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Quai Branly

Le quai Branly fait la lumière sur les fascinants rites sacrés des Mexicas

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Plus connus sous le nom d’Aztèques, les Mexicas sont au cœur d’une exposition au musée du quai Branly jusqu’au 8 septembre présentant les dernières trouvailles archéologiques autour du Templo Mayor, site majeur de leur capitale, Tenochtitlán, l’actuelle Mexico. Soit 209 offrandes, témoignages uniques d’une civilisation à travers ses croyances et ses rituels.
Anonyme, Jarre avec visage de Tlaloc, Offrande 21
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Anonyme, Jarre avec visage de Tlaloc, Offrande 21, règne de Motecuhzoma Ilhuicamina, 1440-1469

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Dieu de la terre et de la pluie, Tlaloc était l’une des deux déités les plus vénérées par les Mexicas, avec son alter ego Huitzilopochtli, dieu du soleil. Complémentaires et opposées, ces divinités possédaient les deux sanctuaires qui se trouvaient au-dessus de la pyramide du temple de Tenochtitlán.


Céramique peinte • 34,7 x 31 x 29,5 cm • Coll. Musée Templo Mayor - INAH, Mexique • © D.R. Secretaría de Cultura-INAH-MEX / Proyecto Templo Mayor / Photo Mirsa Islas

Lorsqu’en 1519 les troupes espagnoles menées par Hernán Cortés arrivent à Tenochtitlán, capitale de l’empire mexica, leur fascination est totale. Débarqués quelque temps plus tôt dans l’actuel golfe du Mexique, les conquistadors sont alors en quête de richesses à offrir à Charles Quint, élu depuis peu empereur.

Très vite, les peuples autochtones rencontrés, soumis à un pouvoir central qui s’est établi dans une région montagneuse et marécageuse et auquel ils doivent payer de lourds tributs, leur indiquent la route pour atteindre la cité qu’ils décrivent comme un véritable coffre aux trésors. Il n’en faut pas plus pour attiser la convoitise des colons. Leur soif d’or, associée à la soif de vengeance des populations soumises, scellera la fin de l’une des civilisations les plus brillantes de l’époque.

Le mythe d’une terre promise

Anonyme, Statue de Mictlantecuhtli
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Anonyme, Statue de Mictlantecuhtli, 1440–1469

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Découverte dans la maison des Aigles, l’un des édifices au nord du Templo Mayor, cette statue squelettique représente un dieu associé à la mort et à l’inframonde (Mictlan, dans la langue nahuatl des Mexicas). La tête de cette figurine grandeur nature est percée de nombreux trous, destinés à accueillir de véritables mèches de cheveux. Lors des cérémonies rituelles, on aspergeait la statue du sang des sacrifiés.

Terre cuite • 179 × 80 × 50 cm • Coll. Musée Templo Mayor – INAH, Mexique • Photo Jorge Pérez de Lara / © D.R. Secretaría de Cultura-INAH-MEX

L’histoire des Mexicas, baptisés Aztèques en Europe à partir du XIXe siècle, se confond avec les mythes et croyances de cette civilisation. Si l’empire mexica dura près d’un siècle, ses prémices remontent à 1325, date à laquelle la réalité se mêle à la fiction du récit fondateur. Quittant le pays mythique d’Aztlán pour arriver sur le plateau humide de Tenochtitlán, les Mexicas y voient se réaliser la prophétie qui les avait guidés : un aigle se pose sur un cactus, comme l’avait annoncé Huitzilopochtli, leur dieu tutélaire. C’est sur cette terre promise qu’ils établiront donc leur capitale.

L’entité mexica recouvre une nuée de groupes ethniques réunis en confédération militaire et administrative sous la houlette d’une triple alliance de cités, Tenochtitlán, Texcoco et Tlacopan. Cette alliance ne résistera pas aux appétits féroces de Tenochtitlán qui, sous le règne de Motecuhzoma Ier (1440–1469), soumet ses alliés. Pendant un siècle, les Mexicas étendront leur pouvoir sur cette aire culturelle dite de la Mésoamérique, avant la chute brutale de Tenochtitlán, en 1521.

