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Katel Delia, The Last Breath
© Katel Delia
D’abord vient l’émerveillement, puis l’effroi. Dans un couloir plongé dans l’obscurité, une centaine de photographies en noir et blanc éclairées à la lumière blanche sont suspendues, telles une constellation d’étoiles. Nous voilà plongés dans les eaux bleues de la Méditerranée, sinistre cimetière où des milliers de migrants aspirant à une vie meilleure ont perdu la vie. Née en 1975, Katel Delia leur rend un hommage déchirant. Ses clichés montrent d’hypnotiques panaches de petites bulles de plongeurs, photographiés sous l’eau, et dont la taille varie en fonction du nombre de décès relevés par l’Organisation internationale pour les migrations, en plusieurs endroits de la Méditerranée. Difficile de ressortir indemne de cette expérience…
Mitchell Moreno, « Free now for posh dom » de la série « Body copy »
© Mitchell Moreno
Sur trois grands écrans semblables à des smartphones XXL défilent des autoportraits, toujours assortis d’une légende. « Pour mec ouvrier très chaud », « Cherche rencontres avec d’autres pères gays pour Noël »… Bourrée d’ironie, l’installation Body Copy de Mitchell Moreno (né en 1978) explore et tourne en dérision la course à la performance des hommes gays et queer sur les sites de rencontres. Moreno s’est glissé dans la peau de chaque personnage, œuvrant à la fois comme styliste, décorateur et bien sûr photographe. Une improbable galerie de portraits réalisés au domicile de l’artiste, avec les moyens du bord. Bluffant !
Après une édition placée sous le signe de l’Arménie, Circulation(s) propose cette année un focus sur la Bulgarie. Parmi les quatre photographes bulgares exposés, Martin Atanasov (né en 1991) offre une plongée truculente à la croisée des époques. Ses collages en noir et blanc font ainsi se côtoyer des images de stars de la musique pop bulgare avec des photographies des principaux monuments communistes du pays, prises par Nikola Mihov et publié dans un livre, Forget Your Past. Intitulée, quant à elle, How To Forget Your Past Fast, la série de Martin Atanasov questionne les liens indéfectibles du temps présent et de la mémoire.
Martin Atanasov, How To Forget Your Past Fast
© Martin Atanasov
Capitale économique du Vietnam, Saigon a connu, suite à la réforme du « Đôi mói » en 1986, l’un des développements économiques les plus fulgurants au monde. Cynthia Mai Ammann (née en 1993) tourne son objectif vers la jeunesse de cette mégalopole, qui est aussi la ville natale de sa mère. Entre les buildings, la photographe brosse le portrait d’une génération qui a éclos en même temps qu’un puissant idéalisme capitaliste. Dans ses clichés, paysages urbains et silhouettes mélancoliques dessinent une cartographique utopiste et sensible de la mégalopole du futur.
Cynthia Mai Ammann, Floating View
© Cynthia Mai Ammann
Isacco Emiliani, Ottantuno
© Emiliani Isacco
Touchant projet que celui d’Isacco Emiliani (né en 1991). Photographe et réalisateur travaillant sur la vie sauvage et la relation de l’homme à la nature, il a réalisé cette série à quatre mains avec son grand-père, agriculteur et fervent lecteur. Pendant sept ans, tous deux ont arpenté bois et forêts à la découverte d’essences d’arbres pour les photographier de nuit… Une odyssée familiale et un émouvant voyage intérieur qui a donné naissance à un très beau livre photo intitulé Ottantuno – (quatre-vingt-un en italien), soit l’âge du grand-père d’Isacco Emiliani lors de la prise de la dernière image.
Circulation(s) 2023
Du 25 mars 2023 au 21 mai 2023
Centquatre-Paris • 5 Rue Curial • 75019 Paris
www.104.fr
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