Georges Wolinski, Georges le tueur (détail), 2003
Encre de Chine et feutre sur papier • 23,7 x 17,6 cm • Coll. particulière • © Succession Wolinski
L’homme ? « Ontologiquement lunaire ». L’artiste ? « Férocement libre ». Le pognon ? « Toujours resté locataire, il débarquait à la Fête de l’Huma en jaguar ». Enfin, le père ? « Profondément aimant ». Presque dix ans après l’assassinat du dessinateur Georges Wolinski, le 7 janvier 2015, dans les locaux du journal Charlie Hebdo, ses filles Federica, Natacha et Elsa ont pris le temps d’une « introspection familiale ». Toutes les trois, elles ont rouvert les archives laissées par le dessinateur, compulsé des heures durant les planches, les croquis, dont plus d’un millier sont déposés à la BnF, là où se conserve le patrimoine français.
Penser permet de panser. Réunissant 70 œuvres, la sélection faite est émouvante. Elle trône actuellement aux murs de la galerie Huberty & Breyne, avenue Matignon à Paris, en hommage à celui qui, né en 1934 à Tunis, aurait soufflé ses 90 bougies cette année.
Les dessin présentés dans l’exposition « Wolinski » à la Galerie Huberty & Breyne à Paris
Courtesy Huberty & Breyne, Paris, Bruxelles
Les mots de Wolinski, mort parce qu’il défendait la liberté d’expression et le droit à la contestation, semblent vivants, tant ils résonnent avec l’actualité. L’accrochage met ainsi en lumière des sujets qui n’ont, hélas, guère disparu, Wolinski croquant les injustices, le racisme, les dissensions de l’Europe, la politique qui se joue comme un spectacle, la légalisation du cannabis… Le tout, entre rigolade et pessimisme, traité au feutre avec un sens de la découpe du récit et des dialogues qui n’appartient qu’à lui : « Wolinski incarne la presse », martèle Ronan Lancelot, directeur de Huberty & Breyne, lequel a apporté son œil de galeriste aux filles de Wolinski pour cette première exposition posthume.
Rien n’a été occulté de celui qui se définissait lui-même comme un « sale phallocrate » : un homme moderne, pour le droit à l’avortement et l’égalité salariale, mais dont les petites coquines en bikini ou les pépées aux jupes affriolantes passeraient sans doute à la corbeille des journaux post-MeToo. Certes « Wolinski ne pense qu’à ça », pour paraphraser l’un de ses ouvrages compilant ses dessins parus dans le mensuel Hara-Kiri entre 1965 et 1967.
Georges Wolinski, La Reine des Pommes, Publié dans Hara Kiri mensuel n°45 de novembre 1964
Encre de Chine sur papier • 41,5 × 33 cm • Coll. particulière • © Succession Wolinski
Il savait surtout s’y prendre extraordinairement bien ! En témoigne une planche virtuose de La Reine des pommes, adaptation d’un roman de Chester Himes à l’encre de Chine publié à ses tout débuts en 1964, chez Hara-Kiri. « On sent l’influence des dessinateurs du magazine culte américain Mad, et de l’affichiste humoriste Albert Dubout (1905–1976) », souligne-t-on à la galerie Huberty & Breyne. Une planche de Georges le tueur rappelle aussi l’auteur prolifique de BD qu’il était, avec plus d’une centaine d’albums au compteur. Cette œuvre monstre a été récompensée en 2005 par un Grand Prix au Festival d’Angoulême.
Dans les médias, de Rustica à Charlie Hebdo, en passant par Bizarre, L’Enragé, Action, le Journal du Dimanche, Libération, Le Nouvel Observateur, Le Point, L’Humanité, L’Écho des savanes, Phosphore ou encore Paris Match, chaque jour avait son dessin de Wolinski. Cette frénésie l’a piqué dès l’école où, se rêvant architecte, il tenait un fanzine. Manière d’échapper, avanceraient les psys, à des traumatismes d’enfance : un père assassiné quand il n’a pas 3 ans, une mère partie soigner sa tuberculose, et puis la Seconde Guerre mondiale.
Pour finir, à l’étage, sur la mezzanine de la galerie, les filles de Wolinski ont réuni quelques dessins intimes offerts par les amis qui avaient leur rond de serviette à la maison. C’est à voir pour se marrer ! Que font Reiser, Cabu et Wolinski au paradis ? Sûrement des conneries !
Wolinski
Du 13 septembre 2024 au 26 octobre 2024
Galerie Huberty & Breyne • 36 Avenue Matignon • 75008 Paris
hubertybreyne.com
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