art contemporain

La rose de Jéricho existe-t-elle vraiment ? L’émouvante enquête d’une artiste en Palestine dans une exposition gratuite

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La rose de Jéricho, plante mythique du désert qui essaime au vent et refleurit lors des rares pluies, est au cœur d’une longue enquête menée par Aurélia Zahedi. Un périple, entre art et science, qui a mené l’artiste en Palestine, et qui éclot aujourd’hui au sein du hammam de l’Institut des cultures d’islam à Paris.
Aurélia Zahedi, La Prière de Nesrine 3
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Aurélia Zahedi, La Prière de Nesrine 3, 2023

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Peinture sur papier, feuilles d’or • 53 x 34 cm • © Aurélia Zahedi, ADAGP, Paris, 2023

« Rose de Jéricho, souviens-toi du monde dans tes voyages pour me le raconter, puisque l’humanité a dessiné des lignes qui m’empêchent de franchir la poussière. » C’est avec ces mots qu’Aurélia Zahedi, artiste plasticienne diplômée en 2013 de la Villa Arson à Nice, cueille d’emblée le cœur des visiteurs de son exposition. Ces derniers s’apprêtent à descendre dans le hammam de l’Institut des cultures d’Islam (ICI) au nord de Paris, un lieu d’eau, symbolique, qui sert d’écrin pour quelques semaines à son émouvant travail autour de la rose de Jéricho. Cette fleur immortelle est source de mythes millénaires. Nomade, on la dit guérisseuse, ou alliée des femmes.

Discrètement tapie dans le désert, la rose de Jéricho fait éclore tout un imaginaire : « charriée par le vent, légère et recroquevillée sur elle-même, la rose de Jéricho s’ouvre et ne reprend racine qu’au contact de l’eau, qui la fait à nouveau croître, fleurir ; plus tard, le vent l’emportera dans un autre voyage », détaille Aurélia Zahedi, transportée dès l’enfance. « Depuis toujours, mon père fleuriste me parle de ses plantes, se souvient-elle. Dans un coin de sa serre, il avait une rose de Jéricho… » C’est en préparant son master en art que la plasticienne a eu le déclic : « J’ai rêvé qu’à mon tour, j’allais conter à mon père une histoire, celle de la rose de Jéricho. »

Réalité ou légende ?

Aurélia Zahedi, Vase lacrymatoire
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Aurélia Zahedi, Vase lacrymatoire, 2023

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Sculpture en verre soufflé • 37 × 7 cm • Photo Maurine Tric à l’ICI – Institut des Cultures d’Islam / © Aurélia Zahedi, ADAGP, Paris, 2023

Trois espèces botaniques différentes dans le monde correspondent à la Rose de Jéricho. Ainsi depuis 2016, la quête d’Aurélia Zahedi a pris la forme d’une véritable enquête de terrain. Entre art et science, elle a été menée à Jéricho/Arīḥā même, en Palestine, et aux côtés des Bédouins de Nabi Moussa, en plein désert à l’est de Jérusalem, où l’artiste va nouer des liens d’amitié profonds. En particulier avec Saqer (« aigle » en arabe), qui seront ses « yeux du désert » pour dénicher kaf maryam (« paume de Marie »), telle qu’on nomme la rose là-bas. En collaboration avec la docteure en agronomie Marie Rue, spécialiste des relations sols/plantes, l’artiste a aussi cherché à cueillir scientifiquement cette fleur qui ignore les frontières : « la rose de Jéricho est une source extrêmement féconde pour les échanges », affirme Aurélia Zahedi, qui a aussi été en contact avec des jardiniers, des mosaïstes, des promeneurs.

Un récit déployé dans le hammam de l’ICI

Dévoilé dans l’ensemble du hammam, son portrait de la rose de Jéricho se dessine à plusieurs voix et épouse poétiquement différents médiums, peinture, installation, sculptures de verre, vidéo, œuvres sur papier, qui creusent le récit d’une terre déchirée. Ça commence par la mémoire, incarnée par son Herbier de l’ancien cimetière musulman de Jéricho, en forme de tombeau, où des plantes sont accrochées comme autant de fantômes, et que l’artiste fait trôner au début du parcours : « La rose traverse les cimetières, explique Aurélia Zahedi, et attrape ces murmures quand elle s’ouvre. »

Aurélia Zahedi, La Rose de Jéricho (extrait film)
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Aurélia Zahedi, La Rose de Jéricho (extrait film), 2023

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Vidéo couleur HD avec son • 24 »37’ • © Aurélia Zahedi, ADAGP, Paris, 2023

Comme deux étrangers s’apprivoisent, Aurélia Zahedi a rencontré la technique de la miniature dont l’éblouissant résultat se donne à voir. Son pinceau accorde une grande place aux Bédouins qui l’ont accueillie chez eux et dont les portraits silencieux s’effacent dans un fond sablonneux… Une culture agraire et orale annihilée, qu’elle filme aussi avec pudeur et dont les images sont projetées dans une salle.

Les larmes des Bédouins

Ailleurs, c’est un reliquaire d’eau de la mer Morte que l’artiste pose. Ou un Vase lacrymatoire en verre soufflé, mélange de silice et de sable, qui renvoie à la plante voyageuse sur un territoire de feu et que l’artiste envisage comme «  un réceptacle des larmes des Bédouins qui n’ont plus accès à leur terre ».

Vue de l’exposition d’Aurélia Zahedi « La Rose de Jéricho »
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Vue de l’exposition d’Aurélia Zahedi « La Rose de Jéricho », 2024

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Photo Tanguy Beurdeley

Le clou de l’émouvante quête d’Aurélia Zahedi tient en trois coffres cérémoniels en verre installés au cœur du hammam de l’ICI, où trônent chacun des végétaux appelés rose de Jéricho. C’est dans cet espace solennel que l’artiste tiendra (les 30 mars et 1er juin) deux cérémonies imaginées pour l’exposition, entre rituel oral et bénédiction par l’eau, performances au cours desquelles la rose de Jéricho va s’ouvrir. Et nous révéler enfin tous ses mystères ?

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Aurélia Zahedi - La Rose de Jéricho

Du 20 janvier 2024 au 30 juin 2024

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Visite guidée de l’exposition

Tous les samedis, de 15h à 16h – entrée libre dans la limite des places disponibles.

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Cérémonie de la rose de Jéricho avec Aurélia Zahedi

Les samedis 30 mars et 1er juin de 16h à 17h, entrée libre dans la limite des places disponibles.

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