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Centre Pompidou

Harmony Korine, l’homme qui parlait aux fantômes

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Publié le , mis à jour le
L’enfant terrible du cinéma invite le public à pénétrer dans son univers turbulent et sulfureux, du 6 octobre au 5 novembre, à l’occasion de la rétrospective inédite que lui dédie le Centre Pompidou. Une opportunité unique de découvrir la création plastique du cinéaste, ainsi que les obsessions qui la hantent.
Harmony Korine, Friendy
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Harmony Korine, Friendy, 2015

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Huile et acrylique sur couverture en mouvement • 198 x 154 cm • Courtesy Gagosian Gallery, Paris, Londres, New York

À l’inauguration de sa rétrospective au Centre Pompidou vendredi 6 octobre, Harmony Korine affiche un air serein. Il arbore une chevelure poivre et sel et pose pour les photographes avec sa femme, Rachel Korine. Le sourire en coin, elle place délicatement sa main sur son ventre. Elle est enceinte. Des commentaires se détachent alors du brouhaha de la foule : certains avouent être surpris par la démarche calme du cinéaste, un vrai contraste, selon eux, par rapport à son œuvre tumultueuse.

Harmony Korine à la Gagosian Gallery, Londres
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Harmony Korine à la Gagosian Gallery, Londres, 2016

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© Sarah Lee/The Guardian/SIPA

Eh oui, Harmony Korine a grandi. Mais la jeunesse et ses excès sulfureux n’ont jamais, pour autant, cessé d’être au cœur de sa production filmique ou artistique. Peut-être parce qu’il tente encore d’en cerner les mystères. Ou peut-être parce qu’il n’a tout simplement jamais renoncé à la jeunesse et à sa beauté anarchique. En témoigne cette exposition, inscrite dans le Festival d’Automne, qui porte sur les trente dernières années de son travail plastique – une activité qu’il a développée depuis l’adolescence, en parallèle du cinéma. D’autres œuvres de l’artiste sont à voir à la Galerie du jour agnès b., qui lui consacre son espace jusqu’au 28 octobre.

Du cinéma à l’art underground

Les fans du cinéaste sont déjà prévenus : Harmony Korine n’est pas le genre à y aller avec le dos de la cuillère. C’est justement un portrait cru d’une jeunesse perdue qui a été l’objet de son premier long-métrage Kids, grâce auquel il est devenu célèbre en 1995, alors qu’il n’avait que 22 ans. Imaginé avec Larry Clark, le scénario raconte une descente tourbillonnante dans l’enfer du sida, propulsée par le sexe et les drogues. Des vices qu’il ne loue pas plus qu’il ne les condamne. Cette distanciation par rapport au sujet, marque de fabrique d’Harmony Korine, reste cependant teintée d’une sensibilité à fleur de peau dont il peine lui même à expliquer la source.

Harmony Korine, Julien Donkey-Boy
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Harmony Korine, Julien Donkey-Boy, 1999

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Film • 1 h 40 • © Fine Line Features/Christophel

« Il y a des fois où je ne suis pas sûr moi-même de ce que je fais, avouait-il à The Guardian en 2016. Mais ça ne me fait pas peur. Quel que soit le résultat, c’est ça que c’était censé être. »  La création, à ses yeux, intuitive et viscérale, doit découler de l’instinct de l’artiste et d’un réel sans artifice. Donc dans ses films, pas question d’avoir un texte à apprendre, un rôle à jouer ou un fil narratif à suivre. Seules quelques instructions du metteur en scène guident les acteurs afin qu’ils révèlent, par eux-mêmes, la magie intrinsèque que recèlent leurs rapports spontanés. Un manifeste esthétique fondé sur l’improvisation qu’il reprend aussi dans son œuvre plastique…

Quand « jeunesse » rime avec « vitesse »

Placée à l’entrée de l’exposition, une piste de skate annonce la vitesse frénétique qui rythme la production plastique du réalisateur. Emblème de la contre-culture à laquelle il a toujours adhéré, le skate est également pour lui « un dispositif de vision depuis lequel il crée », selon Alicia Knock, commissaire de l’exposition. « La piste annonce la cadence et la dynamique de sa création. C’est pour cela que nous avons voulu la placer au début de l’exposition  », poursuit-elle.
L’envol dans l’univers plastique du réalisateur commence donc dès la première salle. Des clichés argentiques s’attardent sur des personnages de toutes sortes (boxeurs, skaters, ou individus anonymes) sur lesquels l’artiste intervient avec un feutre. Leur banalité apparente devient alors, très vite, troublante : « Death to race mixers  » (mort à ceux qui mélangent les races), inscrit-il sur une photographie montrant une silhouette en costume, dont il a aussi effacé le visage. En face, un portrait du célèbre acteur McCaulay Culkin a été teint en vert et agrandi jusqu’à devenir illisible. 

Harmony Korine, Ghost (vert), 2003

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Tirage couleur contrecollés sur aluminium • 50 X 60 cm • Coll. Agnes B

Vue de la rétrospective Harmony Korine au Festival d’Automne, 2017

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© Hervé Veronèse / Centre Pompidou

Harmony Korine, Mini House Sitter 2, 2014

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Huile et peinture latex, collage sur toile, 122 x 81,3 x 29,2 cm • © Harmony Korine/Courtesy Gagosian Gallery, Paris, Londres, New York

Vue de la rétrospective Harmony Korine au Festival d’Automne, 2017

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© Hervé Veronèse / Centre Pompidou

Vue de la rétrospective Harmony Korine au Festival d’Automne, 2017

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© Hervé Veronèse / Centre Pompidou

Plus loin, une peinture, à première vue, abstraite, s’avère en fait être un collage à base d’impressions d’une même photo, que le cinéaste a ensuite éclaboussées de peinture. En suivant le même principe, l’artiste propose une mosaïque de pochettes de VHS sur lesquelles il gribouille au stylo. Des démarches qui ne vont pas sans rappeler celle de son film Gummo (1997), sorte de « collage vidéo » où il donnait à voir des scènes de vie tournées dans des banlieues américaines déprimées. Sans qu’il ne porte jamais de jugement ou de critique explicite sur elle, la culture populaire est toujours le point de départ à partir duquel Harmony Korine exprime son humour, sa sensibilité et la cadence effrénée qu’il associe à l’existence humaine.

Des portraits fantomatiques

Harmony Korine, Trash Humpers
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Harmony Korine, Trash Humpers, 2009

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Film • 1 h 18

Si la plus grande part de l’œuvre d’Harmony Korine s’attache à la création de personnages loufoques (dont il inclut certaines descriptions manuscrites dans l’exposition), ce dernier cherche toujours à leur voiler le visage. Comme les cagoules fluo des héroïnes de Spring Breakers (2012) ou les masques difformes des vieillards de Trash Humpers  (2009). La peinture ou le flou photographique recouvre la tête de la majorité des figures qu’il dépeint. Le cinéaste ne conserve les visages qu’à quelques conditions : découper le corps qui les soutient, raturer leurs yeux ou les redessiner avec un contour fantomatique, sans expression ni relief. Ce désir constant de révéler ce qui est sous-jacent au réel (qu’Alice Knock décrit comme un « réalisme magique » digne du poète et artiste britannique William Blake) possède un revers à la fois enchanteur et terrifiant… Un bal effréné de fantômes que seul Harmony Korine est à même d’animer, quel que soit le médium qu’il investisse.

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Harmony Korine. Rétrospective

Du 6 octobre 2017 au 5 novembre 2017

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Harmony Korine

Du 14 septembre 2017 au 28 octobre 2017

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