Anonyme, bassin de Mexico, Figurine représentant la dualité
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Anonyme, bassin de Mexico, Figurine représentant la dualité, vers 1500

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Les Mexicas ont construit leur univers et leur système calendaire sur la notion de dualité et d’alternance. Cette figurine représente l’opposition entre vie et mort, qui est aussi celle des forces féminines et masculines se succédant dans un cycle perpétuel.


Pierre verte • 9,7 × 8 × 8,5 cm • Coll. Musée national d’anthropologie – INAH, Mexique • © D.R. Secretaría de Cultura-INAH- MEX / Archivo Digital de las Colecciones del Museo Nacional de Antropología / INAH-CANON

Les Espagnols ravagèrent la cité conquise pour pouvoir construire Mexico, la capitale de la Nouvelle-Espagne, nom donné à ce territoire fraîchement colonisé et plein de promesses d’argent facile. Devenue tentaculaire par la suite, la ville semblait avoir englouti à jamais son passé préhispanique. C’était sans compter sur le hasard des coups de pioche et la découverte, en 1978, d’un monolithe représentant la Lune.

« La découverte la plus importante peut-être, c’est celle d’une quantité immense, unique et exceptionnelle d’offrandes. »

Leonardo López Luján

« Depuis, nous avons dégagé plus d’un hectare et demi de vestiges dans le centre-ville de Mexico, raconte Leonardo López Luján, commissaire général de l’exposition et directeur du Proyecto Templo Mayor, le programme de recherche scientifique du site révélé. Nous avons mis au jour les ruines d’un grand temple et de 16 édifices religieux associés autour de la pyramide. Nous avons aussi trouvé, en plus de ces bâtiments, des centaines de sculptures, de toutes tailles, et des dizaines de mètres carrés de peintures murales. »

Modélisation 3D de Tenochtitlán, ancienne capitale de l’Empire Mexica
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Modélisation 3D de Tenochtitlán, ancienne capitale de l’Empire Mexica

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Tenochtitlán était bâtie sur plusieurs îles, dont certaines artificielles. Difficile aujourd’hui lorsque l’on découvre Mexico, d’imaginer que la région était une zone lacustre.

© Thomas Kole

Ce grand temple, le fameux Templo Mayor, est le seul vestige complet de Tenochtitlán, qui s’étendait sur plus de 13 km2 et accueillait plus de 200 000 habitants. Cœur politique et religieux de la ville, le sanctuaire recèle de précieux témoignages qui permettent de saisir la complexité des cultures mésoaméricaines. « Mais la découverte la plus importante peut-être, poursuit Leonardo López Luján, c’est celle d’une quantité immense, unique et exceptionnelle d’offrandes : 209 ensembles consacrés principalement à Tlaloc, dieu de la pluie, et à Huitzilopochtli, dieu tutélaire mexica. »

Pierres, plantes et fragments humains

Anonyme, Centre du Mexique, Xipe Totec
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Anonyme, Centre du Mexique, Xipe Totec, 1325–1521

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Le dieu de la guerre et de la régénération du maïs était traditionnellement représenté recouvert d’un masque de peau humaine. Au cours des sacrifices en son honneur, on écorchait les victimes afin que les prêtres revêtent leur dépouille.

Rhyolite • 10,2 × 9,8 × 5,2 cm • Coll. Musée du quai Branly-Jacques Chirac, Paris • Photo Daniel Ponsard

Ces assortiments d’objets ou d’éléments étaient rassemblés dans des coffres en pierre, eux-mêmes entreposés dans des cavités ou enfouis à même le sol des édifices religieux. Pouvaient faire office d’offrandes des minéraux bruts, des plantes, des fleurs ou des fragments d’animaux, mais aussi d’êtres humains ; ou, plus coutumiers, des artéfacts en jade, céramique, obsidienne, or, cuivre, os, bois et coquillage. Ces présents étaient produits à l’intérieur de l’empire, mais provenaient également du commerce au-delà des frontières.

