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Verrière de Bruxelles

Jean-Luc Moulène, ausculteur des matières

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Publié le , mis à jour le
Qui savait que les champignons laissent des traces ? Que les miroirs n’en font qu’à leur tête, et que le goudron se marie très bien avec la peinture à l’huile ? En expérimentateur attentif, Jean-Luc Moulène décline ses poèmes visuels dans une série d’œuvres inédites à voir à la Verrière de Bruxelles, jusqu’au 31 mars.
Vue de l’exposition de Jean-Luc Moulène “En Angle Mort”, La Verrière, Bruxelles, 2018
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Vue de l’exposition de Jean-Luc Moulène “En Angle Mort”, La Verrière, Bruxelles, 2018

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© Jean-Luc Moulène / © Isabelle Arthuis. Fondation d'entreprise Hermès

Voilà une exposition dont on a du mal à imaginer le vernissage. 500 personnes serrées les unes contre les autres, le brouhaha qui va avec, l’attention partielle et mondaine… Rien ne semble aller avec le travail fragile de Jean-Luc Moulène, qui s’apprécie mieux dans un silence de recueillement. Cela est d’autant plus sensible lorsque l’on sait qu’il est l’homme qui a photographié patiemment et abondamment les abords de sa maison de Fénautrigues, un petit village du Lot, épiant les moindres variations des paysages humides ; il y consacra un livre entier. Il investit aujourd’hui, à l’invitation du commissaire Guillaume Désanges dans le cadre de son cycle d’expositions « Poésie balistique », l’arrière d’une boutique Hermès transformée il y a quelques années en centre d’art contemporain, nommé La Verrière.

Vue de l’exposition de Jean-Luc Moulène « En Angle Mort », La Verrière, Bruxelles, 2018
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Vue de l’exposition de Jean-Luc Moulène « En Angle Mort », La Verrière, Bruxelles, 2018

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© Jean-Luc Moulène / © Isabelle Arthuis. Fondation d’entreprise Hermès

Le lieu est très beau, lumineux et vaste, et détonne avec le luxe voisin. Passés les sacs en cuir orange, les foulards de soie et les pulls en cachemire, légèrement intimidants, il faut se diriger vers les cimaises blanches que l’exigeant Guillaume Désanges dédie à un art protocolaire et critique, cela à travers des expositions monographiques. Jean-Luc Moulène est son cinquième invité.

Il faut cultiver son tableau

Un paysage photographique (justement tiré de son travail sur Fénautrigues) introduit une série d’œuvres quasi monochromatiques, austères expériences de peinture à l’huile sur goudron. L’artiste étale cette matière pauvre, noire et changeante sur des supports plats, puis la recouvre de peinture à l’huile colorée. Celle-ci s’accroche difficilement et laisse apparaître des failles, voire s’affaisse légèrement vers le bas du support exposé à la verticale.

Jean-Luc Moulène, Sous-chromes 7
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Jean-Luc Moulène, Sous-chromes 7, 2017

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Peinture à l’huile sur goudron sur panneau • 45,5 × 60,5 × 5 cm • Courtesy Galerie Greta Meert / Photo Émile Ourournov / © Jean-Luc Moulène / ADAGP Paris 2017

Impossible de parier sur le résultat final, celui-ci changeant au fil des jours et des températures, mais l’imagination s’emballe. La matérialité étrange de ce bitume si commun donne aux écailles de la peinture des allures d’écorces, de terre séchée, de brume effilée. Et fait écho à la photographie exposée, repère puissamment organique, où des arbres nus, une échelle blanche et une lumière rosée semblent formuler une proposition d’échappatoire, une fuite poétique.

Jean-Luc Moulène, Spores 5
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Jean-Luc Moulène, Spores 5, 2017

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Spores sur papier • 40 × 29,7 cm • Courtesy Galerie Chantal Crousel / Photo Émile Ourournov / © Jean-Luc Moulène / ADAGP Paris 2017

Deux autres feuilles provoquent cette même impression naturelle : les Spores. Brunes et blanches, elles sont le résultat d’une seule nuit pendant laquelle Jean-Luc Moulène a simplement attendu que des champignons sèchent sur les feuilles pour y laisser leur trace. La recette est élémentaire : prenez des champignons de Paris, ne gardez que les chapeaux et posez-les sur une feuille de papier. Ceux-ci y imprimeront leur fantôme, forme ronde et irrégulière évoquant aussi bien une méduse qu’une cellule, une plume ou un oursin.

Vue de l’exposition de Jean-Luc Moulène « En Angle Mort », La Verrière, Bruxelles, 2018
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Vue de l’exposition de Jean-Luc Moulène « En Angle Mort », La Verrière, Bruxelles, 2018

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© Jean-Luc Moulène / © Isabelle Arthuis. Fondation d’entreprise Hermès

Mais tendez l’oreille : un léger cliquetis vous indiquera, si par un hasard malheureux vous les auriez manqués, que deux robots s’aventurent lentement dans la salle, s’évitant de justesse et tournant sur eux-mêmes. Leurs faces étant recouvertes de miroirs, leur ballet fait tournoyer les œuvres et les visiteurs sur eux-mêmes ; on entrevoit dans un mouvement fugitif regards et monochromes mêlés, quand ils ne reflètent pas la boutique, dont l’agitation commerçante paraît si lointaine. L’idée de processus, de protocole, de mobilité des matériaux guide ainsi Jean-Luc Moulène dans ses abstractions. Il regarde aussi bien le sol, son bitume et ses champignons, que le ciel, qu’il photographie et expose en très grand format, œuvres finales de cette courte exposition. Concret, obsessionnel, sensuel, son art est attentif aux moisissures et aux mouvements des nuages… Et semble approcher de près l’essentiel, le brut.

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Jean-Luc Moulène, En angle mort

Du 19 janvier 2018 au 31 mars 2018

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