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ArchaeaBot, 2018
A. Dumitriu + A. May © R. Colas
Est-ce encore de l’art ou déjà de la science ? Aux traditionnelles questions que pose le rapprochement des disciplines depuis les années 1960, l’exposition répond sans détour : pas de distinction nette à faire ici, mais un savant mélange univoque des deux. Vous n’y trouverez donc ni art, ni science, mais des « biomedia » : des outils technologiques qui imitent les comportements du vivant.
Et c’est à s’y méprendre : les oiseaux de Jake Elwes, montrés dans la vidéo Cusp (2019) pourraient bien être ceux des marais de l’Essex, dont l’artiste s’est inspiré, à ceci près qu’ils ont été entièrement générés par un algorithme. Entraînée sur un ensemble de données photographiques, la machine a appris à classifier les différentes espèces et à en retranscrire les formes à partir de simples pixels. Un paysage sonore de chants d’oiseaux générés artificiellement vient prolonger le trouble ressenti. Voilà qui jette les bases d’une première négociation avec la technologie : jusqu’où peut-elle réussir à nous duper ?
« Un androïde est-il pour autant vivant ? » demande-t-elle.
Avec One of Them Is a Human, une série de portraits photographiques aux airs ultra léchés, la Finlandaise Maija Tammi [ill. ci-dessous] poursuit l’enquête, menée cette fois sur l’humanité elle-même. Rien que ça, nous direz-vous ? Oui, et même un peu plus, car parmi les quatre humanoïdes aux traits plus vrais que nature, un humain se cache peut-être dans le lot. « Un androïde est-il pour autant vivant ? » demande-t-elle. Si l’on se prête volontiers au jeu des devinettes, la question est pourtant ailleurs : après tout, pourquoi est-on davantage fasciné par le savoir-faire scientifique en matière de construction de cyborgs que par la photographie en elle-même, joyau technologique que l’histoire a rendu ordinaire ?
Maija Tammi, One of them is a human#1, 2017
© R.Colas pour la presse
« BioMedia » dit un peu de cela. L’exposition démonte les fantasmes portés par la révolution cybernétique des années 1970 : on ne croit plus à un avenir radieux grâce à l’accélération des technologies, qui finissent par irriguer notre monde au point qu’on les oublie. On croit en revanche en une machine autonome et vivante, qui pense, grandit, apprend. Parmi les propositions les plus audacieuses de l’exposition figure celle selon laquelle les formes de vie artificielles pourraient être douées d’empathie. Pour Emmanuel Cuisinier, co-commissaire de l’exposition, l’intelligence artificielle est « un porte-parole pour devenir audible ».
Jeroen van der Most et Peter van der Putten, Letters from Nature, 2021
J. van der Most + P. van der Putten © R.Colas
Aux côtés des questions éthiques qu’elle soulève, la manifestation pose aussi celle de l’urgence climatique. L’œuvre Letters from Nature (2021) de Jeroen van der Most et Peter van der Putten, sur laquelle elle s’ouvre, est sans doute la plus efficace en la matière. En donnant la parole aux entités terrestres menacées, grâce à une IA entraînée à rédiger des lettres du point de vue des forêts ou des blocs de glace, elle interpelle les politiciens sur le devenir de nos espèces. Les dizaines de missives en anglais qui se succèdent sur grand écran résonnent comme un appel à l’aide : « Nous fondons. On a mal. Nous sommes tristes. Nous mourons. » Pas d’ambition disproportionnée pour autant, seulement le rappel cinglant que si l’on connaît bien les automates artificiels, on connaît moins les systèmes vivants, par définition plus complexes et plus subtils. Pourquoi donc ne pas puiser dans le premier pour apprendre du second ?
Exovisions, 2018
J. Emard © R. Colas
Cette aventureuse proposition est partagée par l’ensemble des quatorze artistes exposés. Entre algorithmes génétiques, robots évolutifs et biosphères numériques auto-génératives, ils racontent un monde cybernétique où l’artifice et le vivant s’équilibrent. Alors, à l’heure où la biodiversité recule toujours plus, où notre environnement n’a jamais été aussi changeant, une question pointe : et si de nouvelles formes de coexistence entre biologie et technologie avaient un rôle à jouer, non pas pour un futur meilleur, mais pour un futur tout court ?
BioMedia. L'ère des médias semblables à la vie
Du 13 mai 2022 au 10 juillet 2022
Centre des arts - Enghien-les-Bains • 12-16 Rue de la Libération • 95880 Enghien-les-Bains
www.cda95.fr
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