Parfois, ils étaient même directement « empruntés » à des civilisations ayant précédé les Mexicas – qui les récupéraient sur des sites abandonnés, se livrant ainsi à des fouilles archéologiques avant l’heure. De telles reliques revêtaient une importance particulière dans les croyances, car elles passaient pour avoir été créées par des êtres divins. Pour Leonardo López Luján, « ces offrandes étaient toujours liées à des événements du calendrier : le début de la saison des pluies, la saison sèche, les équinoxes et les solstices aussi. Mais celles que nous montrons dans l’exposition sont plutôt des offrandes exceptionnelles, associées à des moments cruciaux de la vie de la ville et de l’empire. »

Outre ces présents, les dieux recevaient des dons. Immatériels – effluves d’encens, danse, chants – ou plus concrets, comme le don de sang. Pour en obtenir, des sacrifices se pratiquaient dans les temples. Si l’autosacrifice, qui consiste à prélever du sang en se piquant certains organes (oreille, main, sexe), est représenté dans les codex mexicas, c’est l’immolation d’esclaves et de captifs de guerre qui a le plus marqué les colons européens.

Anonyme, Masque olmèque, Offrande 20, règne d’Axayacatl (1469-1481)
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Anonyme, Masque olmèque, Offrande 20, règne d’Axayacatl (1469–1481), vers 800 av. JC

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Ce vestige d’une civilisation antérieure n’est pas une anomalie archéologique. Les Mexicas exploraient les cités antiques abandonnées pour en rapporter des reliques qu’ils considéraient comme magiques, car produites par les dieux.

Pierre métamorphique verte • 10,2 × 8,6 × 3,1 cm • Coll. Musée Templo Mayor – INAH, Mexique • Photo Jorge Pérez De Lara / © D.R. Secretaría De Cultura INAH MEX

Sur le site du Templo Mayor, les archéologues ont retrouvé tout le mobilier nécessaire à l’accomplissement du rituel, les pierres sacrificielles, les autels, les couteaux de silex. Leonardo López Luján précise : « Nous avons retrouvé des squelettes avec des traces laissées par des couteaux lors de l’arrachage du cœur ou de l’écorchage de la dépouille. Et, depuis vingt ans, nous récupérons des traces chimiques du sang, de l’hémoglobine, des anticorps, des grandes quantités d’albumine. »

L’importance du don et du sacrifice chez les Mexicas s’explique par leur conception de l’univers. Pour garantir le cycle de la vie, il fallait alimenter les dieux. Ce cycle, calqué sur l’alternance de deux saisons, l’une sèche, l’autre humide, reposait sur la dualité des éléments et leur complémentarité. Chaque dieu avait son alter ego, voire pouvait se dédoubler selon les circonstances. Une dualité que traduit l’architecture du temple de Tenochtitlán. Au sommet de la grande pyramide se trouvent ainsi deux sanctuaires, l’un consacré à Tlaloc, divinité aquatique, et l’autre à Huitzi lopochtli, divinité solaire. Les autres temples, au pied de la pyramide, accueillaient les divinités des mondes terrestre et souterrain. La même polarité se retrouve dans les œuvres créées par les artistes mexicas, qui ont représenté cette vision du cosmos sur les statues et les bas-reliefs des temples.

Une survivance des cultes anciens

An, Masque-crâne à l’effigie de Mictlantecuhtli, offrande 11
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An, Masque-crâne à l’effigie de Mictlantecuhtli, offrande 11, règne d’Axayacatl, 1469–1481.

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Disques de coquillage figurant les yeux et orbites incrustées de pyrite, couteaux sacrificiels de silex fichés dans les fosses nasales et la cavité buccale • 22 × 15 × 18 cm • Coll. Musée Templo Mayor – INAH, Mexique • © Akg-images / Photo Bildarchiv Steffens

Fervents catholiques, les Espagnols prirent peur devant ces rites jugés impies. Ils imposèrent brutalement leur religion aux populations locales, supprimant toute référence aux dieux mésoaméricains et interdisant leur culte. Ils détruisirent aussi les écrits anciens, mais ne purent venir à bout des traditions orales. Ces dernières perdurent encore dans ces régions d’Amérique centrale, à travers des signes ténus – tel motif de vêtement d’une femme du Chiapas ou tel autel au coin d’une maison.

Ce qui pourrait passer pour des superstitions ou du folklore est en réalité une survivance de ces cultes anciens, qui imprègne la population des croyances et valeurs mexicas. Tels les dieux mésoaméricains, l’esprit de Tenochtitlán n’a pas été englouti dans l’inframonde, mais renaît un peu plus à chaque découverte des archéologues.

Mexica. Des dons et des dieux au Temple Mayor

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