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Dada est né de la Première Guerre mondiale. Groupe d’avant-garde formé par des poètes et des artistes au cœur de la ville de Zurich en 1916, il réunit de jeunes gens opposés à la guerre, anti-militaristes ou déserteurs. Nihiliste, provocateur, Dada érige l’absurde en maître-mot contre l’infamie d’un conflit mondial dévastateur. Il dérange l’ordre bourgeois qui a rendu la guerre possible. S’il fut de courte durée, Dada essaima son esprit de contradiction à travers le monde, et constitue l’un des ferments de la pensée surréaliste, elle aussi très politisée.
Ouverture de la « Première Foire International Dada », Berlin, galerie Otto Burchard, 5 juillet 1920
Photographie colorisée • © akg-images
Dada s’est épanoui à Zurich, en Suisse (pays neutre pendant la Grande Guerre), en 1916, mais les origines de sa fondation se trouvent à Berlin. Le poète Hugo Ball, négativiste, est l’énonciateur d’une pensée prônant l’anarchie, le rejet du passé et des conventions bourgeoises. En somme, naît dès 1915 un mouvement radical qui deviendra Dada.
Le nom « Dada », inventé en 1916, aurait été trouvé par hasard, en cherchant à l’aveuglette un mot quelconque dans un dictionnaire franco-allemand, par ses fondateurs (Hugo Ball, Tristan Tzara, Emmy Hennings, Marcel Janco). Bien sûr, cette naissance néologique (dont Tzara revendique la paternité) est probablement légendaire. Les membres du groupe souhaitaient avant tout trouver un mot compréhensible par toutes les nationalités, conviant le monde de l’enfance (et donc de l’innocence), de l’absurde et du jeu.
Le lieu investi par ces artistes et poètes est le Cabaret Voltaire, à Zurich, un nom qui rend hommage au philosophe anticlérical des Lumières. L’inauguration a lieu le 5 février 1916. Une cinquantaine de spectateurs peuvent y écouter des concerts, des lectures, des débats, et voir des performances dans un décor riche de tableaux cubistes et futuristes. Comme le dit Hugo Ball, le Cabaret Voltaire est avant tout un « lieu de culture », ce n’est ni une salle de spectacle ni un cabaret.
Dada se décline en version papier. Rapidement, le mouvement crée une revue pour diffuser ses idées. Elle prend le nom de Cabaret Voltaire et publie son premier (et unique) numéro en mai 1916. De la même manière, il est envisagé de créer une galerie d’art, mais son existence n’excède pas quelques semaines en 1917.
Très vite, l’esprit Dada se répand dans le reste du monde. En Allemagne tout d’abord, à Berlin, où il trouve de nouveaux adhérents (comme le peintre George Grosz, opposé à la guerre). Le mouvement prend une dimension plus esthétique, et se politise. Les villes de Hanovre et Cologne sont également concernées, puis New York, Madrid, Barcelone, où sont regroupés des artistes d’avant-garde qui ont fui la mobilisation et la guerre dans leur pays d’origine.
Dada est à la fois un mouvement éclaté et un mouvement qui unit tous les artistes d’avant-garde en période de guerre. À Paris, les répercussions de Dada s’expriment surtout à partir de 1920 autour de Francis Picabia, Tristan Tzara, André Breton, etc., autant de personnalités qui formeront le groupe surréaliste. Un festival Dada est organisé à la Salle Gaveau et suscite l’incompréhension. Le groupe se délite définitivement en 1921.
Robert Delaunay, Portrait de Tristan Tzara, 1923
Huile sur toile • Coll. privée • © DeAgostini / Leemage
Robert Delaunay, Portrait de Tristan Tzara, 1923
Tristan Tzara, poète d’origine roumaine, est l’une des personnalités à l’origine du mouvement Dada, formé à Zurich en 1916. Marcel Janco, autre membre fondateur, était l’un de ses amis d’enfance. Tristan Tzara est un pseudonyme que le poète, né Samuel Rosenstock, avait adopté en 1915 en référence à l’un des opéras de Wagner. Tzara avait, en effet, été fortement marqué par le symbolisme. C’est Hugo Ball, Allemand réfugié en Suisse, qui entraîna Tzara dans l’aventure Dada. Mais c’est bien Tzara qui serait à l’origine de la création du nom du mouvement. Plus tard, Tzara rejoindra le groupe des surréalistes, formé à Paris autour d’André Breton.
Hugo Ball, 23 juin 1916
Hugo Ball dans son costume fait main au Cabaret Voltaire.
© akg-images
Hugo Ball récitant le poème Karawane, le 23 juin 1916
Cette photographie prise au Cabaret Voltaire témoigne de l’esprit des performances réalisées par les membres du groupe Dada devant leur public zurichois. D’origine allemande, Hugo Ball, qui fut à l’origine de la création du mouvement, s’était réfugié en Suisse pour échapper à la guerre. Révolutionnaire dans l’âme, anarchiste, il est l’auteur du manifeste Dada en 1916. Le poème que Ball est en train de réciter ici cultive volontairement le non-sens et l’absurde, tout comme le costume revêtu par le poète. Cependant, son implication dans Dada fut de courte durée, à peine deux ans.
Francis Picabia, L’Œil Cacodylate, 1921
Huile sur toile, collage • 148,6 × 117,4 cm • Coll. Centre Georges Pompidou, Paris • © akg-images / CDA / Guillot / © Francis Picabia / © Adagp, Paris, 2017
Francis Picabia, L’Œil cacodylate, 1921
Francis Picabia, réfugié aux États-Unis, puis en Espagne, pendant la Grande Guerre, fut l’une des figures de l’esprit dada parisien au début des années 1920. Ce tableau, célèbre, fut réalisé alors qu’il souffrait de problèmes de vue. Picabia invitait ses amis à signer la toile et à inscrire une phrase de leur choix. C’est la signature ici qui prend la valeur d’œuvre d’art. Il s’agit donc d’une création à la fois personnelle et collective qui marque l’esprit et les amitiés d’une époque.
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Debout, de gauche à droite : Raoul Hausmann, Otto Burchard, Baader, Wieland et Margarete Herzfelde, George Grosz et John Heartfield
Assis : Hannah Höch et Otto Schmalhausen.