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Tawaraya Sōtatsu, Danseurs de bugaku, XVIIe siècle
Partie d'une paire de paravents à deux panneaux, encre et couleurs sur un fond de feuilles d'or sur papier, oeuvre désignée au Japon "Bien culturel important" • Coll. Diapo-ji, Kyōto
Ogata Kenzan, Plat à décor de campanules, entre 1712 et 1731
Les céramiques zen de Kenzan
Dans l’esthétique Rinpa, la quête du beau passe par une culture du raffinement, inspirée par la contemplation de la nature et la pratique zen. Dans ce plat carré, les campanules figurent poétiquement l’automne. Le rendu dynamique des transparences polychromes révèle une véritable prouesse technique. Chaque couleur obtenue à partir de gosu (oxyde de cobalt), d’oxyde de fer et de cuivre nécessite une étape de cuisson. Le soin apporté à ces objets témoigne de la valeur essentielle donnée à l’art dans le quotidien de l’élite nippone. Bien mieux documentée que la trajectoire énigmatique de Sōtatsu, la vie des frères Ogata marque l’épanouissement du style Rinpa. Issu d’une riche famille de marchands de soieries, le peintre Ogata Kōrin (1658–1716) a beaucoup contribué à populariser l’œuvre des pionniers Sōtatsu et Kōetsu. Il collabore ici avec son frère cadet, le potier et céramiste Ogata Kenzan (1663–1743).
Grès revêtu d'engobe blanc à décor d'émaux sur couverte • Coll. particulière
Ogata Kōrin, Papier pour envelopper l’encens avec décor de saule pleureur, entre 1704 et 1711
Kōrin, la pureté des motifs
Cette peinture servait d’emballage à des bâtons d’encens. Les lignes de pliage révèlent la finesse d’une composition qui joue sur les cadrages pour guider la silhouette élancée d’un saule pleureur, dessinée d’un coup de pinceau dans les transparences de l’encre de Chine. Sur un fond parsemé d’or, un feuillage en vert de gris traduit la technique du tarashikomi, ces taches improvisées rendues par l’application des pigments sur un papier imbibé d’eau. L’art d’Ogata Kōrin s’affirme dans la délicatesse. En s’inspirant de Sōtatsu et Kōetsu, il multiplie les recherches autour de la stylisation des motifs traditionnels, dans ses peintures, ses paravents, ses éventails, ses ustensiles, ou encore des meubles en laque. Kōrin influencera de nombreux artistes, comme Watanabe Shikō, Fukae Roshu et Nakamura Hōchu, et, un siècle plus tard, le peintre Sakai Hōitsu consacrera sa vie à la reconnaissance et la diffusion de son œuvre. Kōrin deviendra par la suite si populaire que tout motif japonisant lui sera attribué.
Couleurs sur un fond de feuilles d'or sur papier recouvert de soie, monté en rouleau vertical • Coll. musée Hosomi, Kyōto
Watanabe Shikō, Cerisiers en fleurs au mont Yoshino (détail), XVIIIe siècle
L’esprit du cerisier en fleurs
Au XVIIIe siècle, l’influence de Kōrin se fait sentir chez de nombreux artistes, comme Watanabe Shikō (1683–1755), avec qui il a peut-être travaillé. Le motif du mont Yoshino est un lieu commun poétique, repris en archétype dans l’iconographie japonaise. Les cerisiers suffisent à évoquer la montagne, que l’artiste choisit de représenter en collines arrondies, en reprenant l’imagerie traditionnelle. Les inspirations se mêlent ; les artistes conservent ainsi les techniques picturales chinoises, comme le tarashikomi, qui joue sur l’effet flou des encres sur un papier trempé, une technique devenue emblématique du style Rinpa, ou encore sur l’improvisation sans crayonné, appelée mokkotsuga, du chinois « mogu hua », qui signifie littéralement « peinture sans os ».
Paire de paravents à six panneaux, encre et couleurs sur un fond de feuilles d'or sur papier, • Coll. particulière • © TNM Image Archives
Watanabe Shikō, Éléphant blanc, XVIIIe siècle
La représentation du sacré
Au Japon, la représentation de l’éléphant blanc est liée au bouddhisme. L’animal est considéré comme sacré. Sur ce paravent, l’éléphant, décentré sur la droite, dans le mouvement de la diagonale, est mis en scène dans un décor qui laisse deviner un rocher et des bambous nains au milieu d’un fond saupoudré d’or. L’artiste Watanabe Shikō (1683–1755) reprend ici très clairement le motif d’une des peintures connues de Sōtatsu, considéré comme le pionnier du style, mais le peintre donne une vision plus naturaliste de l’animal, notamment dans l’attention portée au tracé des sabots. On sait que Shikō était passionné d’histoire naturelle et qu’il a pu observer un éléphant venu du Vietnam et présenté à Kyoto en 1728.
Paravent à deux panneaux, encre et feuille d'or disséminée sur papier • Coll. musée Hosomi, Kyōto
Kamisaka Sekka, Fleurs et plantes des quatre saisons, entre 1920 et 1925
Kamisaka Sekka, la popularisation du style Rinpa
Quelques feuilles d’érable rouge et une poignée d’asters bleus disent l’automne. Car, au Japon, une fleur évoque un mois, une saison. Kamisaka Sekka (1866–1942) est considéré comme l’un des derniers grands représentants du style Rinpa. Il s’inspire des techniques de ses prédécesseurs en déclinant son art sur tous les supports, ici sur la soie. Découvrant l’engouement pour le japonisme et l’art nouveau lors de son voyage en Europe pour l’Exposition universelle de Glasgow en 1901, il adapte son art et crée de nombreux motifs décoratifs qu’il compile dans des recueils comme Les Herbes de l’éternité (1909–1910). Avec humour et une maîtrise virtuose, il revisite les inspirations Rinpa traditionnelles pour donner son élan à la modernisation du design japonais. Aujourd’hui encore, ses motifs restent des modèles.
Paire de paravents à six panneaux, encre, couleurs et or sur soie • Coll. musée Hosomi, Kyōto
Trésors de Kyoto – Trois siècles de création Rinpa
Du 26 octobre 2018 au 27 janvier 2019
Musée Cernuschi • 7 Avenue Velasquez • 75008 Paris
www.cernuschi.paris.fr
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La quintessence du goût japonais
Véritables trésors nationaux, les paravents de Tawaraya Sōtatsu (actif entre 1600 et 1640) ne sortent presque jamais du Japon. Sur un fond en feuilles d’or, les cinq danseurs de bugaku ondulent ici sur la diagonale mélodique tracée par l’évocation de deux gongs daishoko en bas à droite et d’un pin avec une branche de cerisier en haut à gauche. Malgré la représentation codifiée de ces danses réservées à l’élite, le peintre joue de ses figures avec légèreté dans une évocation musicale et intimiste. Considéré comme le pionnier du style Rinpa, Sōtatsu est à la tête d’un atelier de peinture sur éventails quand il s’associe à un céramiste et calligraphe réputé, Hon’ami Kōetsu (1558–1637), pour répondre à la clientèle aristocratique de la cour impériale. Ils s’inspirent de la poésie, la littérature et le théâtre classiques, ainsi que des yamato-e, ces peintures décoratives autour de motifs japonais empruntés à la nature et au quotidien.