abbaye de Saint-Riquier

Des millénaires de passion pour la rose racontés dans une expo inspirante

Par

Publié le , mis à jour le
Je t’aime, un peu, beaucoup… à la folie ! L’abbaye de Saint-Riquier, dans le département de la Somme, retrace actuellement, jusqu’au 16 février, notre fascination millénaire pour la rose en plus de 300 œuvres diverses et variées, du petit flacon Guerlain en passant par de précieuses planches de botanique, vêtements, mobilier, portraits…
Pierre-Joseph Redouté, Les Roses (détail)
voir toutes les images

Pierre-Joseph Redouté, Les Roses (détail), 1817-1824

i

Planche détachée • Coll. Bibliothèque Patrimoniale d’Abbeville

Elle est une fleur, elle est un parfum. C’est un symbole à la fois des plus évanescents et des plus persistants : mieux que les diamants, les roses sont éternelles ! Apparues à l’état sauvage entre 60 et 35 millions d’années, cultivées depuis au moins 5 000 ans en Perse, en Égypte, en Grèce ou en Mésopotamie pour leurs vertus médicinales, ces épineuses ont conquis le monde. Elles ont aussi traversé le temps et les modes…

Cette passion de la rose ayant essaimé autour du monde s’effeuille en ce moment à l’abbaye de Saint-Riquier. Dans cette propriété du Département de la Somme se tient une belle exposition rythmée en plus de 300 œuvres, issues de collections publiques et privées, du petit flacon Guerlain en passant par de précieuses planches de botanique, vêtements, mobilier, portraits… Plongeons dans une véritable « rosemania » !

Une figure symbolique

Confrérie Notre-Dame du Puy d’Abbeville, Anonyme, Rose du ciel devant Dieu toute belle
voir toutes les images

Confrérie Notre-Dame du Puy d’Abbeville, Anonyme, Rose du ciel devant Dieu toute belle, Seconde moitié du XVIe siècle

i

Huile sur bois

La rose est un symbole dans la plupart des religions. Bien avant le développement la rosa gallica dans les jardins monastiques du Moyen Âge, le christianisme l’associe à la Vierge Marie, la « rose mystique ». Du rosaire à la rosace, les vêtements et accessoires liturgiques se couvrent de guirlandes, de corbeilles et de bouquets de roses. Parmi ces exemples rayonnants de broderies, l’abbaye de Saint-Riquier dévoile la fabuleuse « Rose d’or » du pape Pie IX, un trésor de Notre-Dame de Lourdes, portée en procession le « dimanche de la Rose » pour être bénie par le pape, selon la tradition médiévale. Flotte dans l’air un mysticisme rappelant Le Nom de la rose, le roman d’Umberto Eco (1980) porté par Jean-Jacques Annaud à l’écran. À son sujet, l’écrivain italien déclarait : « La rose est une figure symbolique tellement chargée de significations qu’elle finit par n’en avoir plus aucune, ou presque. »

De Pierre-Joseph Redouté à Cocteau, à chacun sa rose

Dame des poètes depuis la Pléiade (Mignonne, allons voir si la rose, Pierre de Ronsard, 1545), la rose germe dans les arts sitôt que celle-ci se taille une place à la cour de Versailles. La créature s’épanouit partout dans les décors de Marie-Antoinette, les boiseries, les dorures ; elle fleurit sur les porcelaines, les tapisseries, les peintures…

Vue de l’exposition « Rosemania » à l’Abbaye de Saint-Riquier
voir toutes les images

Vue de l’exposition « Rosemania » à l’Abbaye de Saint-Riquier, 2024

i

Photo Aurélie Boivin

Elle plaît aussi à l’impératrice Joséphine de Beauharnais, première épouse de Napoléon Ier, laquelle cultive la première roseraie d’Europe au château de Malmaison. Des artistes tels que Pierre-Joseph Redouté (1759–1840) en font les plus éloquents portraits de l’histoire botanique (Les Roses, 1817–1824). À Victor Hugo, Charles Baudelaire, et plus tard, Paul Éluard ou Jean Cocteau, de parfaire sa légende.

Le doux parfum de la création

Enivrante rose… À son parfum unique, le parcours de l’exposition consacre une petite salle abordant ses principes d’extraction – lesquels se développent aux XVIIe et XVIIIe siècles –, au côté de délicates fioles et pots à pharmacie. Au cœur de cette industrie parfumée, les mains expertes de Grasse perpétuent un patrimoine olfactif qu’un dispositif installé dans le parcours donne à sentir. De la rose Wardia, la rosa centifolia, ou la rose poivrée, laquelle allez-vous préférer ?

Récolte de la rose à Grasse
voir toutes les images

Récolte de la rose à Grasse, vers 1900

i

Photo Aurélie Boivin / © Le Musée À la Carte ® – Thierry Malty

Au XIXe siècle, cette manie pour la rose gagne la bourgeoisie. Ses courbes naturelles accompagnent l’Art nouveau, exaltant les motifs et les formes végétales. Du guéridon à l’éventail, du vase au flacon de parfum, les belles corolles se déploient dans les intérieurs haussmanniens. Les printemps passent, la rose demeure dans l’air du temps. Durant les Années folles, ses lignes s’épurent sous l’influence de l’Art déco.

La rose, toujours à la mode

Nils-Udo, Pétales d’églantine Rosa Rogusa « Thunberg », aiguilles de pin, Sylt, mer du Nord
voir toutes les images

Nils-Udo, Pétales d’églantine Rosa Rogusa « Thunberg », aiguilles de pin, Sylt, mer du Nord, 1986

i

Photographie originale Ilfochrome sur aluminium • Courtesy Galerie Pierre Alain Challier

La « reine des fleurs » ne disparaîtra jamais des inspirations des artistes ! Demandez aux couturiers et aux graphistes à l’honneur dans la dernière section du parcours où trônent robes et accessoires cosmétiques des années 1950–1960… Les saisons se succèdent, la rose jamais ne se fane. Une photographie de Nils-Udo (né en 1937) nous montre qu’on peut d’ailleurs toujours cueillir la rose comme au premier jour.

Arrow

Rosemania. Une histoire de la rose

Du 19 octobre 2024 au 30 mars 2025

www.somme.fr

Vous aimerez aussi

Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...

Visiter la boutique
Visiter la boutique

À lire aussi