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DIJON

Dans les paysages effervescents de Shara Hughes

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Publié le , mis à jour le
Généreux, jouissifs, rocambolesques : les adjectifs ne manquent pas pour tenter de définir les paysages de l’Américaine Shara Hughes, actuellement exposés au Consortium de Dijon. D’une énergie sans pareille, ils donnent à voir une peinture à la fois très libre et bourrée de références, spectaculaire et envoûtante. Un événement.
Shara Hughes, New territory
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Shara Hughes, New territory, 2017

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Huile et acrylique sur toile • Coll. Ashti Foundation, Beirut, Liban • Courtesy Rachel Uffner Gallery, New York / © Shara Hughes

Désormais ouverte au public après avoir dû se contenter, comme beaucoup d’autres, d’un statut fantôme, l’exposition de Shara Hughes au Consortium, à Dijon, ne serait-elle pas l’un des événements artistiques majeurs depuis la réouverture des lieux d’exposition ? Orchestrée avec maestria par Éric Troncy, codirecteur des lieux, cette première monographie consacrée à la jeune Américaine (née en 1981) dans une institution européenne permet de prendre toute la mesure d’une peinture jouissive et intelligente, ayant pour ressorts une approche singulière de la composition et un talent sans égal dans l’utilisation de la couleur.

Vue de l’exposition « Shara Hughes, Pivot » au Consortium
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Vue de l’exposition « Shara Hughes, Pivot » au Consortium

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© Consortium Museum / Photo Rebecca Fanuele

Nature luxuriante et fleurie, cascades et bords de mer accidentés, rivières irisées et forêts épaisses, ciels orageux et couchers de soleil intenses peuplent la peinture de paysage de Shara Hughes, que traverse une impressionnante constellation d’artistes ayant écrit l’histoire de la peinture moderne. La fièvre et l’anachronisme chromatiques des fauves Derain et Matisse, le primitivisme de Gauguin ou de Munch, l’expressionnisme allemand, le mysticisme des paysages du réaliste américain Burchfield, le style tout en touches longues de David Hockney, la manière hallucinatoire de représenter un arbre chez Van Gogh, la Provence opulente de Monet, les innovations formelles de Cézanne ou encore le psychédélisme charnel de Georgia O’Keeffe affleurent dans les tableaux de l’Américaine, dont la culture picturale est plus qu’au point.

Shara Hughes, Private life
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Shara Hughes, Private life, 2019

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Huile sur toile • Courtesy Rachel Uffner Gallery, New York / © Shara Hughes

Aucune démonstration vaniteuse cependant, ni même d’hommage. Son dessein vise plutôt à disposer de ce qu’offre une histoire de la peinture plaçant la couleur au centre de tout, à envisager les avancées passées comme des ingrédients nobles, disponibles, et inventer sa propre peinture. Car, in fine, le sujet premier de la peinture de Shara Hughes est la peinture elle-même, sa liberté intrinsèque et son spectre infini de possibilités.

La singularité des paysages de Hughes tient aussi au processus de création mis au point pour chacune de ses toiles. Ses paysages, en effet, ne se rapportent à aucun lieu précis, n’ont pour origine aucune observation particulière de la nature. Tous sont fictifs, imaginaires, conçus dans son atelier. La New-Yorkaise peut débuter une œuvre par quelques pulvérisations au spray, enduire une partie de la toile vierge de gesso, la teindre d’une couche uniforme de peinture très liquide, dessiner quelques formes isolées ou essayer des combinaisons de couleurs, à l’huile, à l’acrylique ou au pastel gras. De ces jeux avec le chromatisme, les textures et la gestuelle vont alors se dégager ouvertures et perspectives, qui révéleront un paysage, dans la durée de ce processus de négociations. L’espace de ses paysages se divise d’ailleurs souvent en deux parties, l’une ouvrant sur la seconde, dans ce fameux jeu du tableau dans le tableau.

Vue de l’exposition « Shara Hughes, Pivot » au Consortium
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Vue de l’exposition « Shara Hughes, Pivot » au Consortium

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© Consortium Museum / Photo Rebecca Fanuele

Immersives à souhait, bouillonnantes, les peintures de Shara Hughes, chez qui l’abstraction n’est jamais très loin, se regardent en réalité comme une suite de portraits de la psyché, dans une géographie où le sensible et le métaphysique se lient. Les titres de ses peintures en témoignent : Giving in, But Giving Big, Beautiful Truth, Feels Heavy From Here, Ignoring the Present ou encore Pretty Prickly. « Mes paysages ne sont jamais horizontaux, le spectateur peut presque, ainsi, regarder à l’intérieur même des peintures, comme s’il franchissait une porte », souligne-t-elle. Des portes qui ouvrent sur toute une palette de sensations, de stimuli et d’affects. Territoires à habiter autant que reflets des mondes intérieurs, cosmos sans personnages doublé d’un éloge de la peinture magistral, les paysages de Shara Hughes nous emportent dans un voyage palpitant, dont la teneur effervescente, magnétique, captive simultanément l’œil et l’esprit.

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Shara Hughes, Pivot

Du 19 mai 2021 au 20 juin 2021

www.leconsortium.fr

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