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Cité de l’architecture & du patrimoine

Le globe : une architecture qui refait le monde

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Publié le , mis à jour le
Pour célébrer ses dix ans, la Cité de l’architecture & du patrimoine propose une exposition passionnante sur l’histoire singulière de la représentation du ciel et de la terre à travers l’architecture de la rotondité. Un tour du monde en 90 projets, construits ou utopiques, de l’Antiquité à nos jours.
Le Figaro Illustré N°128, Novembre 1900, Globe Céleste (ou Cosmorama)
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Le Figaro Illustré N°128, Novembre 1900, Globe Céleste (ou Cosmorama), 1897-1900

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© D.R.

L’investigation est inédite. Elle tient à la démarche d’un historien de l’architecture, Yann Rocher, qui s’est engagé il y a trois ans dans la recherche de projets architecturaux visant à la représentation du monde terrestre et du cosmos par la géométrie sphérique. Pour explorer la richesse des 90 projets présentés, l’exposition privilégie le déroulement chronologique et la structure thématique au sein d’une scénographie très dense, qui déploie nombre de maquettes, dessins, collages, plans, documents et films.

Notre récit débute vers 125 après Jésus-Christ, avec l’apparition de la morphologie de la sphère dans le projet du panthéon romain de l’empereur Hadrien, dont la voûte, percée à son sommet d’un oculus imposant, représente symboliquement une image du ciel. Mais les dessins historiques expriment l’idée que la volumétrie de la voûte pourrait se compléter d’un autre hémisphère, formant ainsi une sphère parfaite…

Entre architecture et science

Jean-Baptiste Nolin, Arnould De Vuez, Modèle du globe céleste pour l’année 1700 par Vincenzo Coronelli
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Jean-Baptiste Nolin, Arnould De Vuez, Modèle du globe céleste pour l’année 1700 par Vincenzo Coronelli

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Estampe • © RMN Grand Palais / Thierry Le Mage

D’évidence, cette perception renvoie au globe, à la terre et à son lien avec le ciel. Un peu plus tard, l’époque des Lumières, riche de cette transversalité entre les arts, les sciences et la philosophie, génère les premières idées de sphères habitables. Un siècle avant le célèbre et impressionnant cénotaphe sphérique d’Isaac Newton imaginé par Étienne-Louis Boullée, le cartographe et encyclopédiste italien Vincenzo Coronelli se voit confier, en 1681, par le cardinal d’Estrées, ambassadeur français de Louis XIV, la réalisation de deux globes, l’un terrestre et l’autre céleste, de près de 4 mètres de diamètre. Coronelli rassemble toutes les connaissances scientifiques de l’époque et s’associe à l’architecte Jules Hardouin-Mansart pour la réalisation des supports des globes, achevés en 1683.

Avec ces modèles de grandes dimensions, on fantasme rapidement leur potentiel habitable. Quelques années plus tard, en 1708, ce même concepteur aurait d’ailleurs projeté la réalisation de globes 4 fois plus grands mais sans aller jusqu’à leur concrétisation. Notre histoire des représentations du ciel et de la terre se poursuit et se densifie sous l’impulsion des grandes expositions universelles et internationales qui rythment les XIXe siècle et XXe siècle. Yann Rocher parle de « compétitions de globes » tant les projets rivalisent d’inventivité, voire même, parfois, de mégalomanie. De nouvelles constructions sphériques à l’échelle de l’architecture voient le jour.

Alphonse Mucha, Projet pour le pavillon de l’Homme à l’Exposition universelle de 1900, deuxième version
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Alphonse Mucha, Projet pour le pavillon de l’Homme à l’Exposition universelle de 1900, deuxième version, 1897

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© Národní galerie v Praze

Une exploration du monde et des corps célestes mise à l’échelle du corps humain.

De l’invention du géorama (panorama tridimensionnel) concave ou convexe au planétarium, il est question d’architectures qui proposent une expérience immersive pour les visiteurs. Au-delà de la dimension pédagogique ou de la fonction parfois célébrative, ce sont les valeurs récréatives et festives qui sont mises en avant dans ces réalisations monumentales. Parmi elles, on peut citer le Globe construit au pied de la tour Eiffel par l’architecte Albert Galeron pour l’exposition universelle de Paris en 1900 [ill. plus haut]. Ce dernier propose une terre rotative dont le système de rampe permet de gravir sa structure jusqu’au sommet. Semblable construction s’apparente à une exploration du monde et des corps célestes mise à l’échelle du corps humain.

Prouesse technologique

Dans le récit de l’exposition, il est également question de la conquête de l’espace ou de la science-fiction, autant de thèmes qui nourriront l’imaginaire des architectes des utopies, comme Raimund Abraham qui envisage la sphère comme un idéal de forme domestique.

Raimund Abraham, Synchronized Space : Universal House
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Raimund Abraham, Synchronized Space : Universal House, 1967

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© Deutsches Architeckturmuseum Frankfurt am Main Raimund Abraham / Photo Uwe Dettmar, Frankfurt am Main / Raimund Abraham

Plus près de nous, le projet du centre de congrès et d’expositions de Rem Koolhaas et Reinier de Graaf pour les Émirats arabes unis montre que l’exploration de la morphologie sphérique en architecture se poursuit toujours avec la même charge symbolique. Toutes ces narrations monographiques révèlent ainsi qu’en architecture, les sphères ont toujours eu un statut singulier, associé aux dimensions spirituelle et/ou visionnaire, récréative et/ou scientifique, lié aussi à l’idée de prouesse technologique. De ce foisonnement, on aura compris le souhait du commissaire d’envisager l’exposition comme une grande « constellation » à explorer par tous les publics, du savant au néophyte.

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Globes. Architecture & Sciences explorent le monde

Du 10 novembre 2017 au 26 mars 2018
La Cité de l’architecture & du patrimoine propose également plusieurs événements en lien avec l’exposition : un atelier pour les jeunes publics, "La fabrique du monde", ainsi que des projections de documentaires, longs métrages de fiction et rencontres autour des thématiques de l’exposition.

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À lire

« Globes. Architecture et sciences explorent le monde »

sous la direction de Yann Rocher

Ed. Norma • 386 p. • 45 €

 

Le catalogue de l’exposition retrace sur près de 400 pages l’épopée de cette histoire des représentations du ciel et de la terre nourrie des contributions d’architectes, d’historiens, de scientifiques et de philosophes et illustrée d’une importante iconographie.

 

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