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Marc Riboud, Jeune fille à la fleur, manifestation contre la guerre au Vietnam, Washington, États-Unis, marche pour la paix, 21 octobre 1967
© Paris - Musée de l’Armée, Dist. RMN-Grand Palais / Émilie Cambier / Marc Riboud / Fonds Marc Riboud au MNAAG
L’image, difficilement soutenable, s’est répandue comme une trainée de poudre sur les réseaux sociaux d’abord, puis en une des journaux : une femme enceinte sur un brancard, blessée, est évacuée des ruines d’une maternité de Marioupol en Ukraine, bombardée aveuglément par l’armée russe. Sur place, le photographe Evgeniy Maloletka immortalise cette scène de chaos, sans se douter que l’image allait devenir, en quelques heures à peine, l’icône des premiers jours de « l’enfer de Marioupol ». Une icône qui aurait toute sa place dans l’exposition « Photographies en guerre » au musée de l’Armée qui, alors que la guerre fait son retour sur le sol européen, présente une exposition exemplaire sur la représentation des conflits par le médium photographique et ses usages. Où l’on retrouve, aux côtés d’un remarquable corpus de documents, d’autres images emblématiques qui ont forgé notre mémoire collective, de La mort d’un soldat républicain de Robert Capa à la Une choc de Libération [ci-dessous] qui titrait en 2017, « Les enfants d’Assad » montrant les corps sans vie de petits syriens après une attaque chimique par le régime.
Libération, Les enfants d’Assad, 2017
© Paris – Musée de l’Armée, Dist. RMN-Grand Palais / Émilie Cambier
Le parcours, chronologique et thématique, nous mène d’abord à Rome, de Monteverde aux flancs du Janicule. Car si la Ville éternelle est le berceau de la civilisation occidentale, elle est aussi celui du photoreportage de guerre, dont la paternité est attribuée à Stefano Lecchi. Pendant le Siège de Rome, tenu par l’armée française en 1849, cet italien documente le conflit à l’aide de calotypes sur papier, diffusés ensuite sous forme de lithographies. Aujourd’hui relativement tombée dans l’oubli, la figure de Lecchi est éclipsée par celles de Roger Fenton ou de James Robertson, qui à partir de 1853 couvrent la guerre de Crimée. Leurs images, parmi lesquelles d’époustouflants panoramas de Sébastopol, deviendront les symboles d’une guerre qui allait annoncer, sur le plan militaire, la boucherie de 1914–1918.
L’Illustration, n°3646, 11 janvier 1913
© Paris – Musée de l’Armée, Dist. RMN-Grand Palais / Anne-Sylvaine Marre-Noël
Ruines, désolations, paysages défigurés, mais aussi portraits de militaires… Grâce à divers progrès techniques, comme l’apparition du collodion humide, la photographie va en effet se faire une place sur les champs de bataille, et ce dès le début de la seconde moitié du XIXe siècle. Il ne s’agit pas alors de photographier le feu de l’action, mais plutôt l’avant/après des batailles. Il faut dire que le matériel, hautement fragile, exige une logistique contraignante. Très vite, le médium devient, à partir des années 1840, une source d’illustration pour la presse, d’abord grâce à la gravure, puis la similigravure. Il accompagne, à la fin du XIXe siècle, l’essor de la presse illustrée, friande de grands récits photographiques. Émerge alors, dès le début du siècle suivant, la figure du photo-reporter, à l’image de Jimmy Hare, photographe britannique émigré aux États-Unis. Correspondant du Collier’s Weekly durant la guerre russo-japonaise de 1905, ses images sont reprises en France par l’Illustration et présentées comme un feuilleton.
Henri Terrier, Photographies de la Grande Guerre. Album du lieutenant Henri Terrier, 1915
© Paris - Musée de l’Armée, Dist. RMN-Grand Palais / Anne-Sylvaine Marre-Noël
En perpétuel perfectionnement, l’accès à la photographie se démocratise. Réduction de la taille des appareils, baisse de coût… Des colonies aux tranchées, les militaires vont eux aussi s’emparer de ce médium pour rendre compte de leur expérience de la guerre à leurs proches, mais aussi à l’opinion. Parce qu’il témoigne du « vrai », la photographie devient ainsi un outil indispensable pour les médias. Ainsi, pendant la Première Guerre mondiale, alors que l’État exerce un strict contrôle de la production d’images sur le front (via notamment des services photographiques officiels), la presse illustrée préfère se fournir directement auprès des soldats qui montrent leur quotidien rythmé par de longs moments d’attente entre les assauts, mais aussi de camaraderie. Diffusées à grande échelle, ces images ne montrent pas l’horreur des tranchées et les lourdes pertes infligées aux troupes françaises.
Robert Capa, La foule court vers les abris au moment où l’alarme aérienne retentit, Espagne, Bilbao, mai 1937
© Robert Capa / International Center of Photography / Magnum Photos
Le photojournalisme devient, à partir de la guerre d’Espagne, le fer de lance des démocraties face au fascisme.
C’est cette censure qui, au sortir de la Grande Guerre, participera à l’essor du mythe du photojournaliste téméraire, qui brave la violence des combats pour témoigner du feu de l’action. Il devient, à partir de la guerre d’Espagne, le fer de lance des démocraties face au fascisme. Après la Seconde Guerre mondiale – où la photographie s’impose aussi comme un moyen d’information et de preuve face à la barbarie nazie – on peut, avec l’émergence d’agences telles que Magnum (en 1947) ou Gamma (en 1966), vraiment parler d’âge d’or. Décolonisation, guerres civiles, terrorisme : du Vietnam au Liban en passant par la Syrie, les photojournalistes sont à partir des années 1960–1970 sur tous les fronts.
Émeric Lhuisset, Théâtre de guerre. Photographie avec un groupe de guérilla kurde, 2012
© Émeric Lhuisset / Adagp, Paris, 2021 / Paris – Musée de l’Armée, Dist. RMN-Grand Palais
Le conflit armé se transforme aussi en guerre de l’image et de l’information. Jusqu’où aller dans la documentation de l’horreur ? Faut-il tout montrer ? Les récents événements en Ukraine alimentent encore ces débats éthiques et idéologiques. D’autant plus que la photographie de guerre se heurte désormais à l’avènement des smartphones qui permettent à tout un chacun de témoigner de son expérience de la guerre… Mais aussi de relayer à grande échelle des images manipulées, qui pullulent sur les réseaux sociaux. Voilà un nouveau combat à mener, cette fois sur le front des fake news.
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