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Antoine Bourdelle, Héraklès Archer, 1909
Bronze • 250 x 240 x 120 cm • Coll. Musée Bourdelle • © Stéphane Piera / Musée Bourdelle / Roger-Viollet
Les amateurs de sculpture connaissent bien le musée Bourdelle, dans le quartier de Montparnasse. Si la visite des collections permanentes vaut à elle seule le déplacement, les expositions temporaires sont l’occasion d’aborder un sujet plus vaste dans l’histoire de l’art, dépassant le seul cas Bourdelle, comme avec cette nouvelle manifestation qui explore le dialogue du sculpteur du célèbre Héraklès archer avec l’antique, au début du XXe siècle. En effet, dans cette période, l’œuvre de Bourdelle est marquée par la Grèce ancienne, autant dans le style que dans les iconographies où le mythe est omniprésent.
« Sans jamais avoir effectué le voyage, Bourdelle a nourri une vision charnelle, intellectuelle et sensible d’une Grèce qu’il a recomposée à travers lui. » Explique Claire Barbillon, commissaire de l’exposition avec Jérôme Godeau et Amélie Simier. « C’est la vision de l’homme qui la découvre dans les yeux de Cléopâtre [Cléopâtre Sévastos, élève grecque puis épouse de Bourdelle en 1912]. Celle de l’architecte qui puise les sources du monumental dans l’Antiquité. Celle enfin d’un chasseur de formes infatigable. » Un chasseur de formes dont l’archaïsme est le fil rouge de la création. Pour Bourdelle et les siens, il n’est pas question de copier servilement. L’antique n’est pas un prétexte pour reconduire le modèle classique. Découvrant la sculpture de la Grèce archaïque (VIIIe siècle – 480 av. J.-C.), c’est un art moins fondé sur le Beau idéal et le nombre d’or que visent les artistes mais l’expression plus authentique des Korè, les volumes monumentaux et la ligne pure de l’archer d’Égine.
Aristide Maillol, La Méditerranée, 1905
Plâtre de fonderie • Courtesy Galerie Dina Vierny, Paris / Photo © Jean-Louis Losi
Après une entrée en matière consacrée aux études, le cœur de l’exposition est articulé autour de sept sculptures majeures de Bourdelle, confrontées à des œuvres de l’Antiquité et à des productions des contemporains et héritiers de l’artiste. La Pallas de 1905 ouvre le bal, buste solennel construit comme un fût lisse où les distances prises avec la fougue impressionniste de Rodin sont déjà bien palpables. Pallas est rapprochée de la Méditerranée d’Aristide Maillol, confrère de Bourdelle s’inspirant aussi de l’archaïsme. Mais lorsque Maillol y trouve une nouvelle sensualité, son rival y puise les voies d’une synthèse formelle monumentale. Héraklès archer (1906–1909), jeu d’équilibriste entre le plein et le vide, en est un manifeste.
Antoine Bourdelle et Pablo Picasso, Tête de Cléopâtre et Masque de femme
Coll. Musée Bourdelle, Paris. Coll. entre Pompidou, Paris, Musée national d’art moderne - Centre de création industrielle • © Stéphane Piera / Musée Bourdelle / Roger-Viollet. © Succession Picasso, Paris 2017 / Photo © Centre Pompidou, Paris, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Droits réservés. Service de presse / musée Bourdelle
Le retour à l’antique n’est pas un rempart mais bien une facette de la modernité.
S’il tend vers le passé avec son modèle éginète, sa construction virtuose a porté des enseignements jusqu’à la sculpture cubiste d’Henri Laurens et de Jacques Lipchitz. Il y a plus archaïque encore que l’archaïsme, avec l’art des Cyclades qui influença tant Modigliani lorsqu’il pratiquait encore la sculpture. Seule taille directe de Bourdelle, la Tête de Cléopâtre (1908) ne dépareille pas à ses côtés ni à ceux de Picasso et de Zadkine. On l’a compris, le retour à l’antique n’est pas un rempart mais bien une facette de la modernité, comme le rappelle le sous-titre de l’exposition, « Une passion moderne ».
Antoine Bourdelle, Centaure mourant, version imberbe, 1911–1914
Plâtre • Coll. Musée Bourdelle • © Stéphane Piera / Musée Bourdelle / Roger-Viollet
L’antique, ce sont aussi les mythes et, au-delà, la quête d’une Arcadie perdue qui anime la peinture et la sculpture de cette époque, de Puvis de Chavannes à Cézanne et Matisse. Pour Claire Barbillon, « la mythologie est omniprésente dans l’œuvre de Bourdelle, du Centaure à Pénélope. Traitées en profondeur, ces figures ont une portée nouvelle, exprimant l’essence du masculin et du féminin. L’attachement de Bourdelle au mythe, au sens du mythe, a quelque chose de l’ordre de « Cet obscur objet du désir », pour citer Buñuel. » Ces statues sont autant de symboles universels, comme la Pénélope guettant le retour d’Ulysse. Intime et monumentale, elle est une synthèse des femmes qu’a aimées Bourdelle – Stéphanie van Parys et Cléopâtre – en même temps qu’une figure intemporelle de l’attente. Pour l’exposition, le socle en forme de chapiteau de colonne voulu par l’artiste a été reconstitué, car si les anciens demeuraient un modèle, c’est aussi dans le désir utopique de réunir tous les arts, de la sculpture à l’architecture et de la danse à la peinture, ce dont la salle du Centaure mourant (1914) est particulièrement éloquente.
Bourdelle et l'antique : une passion moderne
Du 4 octobre 2017 au 4 février 2018
Musée Bourdelle • 18, rue Antoine Bourdelle • 75015 Paris
www.bourdelle.paris.fr
À lire
« Bourdelle et l’antique : une passion moderne », sous la direction de Claire Barbillon, Jérôme Godeau et Amélie Simier
Ed. Paris Musées • 232 p. • 39,90 €
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