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Centre Pompidou

Éric Baudelaire, le djihad à la trace

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Publié le , mis à jour le
Au Centre Pompidou, le film Also Known as Jihadi de l’artiste Éric Baudelaire retrace l’itinéraire tragique d’Aziz, un jeune Français parti faire le djihad et rejoindre le Front al-Nostra, le groupe terroriste islamiste actif en Syrie. Un film documentaire coup de poing, accompagné d’une exposition plurielle et engagée. À voir absolument avant le 18 septembre.
Éric Baudelaire, Also Known As Jihadi
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Éric Baudelaire, Also Known As Jihadi, 2017

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Vidéo • © Adagp, Paris 2017

Au lendemain des attentats du 13 novembre 2015, la France pleure, est sous le choc. Comment cette folie meurtrière a-t-elle pu être perpétrée sur le territoire français ? Que faire désormais pour prévenir de nouvelles tueries ? Dans l’urgence, les langues s’enflamment. Éric Baudelaire désire, lui, marquer un temps de pause. Remettre ces évènements tragiques en perspective et, comme à son habitude, questionner, au moyen de l’art, un phénomène politique.

L’artiste s’empare d’une question des plus brûlantes. Connu pour avoir travaillé sur l’armée rouge japonaise, il n’a jamais eu froid aux yeux. Proposer un regard autre que celui des médias et des politiques sur les problématiques de l’embrigadement djihadiste, voilà toute l’ambition de son projet artistique. Il y a deux ans, il s’était engagé à trouver une personne-témoin ayant basculé dans l’islamisme. Éric Baudelaire, qui a étudié les sciences politiques avant de se consacrer à une carrière artistique, est un chercheur dans l’âme. Après un travail d’enquête, son regard se pose sur un habitant de Vitry-sur-Seine, un chauffeur-livreur né en 1989, ancien étudiant de l’université d’Évry. Soit le profil d’un monsieur tout-le-monde. Il s’appelle Aziz.

La « théorie du paysage »

Sans la traditionnelle voix off ni les interviews, c’est un portrait documentaire silencieux que l’artiste dresse. Un portrait froid où s’entrecroisent abruptement des images de documents judiciaires (interrogatoires, écoutes téléphoniques…), relatifs au procès d’Aziz, et des lieux qu’il a occupés. « Un film sans paroles. Un film où les mots sont donnés à lire, où les mots font image », explique Éric Baudelaire. Suivant les pas d’Aziz, de son école jusqu’aux routes du Moyen-Orient, en passant par les paysages de sa banlieue, il dévoile l’environnement visuel du jeune radicalisé. Il applique ainsi  « la théorie du paysage » du cinéaste activiste japonais Masao Adachi, qui a filmé en 1969 le parcours d’un serial killer selon le même dispositif, dans AKA Serial Killer. Une façon, non pas d’accuser ouvertement les paysages, la politique urbaine ou bien plus largement l’État d’être responsables de son geste, mais d’interroger leur rôle et leur influence insidieuse dans nos vies.

Rosemarie Trockel, Vorstudie (étude préliminaire)
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Rosemarie Trockel, Vorstudie (étude préliminaire), 1989

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Dessin • 29,5 × 21 cm • Coll. centre Pompidou, Paris • © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Georges Meguerditchian Presse / © Adagp, Paris 2017

« La déclaration de l’impensable c’est toujours une défaite de la pensée, et la défaite de la pensée c’est toujours la victoire précisément des comportements irrationnels et criminels. »

Alain Badiou

Car « il faut parvenir à penser ce qui est arrivé. (…) La déclaration de l’impensable c’est toujours une défaite de la pensée, et la défaite de la pensée c’est toujours la victoire précisément des comportements irrationnels et criminels », déclare en 2015 le philosophe Alain Badiou. C’est avec ses mots en tête qu’Éric Baudelaire réalise Also Known as Jihadi. Pour y voir plus clair. D’où cette volonté d’accompagner le film d’une exposition afin de dérouler, à travers des œuvres de la collection du Centre Pompidou, les questionnements multiples (l’école, l’architecture, la lutte…) que pose la vidéo, mais sans jamais apporter de réponses ou se targuer de rendre compte de la vérité. Car le spectateur, entre volonté de comprendre et de ne pas comprendre la fuite d’Aziz, est libre. C’est à lui d’investir ce « film-page blanche », troublant et ambigu. C’est d’ailleurs sûrement sa force : celle, en empruntant les mots d’Éric Baudelaire, d’admettre « que l’on se sente perdu face à l’indicible », tout en sachant que « l’indicible doit pourtant avoir ses raisons ».

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