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Il est l’auteur des plus célèbres vedute de Venise, ces paysages urbains peints avec une minutie extrême inventés dans les Flandres au XVIIe siècle. Antonio Canaletto (1697–1768) a livré du Grand Canal, de la place Saint-Marc et de la lagune vénitienne des représentations d’une parfaite précision et d’une poésie tranquille. Le peintre voyait le monde en panoramique, en perspective, grâce à sa maîtrise parfaite de la camera obscura. Précurseur de Francesco Guardi, Canaletto a joui pendant sa carrière d’une immense notoriété, notamment en Angleterre.
Antonio Canaletto, Autoportrait présumé, XVIIIe siècle
Huile sur panneau • 33,7 × 27,4 cm • Coll. Anglesey Abbey, Cambridgeshire • © Bridgeman Images
« Toute l’illusion est complète. » – Théophile Gautier
Canaletto, de son véritable nom Giovanni Antonio Canal, est né à Venise d’un père décorateur pour le théâtre. Très jeune, il baigne dans cet univers où l’artifice est roi. En 1719, à l’occasion d’un voyage à Rome, il découvre l’œuvre de l’artiste baroque Giovanni Paolo Panini et décide de devenir peintre. Il sera védutiste, c’est-à-dire spécialiste des vues panoramiques urbaines.
Comment travaillait Canaletto ? L’artiste sillonnait les canaux de Venise, réalisant des relevés topographiques précis, à l’aide d’une chambre noire (camera obscura), qui constituaient des études préparatoires mais nullement des œuvres achevées. L’art de Canaletto, s’il semble répétitif, n’a rien de machinal. La camera obscura est un dispositif permettant de refléter la réalité du paysage dans un miroir. L’image peut ainsi être saisie par l’artiste dans ses moindres détails en respectant une perspective parfaite.
Son œuvre est profondément réaliste, mais l’artiste n’hésitait pas à prendre quelques libertés avec la topographie et la « photographie ». Il omettait certains détails pour se concentrer sur l’essentiel, idéalisant les couleurs et les lumières afin de donner de Venise une image de perfection.
Canaletto a vendu avec beaucoup de succès sa peinture, dès ses jeunes années. Les étrangers raffolaient de ses vues, qui leur permettaient de rapporter un souvenir unique de la Sérénissime. Les Anglais, notamment, l’appréciaient (en particulier le duc de Bedford qui lui a commandé 24 vedute). Canaletto, ayant plusieurs amateurs fortunés dans ce pays, s’installe à Londres dans les années 1740. Il y peint des vues de la Tamise selon son procédé habituel, tout en continuant à réaliser des vues vénitiennes de mémoire, tant son œuvre était demandée.
Devenu célèbre dans l’Europe entière, Canaletto retourne à Venise dans les années 1760. Il est élu membre de l’Académie de Venise, sa ville natale où il décède en 1768.
Antonio Canaletto, La Place Saint-Marc, 1723–1724
Huile sur toile • 141.5 × 204.5 cm • Coll. Museo Nacional Thyssen-Bornemisza, Madrid • © Fine Art Images/Heritage Images/ Coll. Christophel
La Place Saint-Marc, 1723–1724
S’il a majoritairement peint des vues prises d’après les ponts et les embarcations vénitiennes, Canaletto s’est aussi intéressé aux monuments remarquables de la Sérénissime. Cette œuvre, commandée par un noble vénitien, appartient à la première période d’activité de l’artiste, encore dominée par des effets de clair-obscur. Au fond d’une perspective impressionnante, se dessine la basilique Saint-Marc et son haut campanile.
Antonio Canaletto, Vue du Grand Canal, 1726–1728
Huile sur toile • 45 × 73 cm • Galerie des Offices, Florence • © FineArtImages/Leemage
Vue du Grand Canal, 1726–1728
Représentant la partie du Grand Canal de Venise comprise entre le Palazzo Balbi et le pont du Rialto, cette veduta est typique du style de Canaletto. Comme à son habitude, l’artiste accorde une place importante au ciel, traversé de légers nuages. Une impression de tranquillité se dégage de cette œuvre. Bien qu’il utilisait la camera obscura pour préparer ses peintures, l’artiste travaillait lentement, mettant parfois deux ans pour achever un tableau tel que celui-ci.
Antonio Canaletto, Londres, la Tamise et la City depuis Richmond House, 1747
Huile sur toile • 105 × 117,5 cm • Coll. du duc de Richmond, Goodwood. • © Artothek / LA COLLECTION
Londres, la Tamise et la City depuis Richmond House, 1747
Au loin, la cathédrale Saint-Paul. Au premier plan, les terrasses de Richmond. Attentif à la lumière, Canaletto donne de la Tamise une image limpide et sereine. Les paysages londoniens de l’artiste ne semblent guère différer des vues vénitiennes. On peut imaginer quelle influence ces œuvres ont pu avoir sur un artiste comme William Turner, qui a découvert l’art de Canaletto à l’occasion d’un voyage à Venise en 1819 !
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