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James Tissot, Octobre, 1877
Huile sur toile • 216, 5 x 108, 7 cm • Coll. musée des Beaux-Arts, Montréal • © Bridgeman images
Clin d’œil du destin ou simple hasard de la vie, Tissot est né dans la soie. À Nantes, où le prénommé Jacques-Joseph voit le jour en 1836, son père exerce le métier prospère de drapier, sa mère celui de modiste. Premiers éveils dans le magasin familial de « nouveautés » où l’on vend tout ce qu’il y a de « nouveau » en colifichets, rubans et étoffes, mousselines, cotonnades et volants… Que de couleurs et de matières ! Une atmosphère comme celle que l’on retrouvera plus tard dans l’un des célèbres tableaux de l’artiste : La Demoiselle de magasin (vers 1883–1885). La mode, Tissot est donc tombé dedans enfant et ne cessera de la représenter vingt ans durant.
James Tissot, La Demoiselle de magasin, vers 1883–1885
Huile sur toile • 146,1 × 101,6 cm • Coll. Art Gallery of Ontario, Toronto
Formé à la célèbre École des beaux-arts à la fin des années 1850 auprès de son maître, Dominique Ingres, rompu au genre académique, l’artiste se tourne à partir des années 1860 vers la représentation de la vie moderne. Après avoir conquis les Salons parisiens et les beaux quartiers avec ses portraits, où les costumes, parfaitement restitués, témoignent de son savoir-faire, c’est en passant de l’autre côté de la Manche, en 1871, que le peintre va prendre de l’étoffe et démontrer toute l’étendue de son talent.
Edgar Degas, Portrait de James Tissot, 1867–1868
Huile sur toile • 151,4 × 111, 8 cm • Coll. The Metropolitan Museum, New York.
En 1874, année où les impressionnistes scandalisent Paris avec leur première exposition, Tissot – qui a refusé l’invitation de Degas à se joindre au groupe de Monet et Renoir –, dévoile, à la Royal Academy de Londres, Bal à bord (1874). Sur le pont d’un navire, lors d’un divertissement sur la Tamise, des demoiselles en goguette conversent et s’affairent au milieu de dandys plus âgés. On est immédiatement frappé par le soin apporté aux postures des personnages féminins : Tissot met en valeur l’étoffe et la coupe des robes, reléguant les hommes au second plan.
Tout l’éventail de la mode british est là : au milieu, les deux en robes à tournure, c’est-à-dire gonflées à l’arrière, comme le veut l’élégance d’alors, ou à gauche, cette robe de promenade en soie bleu foncé, l’un des derniers musts. Au fond de la scène, Tissot a habillé un groupe de femmes aux robes de style XVIIIe un peu passées, mais surtout trop décolletées pour être honnêtes… Ce qui fera dire à la critique de l’époque que les demoiselles de Tissot manquent de « classe », pire qu’elles sont « vulgaires ». Sous une apparente frivolité, les looks de Tissot trahissent parfois les travers de la société et de la nature humaine.
James Tissot, Bal sur le pont, vers 1874
Papillonnage mondain
Sur le pont d’un bateau, dames et demoiselles tirées à quatre épingles discutent avec d’élégants messieurs. James Tissot (1836–1902) nous convie à un événement mondain des plus british, où chapeaux et bonnes manières sont de rigueur. Au centre de l’image, comme une invitation à nous frayer un chemin parmi les invités, un arc de cercle vide part du coin inférieur droit pour rejoindre le fond de la toile. À la fois communard et riche dandy, ami des impressionnistes et coqueluche de la Royal Academy qui pourtant les rejette, Tissot passe aussi facilement de Paris à l’Angleterre que d’un milieu social à l’autre. Pour décoder cette scène, il faut papillonner de détail en détail…
Huile sur toile • 84,1 x 129,5 cm • Coll. Tate, Londres • © Tate / Photo David Lambert
Jusqu’à sa mort prématurée en 1882, Kathleen prête son visage à de nombreuses femmes dans les tableaux de Tissot.
Mais revenons sur les bords de la Tamise. À Londres, James Tissot a aussi rencontré l’amour, Kathleen Kelly, épouse Newton, sa « ravissante Irlandaise », qui devient sa muse clandestine à partir de 1876. Jusqu’à sa mort prématurée en 1882, Kathleen prête son visage à de nombreuses femmes dans les tableaux de Tissot. Dans Evening ou le Bal (1878), la jeune divorcée apparaît au bras d’un cavalier plus âgé, vêtue d’une robe jaune bien ajustée à la taille et à col montant de dentelle blanche. Dite « princesse », cette tenue doit son nom à Alexandra, la princesse de Galles l’ayant popularisé. Rentré dans la capitale française, Tissot rejoue la même scène avec L’Ambitieuse (La Femme politique) (vers 1883–1885) : mais cette fois, le modèle est anonyme et la robe teintée d’un rose flamboyant.
Si cette cascade de volants subjugue nos regards contemporains, la « robe princesse » était en réalité assez ringarde à la fin des années 1880 : « Elle ne peut pas aspirer à être décrite comme élégante […] de coupe antique, sans aucune agitation, mais avec une ceinture noire pointue comme celles portées il y a vingt ans », cingle le journal La Vie parisienne.
James Tissot, « Evening ou le Bal » (1878) et « L’Ambitieuse (La Femme politique) » (vers 1883-1885)
Coll. Musée d’Orsay, Paris © Bridgeman Images / Coll. Albright Know Art Gakkery, Buffalo © Bridgeman Images
Dans les années 1880, la Parisienne est un archétype établi. L’élégante fréquente les Salons et passe commande. D’où cet intérêt des peintres pour les toilettes féminines. À l’instar de ses contemporains les impressionnistes, James Tissot a vu dans la mode un sujet de modernité, le miroir d’une (Belle) époque, où s’érigent des « cathédrales du commerce », décrites par Zola dans Au bonheur des dames (1883).
James Tissot, Bord de mer, 1878
Huile sur toile • 112,1 × 85,4 cm • Coll. Cleveland Museum of Art • © akg-images
Mais chez Tissot, la mode est plus qu’un détail. Davantage qu’un motif, c’est une matière première. Les drapés, les volants, les mousselines semblent d’abord représenter pour le peintre un défi technique. Tissot a d’ailleurs ses robes préférées, qu’il répète toile après toile, en série. Exemple avec la robe-peignoir blanche, une tenue d’intérieur en voile de coton que l’on reconnaît dans plusieurs de ses tableaux comme Mélancolie ou Jeunes femmes regardant des objets japonais. Ou encore cette robe de mousseline blanche ornée de rubans de soie jaune, vue dans Bord de mer, Le Pont du HMS Calcutta et… une demi-douzaine d’autres œuvres.
James Tissot, l’ambigu moderne
Du 23 juin 2020 au 13 septembre 2020
Réouverture du musée d'Orsay à compter du mardi 23 juin.
Musée d'Orsay • Esplanade Valéry Giscard d'Estaing • 75007 Paris
www.musee-orsay.fr
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