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Musée du Louvre

L’art de la fête selon Léonard de Vinci

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Publié le , mis à jour le
De Milan au Val de Loire, Léonard de Vinci a créé plusieurs fêtes somptueuses, ambitieux opéras avant l’heure, à la gloire de ses puissants mécènes. De ces grandioses évènements il ne reste presque rien, si ce ne sont des croquis ou des témoignages attestant du talent de « party-planer » du maître toscan, actuellement à l’honneur au musée du Louvre.
Léonard de Vinci, Guerrier armé d’une lance
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Léonard de Vinci, Guerrier armé d’une lance, vers 1517-18

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Craie noire, crayon, encre et lavis sur papier • 27,3 x 18,3 cm • Royal Collection, Windsor • © Costa / Leemage

« Au-dessus du casque, qu’il y ait un demi-globe représentant notre hémisphère […] et tous les ornements du cheval seront en plumes de paon sur champ d’or. » Les mots sont de Léonard de Vinci et ont été griffonnés dans l’un de ses précieux carnets. Ils décrivent le destrier couvert d’écailles d’or, suivi d’une horde d’hommes des cavernes, tous acteurs du grand spectacle conçu par le maestro pour le mariage de son mécène et protecteur, le Milanais Ludovic Sforza, avec la puissante Isabelle d’Este. Imaginer Léonard de Vinci en équivalent d’un producteur de Broadway ? Qui oserait ? Pourtant, nombreux sont les témoignages qui attestent de cette activité de concepteur et metteur en scène de fastueux spectacles, débordants d’ingéniosité, d’une inventivité débridée. Quand sa peinture ne se vendait pas encore très bien, De Vinci satisfaisait par ce biais son goût des arts et de l’ingénierie. Et sa réputation en la matière était sans égale.

Léonard de Vinci, Trois études de figures de danseuse et une étude de tête
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Léonard de Vinci, Trois études de figures de danseuse et une étude de tête, 1500

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plume et encre • 9,3 × 14,9 cm • Coll. Gallerie dell’Academia, Venise • © akg-images / Cameraphoto

Pour l’artiste, ces arts du spectacle ont constitué l’occasion de promouvoir un art total, préfigurant l’opéra, alliant scénographie, décor, musique, lumière, conception de costumes et de masques… mais aussi l’invention d’une machinerie théâtrale très sophistiquée. Ses codex sont remplis de ces drôles d’engins parfois hâtivement assimilés à des projets anticipant hélicoptères ou autres machines volantes… En réalité, la célèbre vis volante identifiée dans l’un de ses carnets a probablement servi à envoyer dans les airs un comédien lors de l’un des fastueux événements conçus pour Ludovic Sforza. Mais pour découvrir Léonard en magicien des fêtes, il faut compiler une somme de croquis et de notes épars, analyser des bribes de comptes, compiler les rares témoignages de participants, aucune description ni image globale ne nous étant parvenue.

Leonard de Vinci, Etude d’une jeune femme costumée
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Leonard de Vinci, Etude d’une jeune femme costumée, vers 1517–18

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Craie noire sur papier • 21,4 × 10,7 cm • Royal Collection, Windsor • © Deagostini/leemage

Il apparaît néanmoins que Ludovic Sforza, le puissant duc, aurait recruté Léonard – et donc sa folie créative – en grande partie pour satisfaire ses désirs de grandeur et de splendeur. Pour les Sforza, il y eut ainsi plusieurs fêtes somptueuses signées De Vinci. La première, la plus célèbre, en 1490, fut organisée pour célébrer le mariage du neveu et protégé du duc, Jean Galéas Sforza, avec Isabelle d’Aragon. Ce fut une Fête du paradis suivie d’un Bal des planètes, sur un livret écrit par le poète du duc, Bernardo Bellincioni, qui en laissa un témoignage : « Le spectacle s’ouvrait par une sonnerie d’instruments à vent et par des roulements de tambour accompagnant des danses et un grand défilé de masques représentant les différentes nations… Le paradis construit par Léonard était représenté sous la forme d’une gigantesque sphère entièrement dorée et percée d’ouvertures laissant apparaître des étoiles lumineuses, le mouvement des sept planètes et les signes du zodiaque. »

L’année suivante, vint le mariage du prince Ludovic, ouvert par un tournoi précédant le spectacle de Léonard dans lequel figuraient le destrier doré et les hommes des cavernes. Enfin, en janvier 1496, l’artiste mit en scène la pièce Danaé, signée d’un autre poète de la cour, Baldassare Taccone. Celui-ci marqua les esprits avec son décor de montagne s’ouvrant en deux, son Mercure descendant du ciel et son Jupiter transformé en poussière dorée…

La bataille de Marignan avec 10 000 figurants

Autant dire que, bien des années plus tard, lorsque François Ier fait venir le vieil artiste italien en France auprès de lui, le roi compte à son tour utiliser les talents de concepteur de fêtes de De Vinci pour rehausser le prestige de la jeune dynastie des Valois. Hélas, les témoignages sont, là encore, très parcellaires. En 1517, lors de réjouissances organisées à Argentan à l’occasion d’une visite du roi à sa sœur, quelques témoins racontent cette scène : un lion automate avançant vers François Ier dont le poitrail se serait ouvert pour laisser apparaître une fleur de lys. En 1518, De Vinci aurait aussi scénographié la flamboyante reconstitution de la bataille de Marignan, grande victoire du roi, avec quelque 10 000 figurants en costumes de soldats. D’autres spectacles furent en revanche largement inspirés des féeries créées pour les Sforza vingt ans plus tôt… Au début de l’année 1518, dans les jardins du manoir du Cloux, près d’Amboise, De Vinci réactive ainsi la fameuse « fête du paradis » jouée lors du mariage de Jean Sforza, en 1490.

Lyre en forme d’animal fantastique
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Lyre en forme d’animal fantastique

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Instrument musical inventé par Léonard de Vinci provenant du manuscrit Ashburnham 2037, folio C

Reconstitution de bronze • Coll. Museo Ideale Leonardo da Vinci • © DeAgostini / Leemage

Présent sur place parmi les invités, Galeazzo Visconti, ambassadeur de Mantoue auprès de la cour de France, en témoigne avec émerveillement : « D’abord, la cour était entièrement couverte de draps couleur bleu ciel avec des étoiles couleur or, à l’image du ciel. […] C’était merveilleux à voir. Il y avait quatre cents candélabres qui donnaient tant de lumière qu’on eût dit que la nuit fut chassée. » La magie fonctionne encore… De Vinci y a recréé la voûte céleste qui avait fait son succès à Milan. Y sont accrochés les planètes et les signes du zodiaque semblant se déplacer seuls. Un roi est figuré au centre de l’univers, qui semble pouvoir faire alterner jour et nuit à sa guise.

Quelques mois plus tard, Amboise est le théâtre de deux événements : le baptême du dauphin François, pour lequel une grande passerelle en bois, tapissée et couverte d’une voûte de verdure, est aménagée entre les deux cours du vieux château. Enfin, le mariage –  hautement politique  – de la cousine du roi, Madeleine de La Tour d’Auvergne, avec Laurent II de Médicis, duc d’Urbino et neveu du pape Léon X, célébré après six jours de joutes entre grands du royaume, dans un vaste espace de tournoi aménagé sur la place de la ville et protégé d’un magistral arc de triomphe. Ce sera la dernière grande fête conçue par Léonard. Un an plus tard, le 2 mai 1519, le génial artiste s’éteint à Amboise, emportant avec lui ses secrets de fabrication.

Retrouvez dans l’Encyclo : Léonard de Vinci Renaissance italienne

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