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Albrecht Dürer, Le Chevalier, la Mort et le Diable, 1513
Gravure sur cuivre • Coll. fondation Olbricht, Berlin • © Christie’s, London
Jacob Jordaens, Le Joueur de cornemuse, 1640-1645
Suite milanaise façon flamande
Contrairement à ses contemporains Peter Paul Rubens et Antoon van Dyck, le troisième grand représentant de l’école baroque flamande, Jacob Jordaens, ne voyage pas. Pourtant son œuvre témoigne de la position stratégique d’Anvers comme grand centre des échanges économiques, commerciaux et artistiques du Siècle d’or. Et si Jordaens exporte ses tableaux dans les cours européennes d’Angleterre, d’Espagne et de Suède, il subit également l’influence des œuvres italiennes importées dans la ville flamande, comme celles du Caravage. Ainsi son autoportrait au sujet populaire et au réalisme marqué, peint à grands renforts de contrastes entre l’ombre et la lumière, reflète l’influence du Milanais.
Huile sur toile • Coll. fondation Roi Baudoin / Maison Rubens, Anvers • © Steytpena
Anonyme, Coupe Humboldt, 1648-1653
Sous la coupe des collectionneurs
Avec les grandes découvertes, l’Europe s’ouvre sur le monde. Le commerce d’objets hybrides qui illustrent la rencontre des cultures devient florissant, et ceux-ci viennent enrichir les cabinets de curiosités. En témoigne la préciosité de cette noix de coco gravée de trois scènes cannibales, mise en valeur par une monture en argent ciselée. Cette coupe, née de la rencontre entre les cultures hollandaise et antillaise, tire son nom de son ancien propriétaire allemand, le naturaliste Alexander von Humboldt, ce qui démontre l’importante contribution des collectionneurs à la circulation des œuvres.
Noix de coco et argent • Coll. fondation Olbricht, Berlin • © Kunstkammer Georg Laue, München
Pompeo Girolamo Batoni, Portrait de Sir Charles Watson, 1775
Les atours du Grand Tour
Au XVIIIe siècle, le Grand Tour, destiné à parfaire l’éducation des jeunes gens fortunés d’Europe, mène principalement en Italie. À Rome, se faire représenter – selon un schéma très conventionnel – dans l’atelier de Pompeo Batoni est un passage obligé pour les aristocrates anglais. Ce portrait de Charles Watson, qui témoigne du dialogue géographique entre l’Angleterre et l’Italie, est aussi un instantané de mode. En effet, le costume dit « van Dyck » que porte le modèle – où l’artiste démontre sa virtuosité dans le rendu des matières – était très en vogue dans l’Angleterre des années 1630.
Huile sur toile • Coll. fondazione Cassa di Risparmio di Lucca, Lucca • © Luca Lupi
Léon Spilliaert, La Buveuse d’absinthe, 1907
Symbolisme du Nord
Ami d’Ensor et représentant du symbolisme, Spilliaert se forme à Paris. De retour dans sa ville natale d’Ostende, il se lie avec l’écrivain allemand Stefan Zweig, et comme dans les récits de ce dernier, on décèle souvent dans les figures du peintre belge un destin tragique. Cette jeune femme pâle, le regard amorphe et les orbites creusées, tente de se maintenir sur son bras frêle. En présentant son modèle de manière frontale, sans indications d’espace ni de temps, l’artiste dépeint les ravages de l’alcool selon une certaine poésie du pire.
Encre de chine, pastel et gouache sur papier • Coll. fondation Roi Baudouin / Musée des Beaux-Arts, Gand • © Studio Philippe de Formanoir
Constant Nieuwenhuys, Faune, 1949
La modernité en mue avec CoBrA
Tout au long du XXe siècle les mouvements artistiques s’internationalisent, à l’instar de CoBrA – acronyme de Copenhague, Bruxelles, Amsterdam – qui favorise les échanges entre des artistes de différents horizons géographiques et stylistiques. Mais tous tendent vers un but commun : la spontanéité du geste artistique, en prenant pour exemple l’art naïf, primitif et populaire. Dans cette version de Faune la juxtaposition des chimères de Constant Nieuwenhuys répond ainsi au sixième point de son programme pour CoBrA : « l’imagination est le moyen pour connaître la réalité ».
Huile sur toile • Coll. CoBrA Museum for Modern Art, Amstelveen • © C/O Pictoright Amsterdam 2018
Ahti Lavonen, Forme du Nord, 1968
Vers l’art concret
L’importante participation des fondations scandinaves à l’exposition « De Tiepolo à Richter, l’Europe en dialogue » offre un large aperçu des œuvres produites à l’extrême nord de l’Europe au XXe siècle. Celles-ci mettent notamment en évidence les glissements entre art abstrait et art concret. Illustration avec Ahti Lavonen qui, dans ses dernières œuvres, a transposé ses peintures en sculptures. À partir d’un panneau carré et à l’aide de couleurs primaires, l’artiste divisait justement son œuvre en deux parties, l’une abstraite, l’autre concrète.
Acier émaillé • Saastamoinen Foundation Art Collection / EMMA – Espoo Museum of Modern Art • © Ari Karttunen / EMMA – Espoo Museum of Modern Art
De Tiepolo à Richter, l’Europe en dialogue
Du 24 mai 2018 au 30 septembre 2018
Musée du Cinquantenaire • 1000 Bruxelles
www.kmkg-mrah.be
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La gravure en tête de cortège
À la fin du XVe siècle, la gravure accroît de manière exponentielle la circulation des motifs artistiques du nord au sud de l’Europe. Grand voyageur, Albrecht Dürer exécute plus de 300 gravures qui témoignent d’une inspiration prolifique puisée aux quatre coins du continent, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Italie, ainsi qu’en atteste ce mystérieux chef-d’œuvre. Vraisemblablement inspiré du livre d’Érasme de Rotterdam, Le Manuel du chevalier chrétien publié dix ans auparavant, la figure du Diable (à droite) rappelle les monstres du graveur alsacien Martin Schongauer, tandis que l’allure du reître, ce cavalier germanique, reprend les modèles italiens de Donatello et de Verrocchio.