires de Trouville et Deauville, reliées à Paris par le chemin de fer, fournit à l’artiste un nouveau sujet d’étude et un débouché commercial. Les premières scènes de plage qu’il expose au Salon sont remarquées favorablement par la critique, en particulier par Zola et Baudelaire, qui salue sa modernité.
Il fréquente alors les peintres d’avant-garde Monet, Jongkind et Whistler qui recherchent comme lui le rendu sincère de l’impression, étudient les effets de la lumière sur le paysage et le ciel. Il participe d’ailleurs à la première exposition impressionniste, en 1874, mais ne se reconnaît pas dans ce mouvement et s’en tient éloigné.
Le marchand d’art Paul Durand-Ruel lui achète de nombreuses œuvres et contribue à le faire connaître en France, en Angleterre et aux États-Unis. À la fin de sa vie, il obtient la reconnaissance officielle lors de l’Exposition universelle de 1889, voyage – dans le sud de la France, à Venise – et produit beaucoup ; à sa mort en 1898, il laisse plus de 4 500 peintures et autant de dessins, pastels et aquarelles.
Eugène Boudin, Étude de ciel au soleil couchant, entre 1862 et 1870
Pastel sur papier granuleux beige • 21,5 × 29,1 cm • Coll. Musée d’Orsay, Paris / © RMN-Grand Palais / Photo Hervé Lewandowski
Ses études de ciels au pastel furent admirées par Baudelaire, Courbet, Monet ou encore Corot, qui le surnommait le « roi des ciels ». Instantanés des mouvements de la lumière et des nuages, ils préfigurent les œuvres de Monet et des impressionnistes.
Eugène Boudin, Scène de plage, Trouville, vers 1860 – 1870
Huile sur bois • 21,6 × 45,8 cm • © The National Gallery, London
Boudin a peint de très nombreuses scènes de plage à Trouville. La plupart sont rapidement esquissées sur de petits panneaux de bois. Celle-ci a la particularité de représenter sans doute mesdames Boudin et Monet, assises côte à côte à gauche et figurées également sur la toile de Monet, les deux artistes ayant travaillé ensemble au cours de l’été 1870.
Eugène Boudin, La Meuse à Rotterdam, 1881
Huile sur toile • 85 × 128 cm • Coll. Musée d’Orsay, Paris / © RMN-Grand Palais / Photo Patrice Schmidt
Au salon de la Société des artistes français, Boudin reçoit une médaille pour cette toile, acquise par Durand-Ruel. Une relative aisance financière lui permet alors de voyager en Belgique et aux Pays-Bas. Dans cette marine, le sujet semble n’être qu’un prétexte à la peinture magistrale d’un vaste ciel tourmenté se reflétant dans l’eau du fleuve.
Eugène Boudin, Le Port d’Antibes, 1893
Huile sur toile • 46 × 66 cm • Coll. Musée des Beaux-Arts Jules Chéret, Nice – Dépôt du Musée d’Orsay (1994) / © RMN-Grand Palais / Photo Adrien Didierjean
À la fin de sa vie, Boudin, suivant l’exemple de Monet, séjourne chaque hiver dans le Midi de la France, à Villefranche-sur-Mer ou Antibes, appréciant la douceur du climat qui lui permet de continuer à peindre en plein air et recherchant sa lumière intense. À son contact, sa palette s’éclaircit et ses couleurs se font plus vives.
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