Galerie Semiose

Les éblouissantes œuvres-poèmes de Philemona Williamson révélées pour la première fois en France

Par

Publié le , mis à jour le
Ses tableaux sont des petits poèmes visuels à la sensualité débordante et aux couleurs éclatantes. Philemona Williamson puise dans ses propres souvenirs d’enfance pour esquisser sur la toile des histoires aussi énigmatiques qu’intimes. Pour sa toute première exposition personnelle en France, l’artiste afro-américaine raconte le bouleversement que connaît tout adolescent qui s’approche du monde adulte, entre douceur et violence. À découvrir jusqu’au 30 décembre !
Philemona Williamson, A Pause Requested
voir toutes les images

Philemona Williamson, A Pause Requested, 2021

i

Huile sur toile • 119 × 137 × 3,5 cm • Courtesy Semiose, Paris / Photo Aurélien Mole

Dans sa robe jaune canari, un enfant au corps de géant interdit toute intrusion. Nous voilà arrivés à une frontière. Perméable et fragile, elle indique le passage entre le monde de l’enfance et celui de l’âge adulte. Vibrante et troublante, cette grande huile sur toile intitulée A Pause Requested résume à la perfection l’esprit des œuvres de Philemona Williamson (née en 1951) présentées à la galerie Semiose.

Si son nom est encore peu connu en Europe, Philemona Williamson a déjà derrière elle une longue carrière aux États-Unis où elle a reçu de nombreux prix (Anonymous Was A Woman, Joan Mitchell Foundation…).

Philemona Williamson dans son atelier
voir toutes les images

Philemona Williamson dans son atelier

i

Courtesy Semiose, Paris / Photo Nina Subin

Avec « The Borders of Innocence », il s’agit ainsi de sa toute première exposition personnelle en France. L’artiste afro-américaine distille au creux d’une dizaine de toiles cette émotion qu’elle a ressentie à l’adolescence lorsque « vous éprouvez tous les sentiments intenses et l’anxiété d’un adulte, mais vous ne savez pas comment les gérer », révèle-t-elle.

Des tableaux en perpétuel mouvement

L’inquiétude se lit sur les visages des personnages qui peuplent le monde onirique et poétique de Philemona. Leur regard est fuyant, comme s’ils étaient pris en flagrant délit ou interrompus en pleine action. Car tout est mouvement dans ses tableaux. Les corps s’étirent, s’agrippent, s’élancent, s’enlacent… Mais l’on ne sait jamais exactement ce qu’il s’y passe. Plusieurs histoires se dessinent sous les coups de pinceau tantôt francs, tantôt vaporeux de la peintre.

Philemona Williamson, Here I Hold Becoming
voir toutes les images

Philemona Williamson, Here I Hold Becoming, 2020

i

Huile sur toile • 122 × 152,5 × 3,5 cm • Courtesy Semiose, Paris / Photo Aurélien Mole

Souvent, un souvenir personnel déclenche son geste sur la toile, sans aucun croquis au préalable. En quelques mouvements, elle décide de la composition, qui changera au fil de la réalisation. Certains éléments reviennent régulièrement : une poupée, une pastèque, un oiseau, les branches d’un arbre… L’actualité vient aussi percuter le fil des histoires entremêlées comme l’élection de Donald Trump ou la pandémie de Covid.

Le pouvoir aux plus marginalisés

Une mutation s’opère. Mêlés aux éléments de la nature, végétaux comme animaux, les individus évoluent dans un environnement surnaturel, où les arbres sont bleus et le sol est rose ; ou l’inverse. Leur genre n’est pas toujours clairement attribué par l’artiste qui préfère laisser libre cours à l’interprétation de chacun. Et à l’autonomie de ses personnages, en proie à des bouleversements, intérieurs comme extérieurs, qui les dépassent.

Philemona Williamson, À gauche, “Always Climbing”, 2016. À droite, “A Contemplative Perch”, 2017
voir toutes les images

Philemona Williamson, À gauche, “Always Climbing”, 2016. À droite, “A Contemplative Perch”, 2017

i

Huiles sur toile • 122 × 152,5 × 3,5 cm / 152,5 × 122 × 3,5 cm • Courtesy Semiose, Paris / Photo Aurélien Mole

« Dans mes peintures, je veux que le pouvoir soit détenu par les personnes les plus marginalisées : les enfants, les Noirs, les homosexuels, les transgenres… », explique Philemona Williamson. Elle se souvient de ses premiers cours d’art plastique au collège. À cette époque, son père souffre d’un cancer et sa mère lui interdit formellement d’en parler à qui que ce soit.

Elle garde alors ce secret trop lourd à porter pour une enfant. Mais lorsque son professeur d’art lui annonce : « C’est toi qui décides ce que tu fais sur cette toile », c’est une révélation. Enfin, elle peut avoir le contrôle sur quelque chose ! Encore aujourd’hui dans son atelier, cette sensation de liberté infinie ne l’a jamais quittée. Son regard d’adolescente sur le monde qui l’entoure, non plus.

Arrow

The Borders of Innocence

Du 18 novembre 2023 au 30 décembre 2023

semiose.com

Vous aimerez aussi

Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...

Visiter la boutique
Visiter la boutique

À lire aussi