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Considéré comme l’un des pères de l’art moderne, Paul Cezanne fut un précurseur. Peintre de paysage, membre éphémère de l’aventure impressionniste, il a révolutionné la peinture en revenant vers les lois de la géométrisation et la recherche d’un équilibre entre formes et couleurs. L’abolition de cette frontière représentait alors une audace en France, où se sont toujours opposés partisans de la ligne et ceux de la couleur. Pour Cezanne, la nature est un tout qu’il faut capter dans sa vérité, sans hiérarchie. S’il fut un solitaire, la redécouverte de son œuvre en 1907 a considérablement influencé les jeunes peintres, notamment les cubistes tels Pablo Picasso et Georges Braque.
Cézanne assis dans son atelier des Lauves devant Les Grandes baigneuses, 1905
Photographie par Emile Bernard • © Bridgeman Images
« Il faut traiter la nature par le cylindre, la sphère, le cône. »
Paul Cezanne est un homme du sud. Il est né à Aix-en-Provence au sein d’une famille fortunée (son père est banquier). Dès l’adolescence, il se lie d’amitié avec un jeune garçon issu d’un milieu modeste, mais promis à un brillant avenir dans le monde de la littérature et de la critique d’art : Émile Zola. Cezanne entreprend des études de dessin dans sa ville, tout en faisant des études de droit, qu’il abandonne finalement pour se consacrer à la peinture.
Les débuts de sa carrière se déroulent à Paris où Cezanne tente en vain d’intégrer l’École des beaux-arts. Son style, trop rude et coloré, n’a rien d’académique. Incité à persévérer par Zola, monté avant lui à Paris, Cezanne entre dans une académie de peinture libre. Dans les années 1860, comme tous les jeunes peintres du moment, il voue une grande admiration à Édouard Manet, tout en étudiant les maîtres du Louvre.
L’air de Paris ne convient guère à Cezanne, lui si timide et dont l’accent provençal détonne parmi les peintres. Il retourne périodiquement au Jas-de-Bouffan (la maison provençale acquise par son père en 1860), après un passage par Auvers-sur-Oise, où il fréquente le Dr Gachet. Cézanne devient le père d’un petit garçon né de sa liaison avec une ouvrière, Anne Aubert.
Au cours des années 1870, Cezanne participe à plusieurs expositions du groupe impressionniste, mais il demeure relativement en marge : sa peinture apparaît plus solide qu’atmosphérique et il s’intéresse, en outre, de près aux théories scientifiques sur les couleurs. La géométrisation des formes, réalisée après une étude sur nature, le distingue d’un artiste comme Claude Monet. Bénéficiant des rentes puis de l’héritage de son père, il n’a pas véritablement besoin de vendre sa peinture pour vivre.
Cezanne passe la dernière partie de sa vie en Provence, dans son atelier d’Aix-en-Provence donnant sur la colline des Lauves. Il peint inlassablement la montagne Sainte-Victoire et lui consacre près de 80 peintures et aquarelles. En 1906, Cézanne décède, probablement des conséquences de son diabète. En 1907, le Salon d’automne (dont il était membre fondateur) lui consacre une rétrospective qui marque la nouvelle génération de peintres. Son influence sera particulièrement remarquable sur les cubistes, mais aussi sur les expressionnistes.
Paul Cézanne, Une moderne Olympia, Vers 1873–1874
Huile sur toile • 46,2 × 56,5 cm • Coll. musée d’Orsay, Paris • © Luisa Ricciarini / Leemage
Cette toile rend hommage à l’Olympia de Manet, qui a marqué l’année 1865, et représente une courtisane allongée prête à recevoir le client. Ici, l’Olympia émane de sa couche comme une Vénus de l’écume marine. Elle se révèle dans sa nudité à un spectateur masculin qui la contemple (et ressemble fortement à Cezanne). Est-elle rêve ou réalité ? La touche est esquissée et les couleurs, précieuses et nacrées, rappellent la palette des peintres du XVIIIe siècle. Cette toile fut exposée lors de la première exposition des impressionnistes en 1874, mais fut totalement incomprise.
Paul Cézanne, Les Baigneurs, 1890
Huile sur toile • 60 × 82 cm • Coll. musée d’Orsay, Paris • © Photo Josse / Leemage
Le thème des baigneurs a longuement occupé Cezanne à partir des années 1870. Le défi de l’artiste était d’intégrer parfaitement la figure au paysage, sans ériger de hiérarchie entre les sujets et les formes. L’artiste se concentre sur l’architecture des corps, ce qui le distingue des autres impressionnistes, davantage attirés par la représentation de la chair. Les baigneurs de Cezanne inspireront de nombreux artistes, notamment Henri Matisse (Les bas-reliefs nus de dos).
Paul Cézanne, Montagne Sainte-Victoire, vers 1890
Huile sur toile • 65 × 95,2 cm • Coll. musée d’Orsay, Paris • © Photo Josse / Leemage
La montagne Sainte-Victoire, qui se trouve en Provence, fut l’un des motifs de prédilection de Cezanne dans la dernière partie de sa vie. Il lui consacra une abondante série. Cezanne accorde à la montagne l’importance d’un personnage, qu’il révèle dans sa monumentalité. Il travaille les volumes en les étageant, à l’aide d’une touche sèche typique de la manière du peintre.
Paul Cézanne, Nature morte aux pommes et aux oranges, Vers 1899
Huile sur toile • 73 × 92 cm • Coll. musée d’Orsay, Paris • © Photo Josse / Leemage
Les séances de pose étaient pour l’artiste une épreuve pénible, aussi préférait-il peindre des objets plutôt que des personnages. Cette nature morte témoigne de sa grande maîtrise dans l’architecture des plans et des formes, comme le montre le travail subjectif du drapé. Elle révèle aussi la culture de Cezanne, qui n’ignore pas la tradition de la nature morte omniprésente chez les maîtres du XVIIe siècle. Fruit rond, rustique, aux couleurs variées, le motif de la pomme, est emblématique de son œuvre. Il s’agit de la plus importante nature morte de Cezanne de la fin des années 1890.
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