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Après l’Exposition universelle de Paris de 1867 qui met fin à deux siècles d’isolement du Japon, il n’est plus rare de trouver des tsuba (montures de sabre) et des paravents dans les intérieurs parisiens, ou de se déguiser en geisha par fantaisie ! Il faut dire que les collectionneurs et voyageurs entretiennent cette nouvelle fascination pour les arts décoratifs japonais, en important leurs souvenirs dans les boutiques parisiennes ou dans les musées. En 1878, alors que le japonisme est à son apogée, le critique et historien de l’art Ernest Chesneau s’exclame : « Ce n’est plus une mode, c’est de l’engouement, c’est de la folie. » Notons les préceptes à la source de cette obsession.
Iris, chrysanthèmes, bambou, nénuphar, hirondelle… Plus qu’une inspiration, la connexion à la nature constitue l’art de vivre à la japonaise ! Lorsque les Occidentaux découvrent les arts décoratifs nippons, ils sont rapidement éblouis par cette capacité à exploiter les matériaux naturels, à recouvrir les papiers peints de motifs floraux et à représenter avec exactitude les moindres détails d’un environnement. Ainsi, le plumage d’un oiseau, les reflets d’un coquillage ou les écailles d’un poisson peuvent décorer un peigne du XIXe siècle, sublimer un carré de soie, et même influencer la forme d’un objet : l’assise en bois contreplaqué moulé du tabouret Butterfly, réalisé par Yanagi Sōri en 1956, adopte la courbure des ailes déployées d’un papillon. C’est d’ailleurs le père de ce célèbre designer, Yanagi Sōetsu, qui avait fondé le mouvement Mingei, prônant un artisanat populaire inspiré par l’environnement. Selon lui, « le refuge vers la nature est la garantie de la beauté ». Rien que ça !
Yanagi Sōri, Tabouret « Butterfly », 1956
Fabriqué par TENDO Co. Ltd., édition Steph Simon • © MAD Paris / Jean Tholance
Certains objets portent en eux sept siècles de production artisanale. C’est le cas du seau en bois (ki-oke) fait à la main par l’atelier Nakagawa Mokkougei, qui est utilisé par les Japonais pour la toilette, mais aussi pour cuisiner le riz ou encore conserver la pâte miso (soja fermenté utilisé dans la cuisine traditionnelle). Réalisé avec des planches de bois rabotées et encerclées par des anneaux de métal, cet objet domestique prend désormais les fonctions d’un seau à champagne ou d’un tabouret dans l’exposition du musée des Arts décoratifs. Ces pièces insistent sur l’importance des techniques ancestrales qui font vivre les artisans japonais depuis des générations. En conservant leurs traditions, les designers parviennent à inventer des formes nouvelles en accord avec leur temps : éventail en papiers d’origami, sculpture artistique en grès (un matériau populaire habituellement employé pour les objets de la cérémonie du thé), lanterne en papier Washi pour tamiser la lumière… La création nippone fait rimer tradition avec renouveau !
Vue de l’exposition « Japon-Japonismes », éventail en papiers d’origami
© MAD Paris / photo : Scénographie Luc Boegly
Avant l’ouverture de l’archipel à l’Occident au XIXe siècle, aucun terme japonais ne permettait de distinguer les beaux-arts des arts décoratifs. La technique du kintsugi, remise au goût du jour par l’artiste Nishinaka Yukito sur de splendides vases aux reflets nacrés, en témoigne avec poésie : il s’agit d’un processus de recouvrement des imperfections du verre grâce à des feuilles d’or ou d’argent. Les défauts de l’objet s’en trouvent magnifiés. Dans le Japon de l’ère Edo, aucune hiérarchie n’était établie entre artiste et artisan. Ainsi certains techniciens, comme le vannier Iizuka Rōkansai, pouvaient atteindre la renommée d’un Picasso ou d’un Matisse. Au début du XXe siècle, Rōkansai tressait le bambou – un matériau brut et robuste – avec une finesse et une créativité si prodigieuses qu’il devint rapidement célèbre. Une salle entière lui est même dédiée au musée du quai Branly – Jacques Chirac pour l’exposition « Fendre l’air, Art du bambou au Japon » !
Attribué à Ogata Kenzan, Assiette (mukozuke) miniature, Japon, époque Edo, XVIIIe siècle
Grès, décor en relief, restauration à la laque d’or (kintsugi) • Coll. et © MAD, Paris / Jean Tholance
Lorsque la designeuse française Charlotte Perriand est invitée au pays du Soleil-Levant en 1940 en tant que conseillère dessinatrice en arts décoratifs, elle découvre un artisanat de qualité et des matériaux naturels d’une grande diversité. Ses créations en reviendront transformées : des coussins tressés en paille de riz accompagneront son mobilier et sa chaise longue en acier conçue avec l’architecte Le Corbusier sera rééditée… en bambou ! Suite à sa rencontre avec Charlotte Perriand, le designer Yanagi Sōri note une leçon essentielle : « Magnifier la vraie tradition n’est pas une affaire d’imitation fidèle. Il s’agit de créer du nouveau en suivant les lois éternelles de la tradition. »
Charlotte Perriand, Chaise longue basculante, 1940
Bambou • © MAD Paris / Jean Tholance Adagp / Paris, 2019
Quel enfant n’a jamais joué à Pokémon ou rêvé d’avoir un Tamagotchi ? Souvenez-vous de cette créature virtuelle qui demande autant de soins qu’un animal de compagnie… Dès les années 1960, les jouets japonais connaissent un succès explosif, d’abord avec les robots puis avec les produits dérivés des jeux vidéo et des séries d’animation. En parallèle de ce design populaire produit en série, les techniques ancestrales continuent d’être célébrées par des acteurs en tout genre qui placent l’innovation au centre de leur travail. C’est le cas du styliste Issey Miyake, qui intègre lui-même ses fibres synthétiques améliorées à des textiles japonais issus de son réseau de tisserands ; de l’enseigne Muji, qui s’attache à éliminer le superflu dans les objets du quotidien pour tendre vers un dépouillement propre à l’esprit japonais ; ou de l’atelier Hosoo – producteur de kimonos et de ceintures depuis 1688 – qui parvient à conjuguer artisanat traditionnel et ingénierie en s’alliant aux industries historiques de Kyōto. Rien ne semble arrêter l’innovation au pays du Soleil-Levant.
Vue de l’exposition, œuvres d’Akko Tanaka et Issey Miyake « Nihon buyo », du 15 novembre au 3 mars 2019
© MAD, Paris / photo : Scénographie Luc Boegly
Japon-Japonismes. Objets inspirés, 1867-2018
Du 15 novembre 2018 au 3 mars 2019
Musée des Arts décoratifs • 107, rue de Rivoli • 75001 Paris
madparis.fr
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