Article réservé aux abonnés

PALAIS IDÉAL DU FACTEUR CHEVAL

Les courriers du cœur d’Agnès Varda

Par • le
Cet été à Hauterives, se trouvent réunis deux incorrigibles rêveurs. Au pied du Palais Idéal du facteur Cheval, une exposition offre une plongée pleine d’humour et de délicatesse dans l’intimité d’Agnès Varda à travers de précieuses lettres et cartes postales reçues de ses amis artistes, soigneusement conservées dans son sanctuaire de la rue Daguerre.
Enveloppe dessinée par Pierre François envoyée à Agnès Varda
voir toutes les images

Enveloppe dessinée par Pierre François envoyée à Agnès Varda

i

Pierre François © Succession Agnès Varda

« Complices du destin ». Ainsi Agnès Varda nommait-elle les facteurs ; et sans doute ce terme n’aurait-il pas déplu à l’un des plus célèbres d’entre eux : Ferdinand Cheval, qui a construit à Hauterives, dans la Drôme, un « Palais Idéal ». L’œuvre d’une vie qui aura nécessité à son bâtisseur 10 000 journées de travail entre 1890 et 1912 ! C’est là, à deux pas de ce bijou d’art naïf qu’Agnès avait visité et photographié en 1955, qu’est exposé tout un pan de l’intimité de la cinéaste disparue l’an dernier : sa correspondance.

Agnès Varda, Palais idéal du facteur Cheval
voir toutes les images

Agnès Varda, Palais idéal du facteur Cheval, 1956

i

© Succession Agnès Varda

Amie des artistes, Agnès Varda a toute sa vie entretenu avec eux de longs échanges épistolaires. Le peintre sétois Pierre François lui a fait ainsi parvenir, pendant plusieurs années, des lettres colorées gorgées de soleil. Chacune – comme son enveloppe ! – est une petite œuvre d’art en soi. De même que celles de l’artiste belge Kikie Crêvecœur, amie et confidente. Depuis Bruxelles, cette dernière envoyait à la réalisatrice des missives couvertes de tampons, qui ne renseignaient pas de date d’expédition mais qui témoignaient de l’affection que les deux femmes se portaient mutuellement. Dans ses lettres accompagnées de petits cadeaux, Alexander Calder surnommait quant à lui la cinéaste « Popette ». Et en réponse, elle lui envoyait outre-Atlantique des photos de la rue Daguerre, où la légende de la sculpture américaine a vécu comme elle.

Lettre d’Alexander Calder pour Agnès Varda
voir toutes les images

Lettre d’Alexander Calder pour Agnès Varda, 1957

i

© Succession Agnès Varda

L’exposition dévoile également la correspondance posthume d’Agnès Varda avec Jacques Demy, son mari décédé en 1990. Depuis Londres ou l’île de Noirmoutier, la cinéaste a continué pendant des années à envoyer des cartes postales au cimetière du Montparnasse, où il est inhumé, lui annonçant une nouvelle naissance dans la famille ou partageant un souvenir de visite à la Tate à Londres… « Moi, j’ai bien aimé être la moitié d’un Demy », écrit-elle avant de dessiner un cœur.

Vues de l’exposition “Agnès Varda Correspondances” au Palais Idéal du Facteur Cheval
voir toutes les images

Vues de l’exposition “Agnès Varda Correspondances” au Palais Idéal du Facteur Cheval

i

© Succession Agnès Varda

La cinéaste collectionnait des planches de timbres et de vieilles cartes postales du début du XXe siècle.

Plus loin, on découvre la passion méconnue d’Agnès Varda pour la philatélie. La cinéaste collectionnait en effet des planches de timbres, qu’elle encadrait avant de les accrocher aux murs, mais aussi les vieilles cartes postales du début du XXe siècle, longuement chinées et soigneusement conservées dans son sanctuaire de la rue Daguerre. En 1953, Agnès, qui débute sa carrière comme photographe, immortalise Jean Vilar sur la place du Palais des Papes à Avignon. Heureuse coïncidence : la photographie figurera, au début des années 2000, sur un timbre officiel célébrant le 30e anniversaire de la mort de l’homme de théâtre, fondateur du TNP (Théâtre National Populaire). Une autre photographie, cette fois-ci de Sophia Loren marchant gaiement dans une rue au Portugal, sera quant à elle éditée en… carte postale !

La silhouette de Jacky Patin, facteur du Lubéron photographié par JR à l’occasion du film Visages Villages (2017), veille sur ces précieux trésors qui témoignent de la personnalité généreuse et entière d’Agnès Varda, célébrée – dans une lettre toujours – par Annette Messager : Agnès, comme « Aventurière, Géniale, Nombriliste, Envahissante, Sérénissime » !

Arrow

Agnès Varda Correspondances

Du 15 février 2020 au 6 septembre 2020
Dans la villa Alicius, où vivait le facteur Cheval, sont également présentés l’installation Patatutopia réalisée par Agnès Varda à l’occasion de la 50e biennale de Venise, son célèbre costume de patate ainsi que divers objets (lettres, photographies…) qui reviennent sur les coulisses de son film Les Glaneurs et la Glaneuse (2000).

www.facteurcheval.com

Arrow

Le Palais idéal du facteur Cheval

Retrouvez dans l’Encyclo : Agnès Varda

Vous aimerez aussi

Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...

Visiter la boutique
Visiter la boutique

À lire aussi