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Francesco Guardi, Le Bassin de Saint-Marc, 1780-1785
Huile sur toile • 62 × 93,5 cm • Coll. Emil Bührle, Zurich • © SIK-ISEA, Zurich (J.-P Kuhn)
Aelbert Cuyp, Orage sur Dordrecht, vers 1645
La fougue du siècle d’or hollandais
Peintre du siècle d’or hollandais influencé par Ruysdael, Aelbert Cuyp se spécialise dans les paysages ruraux semés de vaches indolentes, de paysans et de petits moulins à vent éclairés d’une lumière mordorée. Peint à Dordrecht, sa ville natale, ce panorama est dominé par un fougueux ciel d’orage : le peintre y restitue avec virtuosité la lueur des éclairs filtrant à travers les nuages bouillonnants. J.B.
Huile sur panneau • 77,5 × 107 cm • Coll. Emil Bührle, Zurich • © SIK-ISEA, Zurich (J.-P Kuhn)
À gauche, Paul Cézanne, Fleur et fruits. À droite, Henri Fantin-Latour, Pivoines et pêches, 1872-1873 et 1873
Deux natures mortes, deux mondes
L’héritage de Dieter Bührle, le fils d’Emil Bührle, a récemment donné à la fondation deux natures mortes de la collection de son père, dont la comparaison est extrêmement éclairante. Toutes deux ont été peintes à la même époque par des artistes parisiens du même âge et reproduisent des fleurs et des fruits. Mais quelle différence dans la vue : là où Henri Fantin-Latour aspire à une reproduction fidèle et à la graduation des couleurs, Paul Cézanne crée, avec une touche brute, une seconde réalité. La comparaison montre à quel point le langage moderne des formes a dû être difficile pour le public de l’époque. L.G.
Huile sur toile • 38 x 46 cm et 55 x 55 cm • Coll. Emil Bührle, Zurich. Legs Dr Dieter Bührle • © Dominic Büttner, Zurich
Claude Monet, Champ de coquelicots près de Vétheuil, vers 1879
Bonheur estival
Claude Monet avait un faible pour les coquelicots. Plus impressionnistes que ceux d’Argenteuil peints six ans auparavant, ceux-ci respirent le bonheur estival. Dans ce champ constellé de touches rouges apposées d’une main légère, des enfants et une femme (sans doute sa future seconde épouse) cueillent de gros bouquets. Au loin se dresse le village de Vétheuil, où séjourne alors le peintre, âgé de 40 ans. J.B.
Huile sur toile • 73 × 92 cm • Coll. Emil Bührle, Zurich • © SIK-ISEA, Zurich (J.-P Kuhn)
Édouard Manet, Le Suicidé, vers 1877
Une mort sans détour
La scène surprend par sa crudité frontale : les pieds au premier plan et la tête en arrière, un homme en costume de soirée fixe le plafond. Comme le jeune dormeur du Val d’Arthur Rimbaud, il pourrait s’être assoupi sur son modeste lit en fer forgé, si sa chemise blanche n’était pas percée d’un trou rouge… Esquissé en quelques touches brutes dans sa main droite, le revolver avec lequel il s’est donné la mort représente la dureté froide et brutale de cette « vie moderne » que Manet voulait peindre sans détour, cette « vérité » qu’admirait chez lui l’écrivain naturaliste Émile Zola. J.B.
Huile sur toile • 38 × 46 cm • Coll. Emil Bührle, Zurich • © SIK-ISEA, Zurich (J.-P Kuhn)
Auguste Renoir, La Source et Portrait de Mademoiselle Irène Cahen d’Anvers (La Petite Irène), 1906 et 1880
Des Renoir audacieux
Fille d’un banquier juif fortuné, la gracieuse Irène Cahen d’Anvers a huit ans quand elle pose pour ce célèbre portrait, un pur chef-d’œuvre où Renoir (un peu plus classique que d’habitude pour plaire à ses clients) détaille avec virtuosité les reflets de la lumière dans sa longue chevelure rousse. Confisqué par les nazis en 1942, le tableau finit dans la collection de Göring avant d’être restitué à la famille en 1946, puis acquis par Bührle en 1949. Quant à La Source, il est plus représentatif des audaces impressionnistes de Renoir : une explosion de lumière. J.B.
Huiles sur toile • 92 × 73 cm et 65 × 54 cm • Coll. Emil Bührle, Zurich • © SIK-ISEA, Zurich (J.-P Kuhn)
Paul Gauguin, Tournesols sur un fauteuil, 1901
Hommage à Van Gogh
Installé à Tahiti, île polynésienne idyllique évoquée au loin par des baigneurs et une pirogue glissant sur l’eau, Paul Gauguin s’est fait envoyer des graines de tournesol en vue de peindre cette nature morte. Émergeant du panier posé sur un fauteuil, le bouquet couleur safran rend hommage à Vincent Van Gogh, son ami disparu qu’il avait immortalisé à Arles en train de peindre ces grandes fleurs solaires.
