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Collection Lambert

Francesco Vezzoli : plein fard sur l’Antiquité

Par • le
Docteur Frankenstein du patrimoine, l’artiste italien Francesco Vezzoli dévoile à la collection Lambert en Avignon une partition d’œuvres sur l’Antique. Un parcours érudit et plein d’humour, mais virant à l’exercice de style.
Francesco Vezzoli, The Eternal Kiss
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Francesco Vezzoli, The Eternal Kiss, 2015

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Marbre blanc de Carrare, aquarelle, socle en marbre africain noir • 49 x 35 x 49 cm • Courtesy Francesco Vezzoli / Courtesy galerie Almine Rech, Paris, Bruxelles, Londres, New-York / Photo Pascal Martinez / © Francesco Vezzoli

Sur un petit socle, les ongles d’un pied étrusque du III-IIe siècle avant J.-C. sont badigeonnés de vernis rouge. Plus loin, le buste d’une déesse grecque – titré Marlene Dietrich – est paré de feuilles d’or et de bijoux. Autant dire qu’il est plutôt inhabituel de découvrir ainsi des vestiges antiques, d’ordinaire bien pâlots ou couverts de moisissures. Pop et drôles, ces sculptures déguisées sont la marque de fabrique de Francesco Vezzoli. Né en 1971, cet artiste ne cesse d’écumer les ventes aux enchères afin d’acquérir des fragments, qu’il s’empresse de mettre au goût du jour. Toujours avec élégance, délicatesse et plus ou moins d’irrévérence. Dans sa fameuse série True Colors (dont certains modèles sont exposés), l’artiste s’est entouré de spécialistes pour redonner à ces sculptures leurs teintes originelles. Parfois, il assemble ses trouvailles ou les rehausse d’un simple trait de couleur.

Francesco Vezzoli, True Colors
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Francesco Vezzoli, True Colors, 2014

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Tête en marbre du Satyre se reposant, fin du 1er siècle après J.-C. • Courtesy Prada Collection, Milan / Photo Pascal Martinez / Photo Pascal Martinez / © Francesco Vezzoli

L’artiste se présente comme un producteur et un DJ. Dans l’exposition de la collection Lambert en Avignon, on retiendra également ses surprenants collages, propulsant l’Antiquité à notre époque : une sangle sadomasochiste en cuir embrassant un immense phallus romain en tuf du I-IIe siècle ou encore ce portrait de Kim Kardashian formé d’une sculpture en marbre du IIIe siècle, déposée sur une reproduction de la Vénus de Willendorf. Francesco Vezzoli est malicieux, joueur et décomplexé.

Francesco Vezzoli, Vue de l’exposition « Francesco Vezzoli. Le lacrime dei poeti » de la Collection Lambert en Avignon
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Francesco Vezzoli, Vue de l’exposition « Francesco Vezzoli. Le lacrime dei poeti » de la Collection Lambert en Avignon

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Au centre : Portrait of Kim Kardashian (Ante Litteram), 2018

Photo Pascal Martinez / © Francesco Vezzoli

Il ne vénère pas les objets du passé, mais se les approprie pour les extirper de leur léthargie. Pour lui, le patrimoine n’a d’intérêt que si on lui redonne des couleurs, celles du désir, de l’érotisme et d’une vie ambiguë. Docteur Frankenstein du patrimoine, l’Italien maquille de vieilles pierres à l’instar d’un thanatopracteur. Son travail s’apparente à celui des stars, façonnant sans cesse leur image, une image si factice qu’elle se mue déjà en masque mortuaire…

Aussi colorées et drolatiques soient-elles, les sculptures de Francesco Vezzoli relèvent pourtant du dialogue avec des fantômes. Il n’est donc pas tout à fait étonnant qu’elles soient entourées, à Avignon, d’œuvres historiques tout aussi hantées par le passé : des photos d’intérieurs cossus de Louise Lawyer, des dessins mythologiques de Cy Twombly et des collages de Giulio Paolini.

Francesco Vezzoli, Self-Portrait as Emperor Hadrian Loving Antinous
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Francesco Vezzoli, Self-Portrait as Emperor Hadrian Loving Antinous, 2012

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Installation • Photo Pascal Martinez / © Francesco Vezzoli

Millimétré comme du papier à musique, le parcours de l’exposition opère de grands écarts spatiaux et des rapprochements ultra-intimes entre les œuvres. Dans une salle, des dessins de Cy Twombly se retrouvent à quelques centimètres seulement des bustes de Francesco Vezzoli. De cet Italien charismatique, on retiendra donc non seulement les sculptures mais aussi sa scénographie stylisée de dandy. L’exposition est comme posée sur un petit nuage et baignée du parfum d’une Italie fantasmée, bourgeoise et nostalgique. C’est comme si la collection Lambert avait pris congé du monde et de ses tensions, pour trouver refuge auprès d’une beauté antique travestie. Les références au star system sont le seul lien avec le présent.

Francesco Vezzoli et Cy Twombly, « Antique not Antique : Self-Portrait as a Crying Roman Togatus » et « Nimphidia », « Lycian Drawing »
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Francesco Vezzoli et Cy Twombly, « Antique not Antique : Self-Portrait as a Crying Roman Togatus » et « Nimphidia », « Lycian Drawing », 2012 et 1982

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Courtesy galerie Franco Noero, Turin. © Francesco Vezzoli / © Fondation Cy Twombly / Photo Pascal Martinez

L’exposition serait-elle celle d’un homme privilégié préservé du chaos du monde ? Certes, les œuvres sélectionnées sont sublimes. Le parcours est poétique, semé de touches d’érotisme et d’humour, mais aucun cartel ne renseigne sur les œuvres et leurs références mythologiques, de Phèdre à Achilles en passant par Caligula. Plus qu’une parenthèse de paix, l’exposition relève de l’expérimentation solitaire d’un artiste mettant en perspective son travail avec des œuvres historiques. Une démarche passionnante, pour lui comme pour la collection, qui met en avant ses acquisitions. Un peu moins pour le visiteur lambda, légèrement démuni.

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Francesco Vezzoli - Le Lacrime Dei Poeti

Du 2 mars 2019 au 10 juin 2019

Retrouvez dans l’Encyclo : Cy Twombly

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