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Dorothy Iannone, The Next Great Moment In History Is Ours, 1970
Sérigraphie sur papier, cadre bois et plexiglas • 73 x 102 cm • Courtesy Dorothy Iannone et Air de Paris / Photo Jochen Littkemann
« She-Bam Pow POP Wizz. » On entend déjà la petite musique de Serge Gainsbourg et de son Comic Strip (1967), dont le clip, qui met en scène la belle Brigitte Barbot grimée en Barbarella, ouvre la visite de cette exposition consacrée aux femmes du pop art et estampillée « d’intérêt national » par le Ministère de la Culture. De 1961, date à laquelle Niki de Saint-Phalle réalise ses premiers « Tirs », à 1973, le parcours revient sur ces créatrices dont le nom a pendant trop longtemps été éclipsé par celui de leurs homologues masculins.
Évelyne Axell, Érotomobile, 1966
Photographie et technique mixte • 150 × 150 cm • Coll. Musée d’Ixelles / Philippe Axell • © Adagp, Paris 2021
Vroom Vroom ! Bang Bang ! Les onomatopées on ne peut plus pop rythment la première section, axée sur la sensualité. Dans les années 1960, les femmes cherchent à s’émanciper en affirmant leur désir, comme en témoignent ici une succession de croquis érotiques de Nicola L, Niki de Saint Phalle… Une autoroute des plaisirs, qui mène à une salle placée sous le signe de l’automobile. Revoilà Bardot, sur une Harley-Davidson ! Cette vidéo culte, est encadrée par deux toiles d’Evelyne Axell, morte ‒ ironie du sort ‒ dans un accident de la route à l’âge de 37 ans. La première, Axell-ération (on appréciera le jeu de mots), montre deux escarpins rivés sur les pédales d’une voiture : toute conductrice doit pouvoir jouir, de la vitesse, comme bon lui semble… La seconde figure quant à elle l’étreinte de deux femmes nues et parfaitement identiques, ressemblant étrangement à l’artiste. Cet autoportrait suggestif met en scène, comme nombre de peintures de l’époque, des corps flottants, leitmotiv qui, au-delà de l’extase individuelle, évoque une société en pleine mutation.
À l’heure où la société de consommation bat son plein, le domestique devient esthétique.
Tapissé de biographies co-rédigées avec l’association AWARE (Archives of Women Artists, Research and Exhibitions), un couloir nous mène au deuxième chapitre de l’exposition. Le monde occidental, plus particulièrement nord-américain, oscille entre l’image de la parfaite ménagère et le fantasme de la starlette légère, l’icône du quotidien et le modèle hollywoodien. Conscientes de ces stéréotypes, les Amazones du pop les détournent dans leurs créations. Avec No quiero ser Marilyn (Je ne veux pas être Marilyn), l’artiste valencienne Isabel Oliver, par exemple, reprend la scène mythique où se soulève la jupe de Marilyn Monroe dans le film Sept ans de réflexion de Billy Wilder, dénonçant ainsi le voyeurisme des hommes qui entourent la pin-up. Pendant ce temps, aux États-Unis, Elaine Sturtevant copie ouvertement Roy Lichtenstein, Andy Warhol, James Rosenquist… C’est le début de l’appropriationnisme, courant dont elle deviendra l’une des principales représentantes.
Vue de l’exposition « She-Bam Pow POP Wizz ! Les Amazones du POP”
© Ville de Nice / MAMAC / ADAGP – Photo Cécilia CONAN
De la femme-objet au ready-made, le quotidien fait une entrée fracassante dans le monde de l’art. Sans se connaître, la Portugaise Lourdes Castro, l’Américaine May Wilson et Niki de Saint Phalle ont la même idée : assembler des ustensiles de cuisine et les recouvrir d’une couleur unique. À ces monochromes sculpturaux répondent une nature morte aux jouets de la peintre allemande Christa Dichgans, ou encore le portrait d’une épouse dévouée passant l’aspirateur signé Martha Rosler. Bienvenue dans l’hyper-réalité des anges du foyer, où le beau, l’utile, les techniques se mélangent ! À l’heure où la société de consommation bat son plein, le domestique devient esthétique.
Martha Rosler, Cleaning the Drapes, de la série « House Beautiful : Bringing the War Home », vers 1967–1972
Photomontage • 51 × 61 cm • Courtesy Martha Rosler et la Galerie Nagel Draxler, Berlin/ Cologne • DR
Un message d’espoir introduit la troisième étape du parcours. « Demain sera meilleur », nous dit Martine Canneel dans cette œuvre à néons arc-en-ciel commandée par un couple de mécènes. D’où la mise en scène évoquant, dans la salle qui suit, l’intérieur d’un collectionneur, où un siège anthropomorphe de l’artiste tchèque Ruth Francken dialogue avec un pouf « Ron Ron » de Marion Baruch. Les espoirs favorisés par le progrès scientifique ‒ en 1963, Valentina Terechkova est la première cosmonaute à voler dans l’espace ‒ sont rapidement mitigés par la réalité des conflits mondiaux.
Vue de l’exposition « She-Bam Pow POP Wizz ! Les Amazones du POP »
© Ville de Nice / MAMAC / ADAGP – Photo Cécilia CONAN
Un vent pacifiste souffle pourtant sur la fin des années 1960. « Love is All You Need. » Les Amazones, ralliées aux discours hippies, prennent position et défient l’ordre établi. Saint Phalle dénonce la violence de l’OAS en Algérie à travers un triptyque doré qu’elle destine à l’un de ses tirs-happenings. Dans un élan anti-patriotique, Jane Fonda se range du côté du Vietnam, alors en guerre avec l’Amérique. Sœur Corita Kent milite pour la paix, à travers sa production artistique, au point de devoir quitter les ordres, en 1968. De crise en crise, nos chrysalides du pop ont pris leur envol !
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