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Dans une volonté de rompre avec les conventions de l’art classique et avec les petitesses de la société bourgeoise, le dandy et l’élégante cherchent à tout prix à se démarquer. Rejetant les valeurs acquises de la société, ils établissent leurs propres codes. L’écrivain Jules Barbey d’Aurevilly fait cas d’école puisque, sa vie durant, il fera refaire inlassablement la même redingote selon la coupe de 1830 et le même chapeau à larges bords. « Le costume du dandy est véritablement politique : il nie l’avènement de la démocratie et souhaite le retour de l’oligarchie », précise Alexandra Bosc, commissaire de l’exposition.
Emile Levy, Jules Barbey d’Aurevilly, 1881
huile sur toile • 114 × 89 cm • Château de Versailles • © Château de Versailles/Bridgeman Images
Cravates, gilets, cannes, éventails cathédrales, manches gigots ou en béret, tout est permis ! Sans jamais tomber dans l’excentricité outrancière, le dandy se différencie par son souci du détail. La canne pour Honoré de Balzac, les gants et la cravate immaculés pour Jules Barbey d’Aurevilly. Charles Lautour-Mézeray, l’un des fondateurs du journal La Mode, arborait quant à lui un camélia à la boutonnière, ce qui lui valut le surnom de « l’homme au camélia ». Dans Le Dandysme et la mode, Roland Barthes note que le détail a « suffi à marquer les plus fines différences sociales ; […] la supériorité du statut, impossible désormais à afficher brutalement en raison de la règle démocratique, se masquait et se sublimait sous une nouvelle valeur : le goût, ou mieux encore, car le mot est justement ambigu : la distinction ».
Modèles masculins, 1840
paru dans le Journal des tailleurs • © Selva/Bridgeman Images
L’élégance revêt un caractère impalpable, un « je-ne-sais-quoi » réservé à quelque happy few. Dans son Traité de la vie élégante, Honoré de Balzac donne le ton : « La toilette ne consiste pas tant dans le vêtement que dans une certaine manière de le porter ». Pour lui, comme pour Charles Baudelaire, la mode et plus largement l’élégance sont un art, une forme de création que l’on retrouve non seulement dans le costume, mais aussi dans « le savoir-vivre, l’élégance des manières ». Seuls les initiés reconnaîtront ainsi les détails raffinés de la toilette du poète, comme par exemple sa façon de nouer sa cravate.
Felix Nadar, Charles Baudelaire, XIXe siècle
photographie • © PVDE/Bridgeman Images
Le dandy ou l’élégante sont immédiatement reconnaissables parmi la foule. On repense ainsi au jeune Théophile Gaultier qui, le 25 février 1830 à la première d’Hernani, s’exhiba vêtu d’une tenue qui marquera les esprits : un gilet d’un rouge éclatant accompagné d’un pantalon vert d’eau et d’un ample pardessus gris, doublé de satin vert. Les tissus imprimés sont également très en vogue. Mais c’est Marie-Caroline de Bourbon-Siciles, duchesse de Berry, qui est prescriptrice en la matière. Cette personnalité brillante et icône de la mode impose sa façon bien à elle de mélanger historicisme et exotisme, à coup d’emmanchures à volants, de collerette à la Médicis ou encore de turban oriental orné de plumes. Un éclectisme caractéristique de la période romantique.
Thomas Lawrence, Marie-Caroline de Bourbon-Siciles, duchesse de Berry, vers 1825
Huile sur toile • 92 × 73 cm • Musee Crozatier, Le Puy-en-Velay • © Musee Crozatier, Le Puy-en-Velay/Bridgeman Images
Pour la première fois dans l’histoire occidentale, la mode se démocratise grâce à l’apparition de magasins de nouveautés et à l’explosion des journaux de mode, qui contribuent à une large diffusion des tendances. Pour se différencier et éviter d’être copié, il faut innover et initier de nouvelles modes ! Voilà pourquoi l’élégante ne suit pas la mode mais, bien au contraire, la fuit. « On assiste à la montée en puissance de certaines couturières comme Mesdames Vignon, Palmyre ou Victorine. Cependant, leur rôle créatif reste subordonné aux désirs de leurs clientes, qui inventent la coupe. Les couturières ne font que concevoir le vêtement. C’est la qualité de leur façon plus que leur prise d’initiative qui est valorisée », rappelle Alexandra Bosc. Les femmes à la mode redoublent ainsi d’inventivité pour sélectionner les tissus du moment dans les magasins de nouveautés et pour imaginer des coupes toujours plus singulières.
Joseph-Désiré Court, Vénitienne au bal masqué, 1837
Huile sur toile • Musée des beaux-arts, Rouen • © Musée des beaux-arts, Rouen
Le Temps des collections VII : Élégantes et dandys romantiques
Du 7 décembre 2018 au 19 mai 2019
Musée des Beaux-Arts de Rouen • Esplanade Marcel Duchamp • 76000 Rouen
mbarouen.fr
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