Huile sur toile • 68 × 75,5 cm • Coll. Emil Bührle, Zurich • © SIK-ISEA, Zurich / J.-P Kuhn
Vincent Van Gogh, Branches de marronnier en fleurs, 1890
Influence japonaise
Lorsqu’il compose cette nature morte, Vincent Van Gogh vient de s’installer à Auvers-sur-Oise, où il passera les trois derniers mois de sa vie, sa période la plus prolifique. Cernées de noir sur un ciel bleu vif, ces branches de marronniers en fleurs combinent l’influence des estampes japonaises, incarnée par son Amandier en fleurs peint trois mois plus tôt, et les hachures vibrantes, mystiques, de sa Nuit étoilée. J.B.
Huile sur toile • 73 × 92 cm • Coll. Emil Bührle, Zurich • © SIK-ISEA, Zurich (J.-P Kuhn)
Paul Cézanne, Le Garçon au gilet rouge et Le Jardinier Vallier, 1888-1890 et 1904-1906
Le corps chez Cézanne
Préférant les paysages et les natures mortes aux portraits, Paul Cézanne aborde les visages et les corps comme des arbres, des rochers ou des pommes. Proportions chamboulées, bras allongés, angles exagérés : pour lui, tout se résume à un assemblage de couleurs et de volumes robustes ! Il immortalise surtout des modèles professionnels (à l’image de ce garçon en gilet rouge accoudé à une table, un jeune Italien du nom de Michelangelo di Rosa), qui lui permettent d’expérimenter des poses variées, ou bien des travailleurs de la campagne, comme ce jardinier fondu dans son décor tel un caméléon.
Huile sur toile • 79, 5 x 64 et 65 x 54 cm • Coll. Emil Bührle, Zurich • © SIK-ISEA, Zurich (J.-P Kuhn)
À gauche, Maurice de Vlaminck, Nature morte aux oranges. À droite, André Derain, Scène d’intérieur (La Table), 1912-1914 et 1904
S’exprimer par la couleur
Une des caractéristiques majeures de la collection d’Emil Bührle est de réunir des œuvres de maturité des grands maîtres et des ouvrages de jeunesse de peintres qui apportent un éclairage sur leur carrière. Ainsi, cette toile d’André Derain, La Table, dont la combinaison audacieuse de bleu, de vert, de rouge et d’orangé frappe Matisse, va inciter l’artiste à rester dans cette voie. Les couleurs qu’il emploie vont s’éclaircir peu à peu, mais resteront toujours audacieuses. On retrouve la même approche de la couleur dans cette nature morte de Vlaminck, qui fut l’ami de Derain et avec qui il partagea son atelier. J.B.
Huile sur toile • 55 x 46 cm et 94 x 85 cm • Coll. Emil Bührle, Zurich. • © SIK-ISEA, Zurich (J.-P Kuhn)
Maurice de Vlaminck, Chaland sur la Seine au Pecq, 1906
Des teintes plus spontanées
Vlaminck ne jure que par des couleurs arbitraires tout droit sorties du tube, dont les oppositions stridentes expriment sa vision intérieure. Une péniche sur la Seine : Vlaminck reprend à sa manière un motif cher aux impressionnistes. Chez lui, pas de dessin préparatoire : c’est uniquement de la couleur, appliquée spontanément, que doivent naître les formes et la composition. Dans le ciel, les branches de l’arbre rouge s’échappent en arabesques, rendant hommage aux fonds à motifs de son ami Henri Matisse qui, avec lui et Derain, fait partie des trois chefs de file du fauvisme. J.B.
Huile sur toile • 65 × 92 cm • Coll. Emil Bührle, Zurich • © SIK-ISEA, Zurich (J.-P Kuhn)
La Collection Emil Bührle
Du 20 mars 2019 au 21 juillet 2019
Musée Maillol • 59-61 Rue de Grenelle • 75007 Paris
www.museemaillol.com
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Dans la lumière de Venise
Réputé pour ses vedute, minutieux paysages urbains à la mode au XVIIIe siècle, le peintre italien Francesco Guardi signe de nombreuses vues de Venise aux tons précieux et délicats. Sillonnée de gondoles ouvragées, la lagune située entre le campanile de Saint-Marc (à gauche) et la basilique San Giorgio Maggiore (à droite) reflète la pureté du ciel bleu, auréolée d’une douce lumière jaune pâle. J.B.