Article proposé par Exponaute

Claude Monet, Arbres fruitiers en fleurs, 1873 © The Met, New York
Pas moins de trente-cinq musées, galeries et autres institutions ont répondu favorablement à l’appel du Musée van Gogh d’Amsterdam, afin de réunir plus d’une centaine d’œuvres (huiles sur toile, gravures, dessins, recueils…) qui plongent le visiteur dans un seul et même univers : celui du paysage.
Le parcours, principalement thématique mais qui suit également une frise chronologique quelque peu discrète, propose de comprendre comment le peintre Charles-François Daubigny (1817–1878), membre de l’école de Barbizon, est considéré comme un des précurseurs de l’impressionnisme, tant son style pictural coloré, bucolique et d’une grande précision a ouvert la voie à la reconnaissance de la peinture de paysage comme un genre à part entière.

Charles-François Daubigny, Champs au mois de juin, 1874 © Herbert Johnson Museum of Art, New York
Plantant son chevalet directement sur les rivages de la Normandie au ciel changeant, investissant un petit bateau avec lequel il descendit les méandres de la Seine, parvenant le tour de force que fut de faire entrer (et saluer) le paysage au Salon, Daubigny a repensé les codes de la peinture et aboli quelques frontières que l’on croyait gravées dans le marbre depuis des siècles. Le cours calme de l’Oise, un verger aux couleurs printanières, les falaises escarpées de la côte normande, le soleil couchant sur un bras de Seine…
Plus qu’essayer quelque chose de nouveau, Charles-François Daubigny a sans le savoir, ouvert une brèche béante dans l’Histoire de l’art. Une trouée dans laquelle se sont empressés de s’engouffrer de plus jeunes artistes que nous allons rencontrer un peu plus loin dans l’exposition : Claude Monet, Camille Pissarro et bien sûr, van Gogh.

Charles-François Daubigny, Le moissonneur, 1875 © Gouda Museum
Le plus intéressant est probablement de constater l’évolution dans le style pictural des trois artistes présentés dans l’exposition. Le parcours, divisé sur deux étages, consacre sa première étape presque exclusivement au travail de Daubigny, de ses premières toiles d’une précision exquise aux œuvres les plus tardives, à la touche expérimentale, aux touches libres et approximatives, qui annoncent les grandes heures de l’impressionnisme.
Puis les années glissent, à la manière d’un bateau-atelier lancé sur le cours calme de la Seine. Ce bateau-atelier a été utilisé par Daubigny, puis l’idée fut reprise par son cadet, Claude Monet.

Claude Monet, Soleil couchant sur la Seine à Lavacourt, effet d’hiver, 1880 © Petit Palais / Roger-Viollet
Marchant dans les pas du maître, le peintre de Giverny s’est empressé de faire l’acquisition d’une de ces embarcations, afin de saisir des reflets différents, les rides de l’eau au milieu d’un bras de rivière, l’horizon éclatant depuis un point de vue inédit. La disposition des tableaux a été faite de telle sorte que ces derniers entrent en résonance les uns avec les autres et que d’une même scène, on obtienne plusieurs lectures selon le point de vue du peintre.

Claude Monet, Le Bateau-atelier, 1874 © Kröller-Müller Museum, Otterlo
Ainsi, le même village de Normandie prend une toute autre teinte sous le pinceau de Camille Pissarro qui va s’attacher aux détails de la vie courante et aux couleurs terreuses, tandis que Daubigny va se concentre davantage sur l’aspect préservé et luxuriant de la campagne de cette région française.

Vincent van Gogh, Champ de blé sous un ciel orageux, 1890 © Van Gogh Museum, Amsterdam
En montant au premier étage du musée, c’est là que l’on croise les premières peintures signées Vincent van Gogh, alors que le peintre néerlandais s’est fait désirer pendant toute la première étape. Mais l’attente en valait véritablement la peine. Daubigny disparut en 1878, mais son œuvre a continué d’inspirer la jeune génération d’artistes qui ont décidé de se placer dans son sillage prolifique. Au moment de son arrivée dans le village d’Auvers-sur-Oise, van Gogh ne songeait qu’à une seule chose : peindre le jardin de l’artiste disparu récemment, et rencontrer sa veuve, qui vivait toujours dans ce petit village au nord de Paris. La toile est bien sûr exposée dans le parcours, et est absolument sublime.

Vincent van Gogh, Le verger blanc, 1888 © Van Gogh Museum, Amsterdam
Comme son illustre prédécesseur à Auvers-sur-Oise, van Gogh peint les vergers où croissent des pommiers en fleurs. Comme Daubigny, il s’émerveille devant les champs ponctués des touches écarlates du coquelicot, qu’il peint avec une délectation palpable. Les trois grands maîtres, Daubigny, Monet et van Gogh échangent donc malgré les époques, les distances, les orientations picturales. Et nous offrent réunis une exposition absolument éblouissante.
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