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Albert Dubout, Mais où vont-ils donc, tous ? Voir la Bonne Mère ? Eh ! Non… Les bonnes filles…, dans “Le Rire”, 1933
Encre de Chine et aquarelle • © Albert Dubout
Albert Dubout, Illustration extraite de « Entre Chats du docteur Méry », 1962
Encre de Chine • © Albert Dubout
« Je recopiais ses dessins à douze ans comme on recopie un Rembrandt au Louvre », confiait Cabu. Pour les dessinateurs de presse, Albert Dubout (1905–1976) est un maître du comique, un virtuose de la caricature et du burlesque. Pour le grand public, il est indissociable de ces chats câlins et polissons, qu’il figurait en boules de poils endormies sur un oreiller ou en chasseurs de souris prêts à bondir sur leur proie naïve. Car dans sa maison du bord de Seine surnommée « le Paradis », achetée en 1952, vivaient trois félins aux grands yeux sauvages, dorlotés du matin au soir et surtout à Noël, période durant laquelle ils avaient droit à un traitement de faveur : un sapin orné de petites souris en plastique !
Mais le sujet favori de l’artiste marseillais, ce sont les gens. Les bourgeois et les malfrats, les couples infidèles, les gangsters qui s’apprêtent à frapper des gendarmes sifflotant, les retraités qui se bousculent vers les maisons closes… L’exaltation d’une vie purement provençale, crue et savoureuse, toujours cocasse. Si bien qu’à travers ses dessins, des foules de personnages agglutinés, « on sent la frite. On sent le pastis. On sent la vie ! » comme s’exclame le chanteur Pierre Perret. Ces compositions bondées de monde, Dubout les dessine à la loupe, au fil du crayon, sans esquisse préparatoire. D’un trait sûr, léger et continu, toujours spontané…
Albert Dubout, Illustration pour “Fanny” de Marcel Pagnol, 1948
Encre de Chine • © Albert Dubout
Il n’use ni de gomme ni de règle. Son coup de plume plongée dans l’encre de Chine révèle la vie désopilante des autres. Âgé seulement de 15 ans, Dubout part étudier à l’École des beaux-arts de Montpellier et s’empresse deux ans plus tard, en 1922, de monter à Paris, capitale effervescente. Là-bas, il passe ses journées aux Galeries Lafayette pour y croquer les « riches Parisiennes qui viennent acheter des robes luxueuses ». Rapidement, il s’adonne à l’art de la caricature, inversant drôlement les rôles : la femme devient imposante et virile, le mari est petit et maigrichon. C’est le début d’une longue série de dessins humoristiques qui emballeront la presse de l’époque, du Rire à Ici Paris en passant par Marianne.
Albert Dubout, Camping, dans « La Bataille », 1945
Encre de Chine et aquarelle • © Albert Dubout
Ses inspirations ? Certains critiques évoquent les scènes de kermesses du peintre flamand Brueghel l’Ancien (1529–1569), ou les compositions fourmillantes de Bosch (1450–1516). On compare aussi ses portraits aux traits caricaturaux à ceux, véritablement tourmentés, des expressionnistes allemands George Grosz (1893–1959) ou Otto Dix (1891–1969). Pourtant, Dubout a une idole bien à lui, un maître incontestable qu’il se plaît à imiter régulièrement : l’acteur Charlie Chaplin (1889–1977) et son double Charlot.
Albert Dubout, Le Cinéma, dans « Gringoire », 1934
Encre de Chine • © Albert Dubout
Du Kid au Dictateur, la filmographie du réalisateur américain constitue son répertoire humoristique, d’où il tire ses personnages : son Anatole, gringalet aux larges chaussures, son Sparadra, malfaiteur à l’allure de gangster incapable… Puis, après avoir illustré les romans de son ami et écrivain Marcel Pagnol (1895–1974), l’artiste s’applique à la création des affiches de ses films (ses « souvenirs d’enfance » adaptés à l’écran) : il touche ainsi son rêve de cinéma du bout des doigts… Il s’essaye même au dessin animé, attirant l’attention du producteur Walt Disney (1901–1966) qui lui propose de rejoindre ses studios. Mais Dubout refuse. Ses dessins truculents plaisent déjà et ravissent « même les cons » (selon les mots du dessinateur Georges Wolinski). On le proclame « dessinateur populaire des Français ».
« Le public m’a classé dans le rayon des rigolos mais après ma mort on verra que je faisais du sérieux », rectifie-t-il. À l’image de Chaplin, humoriste traitant des grandes préoccupations de son époque, Dubout s’évertue à illustrer les transformations sociales de la France du Front populaire, celle des congés payés mais aussi celle déboussolée par l’entre-deux-guerres qu’il représente accidentée ou rafistolée, entre les machines fumantes, les pantalons rapiécés, les pneus dégonflés…
Albert Dubout, Libération de Paris, dans « La Bataille », 1945
Encre de Chine • © Albert Dubout
En 1944, vient le temps de la Libération puis celui de la reconstruction : l’artiste rend hommage aux joies collectives, aux traditions ancrées et aux faits divers. Il se plaît à figurer des parties de pétanque en Provence, des voyages en train, des fêtes de village, ou encore le Tour de France. Au total, plus de 250 journaux invitent son trait comique et nourrissent ainsi sa célébrité qui l’exaspère terriblement : pour s’isoler des regards indiscrets, il fait pousser des ronces le long de sa maison et pose des mannequins habillés près de sa fenêtre. Le tout avec son irrésistible humour, son goût irraisonné pour la plaisanterie.
Albert Dubout, Autoportrait, 1938
Huile sur toile • © Albert Dubout
Un « fou dessinant » tel qu’il se surnomme, qui se révèle aussi un peintre infatigable. Emplies de poésie, ses toiles témoignent d’une technique inouïe où la couleur règne en maître. Ce sont, pour la plupart, des arènes saturées de spectateurs, qui encerclent un toréador dansant (Dubout rêvait d’en faire son métier), ou encore des autoportraits oscillants entre dérision et angoisse, sur lesquels il fume sa pipe rafistolée, le regard rêveur, puis se montre ridé et amaigri en 1973, dans un dramatique face-à-face avec son public. Ces chefs-d’œuvre, l’artiste préfèrera étrangement les conserver à l’abri des regards, les protéger des critiques… Demeurant à jamais l’un des dessinateurs les plus divertissants du XXe siècle.
Albert Dubout dessine les Français
Du 17 juin 2020 au 14 août 2020
Musée de la Carte à Jouer • 16 Rue Auguste Gervais • 92130 Issy-les-Moulineaux
www.museecarteajouer.com
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