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Musée Maillol

La Californie, l’autre visage pop

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Publié le , mis à jour le
John Wesley, Compleat Fritz, de la série Panoply
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John Wesley, Compleat Fritz, de la série Panoply, 1971

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Sérigraphie de couleur sur panneau • 76,2 x 76,2 cm • Digital Image © Whitney Museum of American Art

Si New York est le berceau de l’art américain, la Californie occupe cependant une place très particulière sur la carte de la scène artistique et notamment celle du pop art. À deux titres. Le premier, le plus évident, est culturel. Los Angeles et ses alentours, ses longues avenues, ses highways plantées de palmiers et de panneaux publicitaires, son architecture moderniste et fantaisiste, son ciel bleu ensoleillé, son industrie du cinéma florissante, ses stars et on en passe, constituent pour le pop art un réservoir inépuisable de motifs et d’images glamoureux, extravagants, modernes, et, en un mot, inspirants.

Loin du centre artistique et économique de la côte est, des artistes vont développer une veine singulière et quasiment dissidente du pop art.

Paradoxalement, c’est un Anglais émigré à Los Angeles en 1964 qui donnera la plus fameuse représentation du « cool californien ». Avec sa toile aux couleurs pimpantes, A Bigger Splash, David Hockney résume la quiétude béate et hédoniste dont jouit la bourgeoisie bohème, les riches collectionneurs, gens du cinéma et intellectuels, paressant leurs week-ends dans de somptueuses villas modernistes perchées sur les collines de Los Angeles. Mais, cette série des Piscines ne doit pas en cacher une autre, plus distanciée, celle que Ed Ruscha a réalisé dans un livre de photographies culte intitulé Nine Swimming Pools, qui se feuillette comme un inventaire assez froid.

L’idéal angelino prend encore plus de plomb dans l’aile avec les paysages autoroutiers d’Allan D’Arcangelo. Promesse d’un road trip libérateur ? Pas tout à fait : dans ces tableaux, les lignes droites couleur goudron filent certes vers l’horizon. Mais l’effet de perspective est toutefois vite annulé par la flopée de signes (flèches et panneaux autoroutiers) qui vient envahir le cadre. Perçue depuis le point de vue du conducteur derrière son pare-brise, la route n’est finalement pas assez dégagée. Les paysages virent même parfois à la composition abstraite, anguleuse plutôt que souple. La conduite est brusque. L’issue de secours un mirage. De cette sorte de mirage que l’industrie de la société du spectacle tend au public depuis les studios de cinéma.

Ed Ruscha, Large Trademark with Eight Spotlights
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Ed Ruscha, Large Trademark with Eight Spotlights, 1962

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Huile, peinture maison, encre et crayon à mine de plomb sur toile • 170 × 338,1 cm • Digital Image © Whitney Museum of American Art

Ed Ruscha, encore lui, peignit ainsi de manière sarcastique et anxiogène l’emblème de cette usine à rêves internationale, les lettres de « Hollywood » plongées dans la lumière crépusculaire d’un coucher de soleil rougeoyant mais noir de pollution. Certes, cette tonalité maussade n’est pas de mise chez Warhol quand il portraiture Marilyn Monroe, incarnation du star system (il faut toutefois rappeler que le roi du pop art ne l’a peinte qu’après la mort de celle-ci), ni chez Tom Wesselmann quand il allonge sur ses toiles des pin-up lascives en bikini, sirotant un cocktail. Mais enfin, les artistes ne sont globalement pas dupes de l’idéal californien tel qu’il est promu un peu partout.

Le côté obscur de l’Amérique

Edward Kienholz, Untitled American President
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Edward Kienholz, Untitled American President, 1962

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Métal, plastique, tissu, peinture et chaîne sur bois avec base en céramique • 153 × 34,3 × 34,3 cm • Digital Image © Whitney Museum of American Art

Surtout, la Californie devient, dans les années 1960, une contrée où une scène locale va émerger. Très loin donc du centre artistique et économique de la côte est, des artistes vont développer une veine singulière et quasiment dissidente du pop art, plus conceptuelle, plus portée vers le travail de la lumière et de l’espace. Un de ses pionniers est Ed Kienholz, qui s’installe à Los Angeles dès le milieu des années 1950. Ses installations, jugées alors « choquantes et pornographiques » par la presse, sont peuplées de mannequins décharnés et d’objets de consommation usés jusqu’à la corde. Elles exhibent le côté obscur de l’Amérique – en guerre et divisée par la question des droits civiques. Il est l’un des créateurs de la Ferus Gallery qui, située sur La Cienega Boulevard, est la première à montrer en 1963 les boîtes de soupe Campbell de Warhol. Le lieu devient le cœur d’une scène pop périphérique dont les tenants se nomment John Baldessari, Dennis Hopper ou encore Judy Chicago. C’est d’ailleurs au premier étage de la galerie que la bible de l’art contemporain, le magazine Artforum, fut créée, avant de déménager à New York en 1967.

Les écoles d’art californiennes, particulièrement dynamiques, complètent ce réseau artistique et notamment le Chouinard Art Institute, qui deviendra par la suite le très réputé California Art Institute (surnommé CalArts) qu’aujourd’hui encore tous les jeunes artistes ambitieux cherchent à intégrer. Car l’histoire de la scène pop californienne n’est pas finie. Jim Shaw, Paul McCarthy et d’autres la prolongent et l’infléchissent. Leur particularité est de croiser le style assemblagiste du pop, ses surfaces lisses et sa représentation de la société du spectacle avec les élucubrations hallucinées du surréalisme et d’explorer en somme l’inconscient du pop art.

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Pop Art, Icons that matter

Du 22 septembre 2017 au 21 janvier 2018

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