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Le topo

L’Op Art en 3 minutes

En bref

Bienvenue dans les sixties ! L’expression « Op Art  », ou « art optique  », fut adoptée pour réunir les artistes abstraits travaillant sur les effets d’optique et d’illusions. Si Victor Vasarely, François Morellet ou Bridget Riley ne furent pas les premiers à s’intéresser à l’art du mouvement et aux phénomènes rétiniens, ils ont considérablement renouvelé cette préoccupation née aux temps des premières avant-gardes (vers 1910). L’art objectif est devenu plus ludique, plus sensoriel et lumineux ! Sur le plan intellectuel, il constitue une rupture franche avec la fonction mimétique de l’art, en se détachant complètement de la réalité et en donnant au spectateur une place nouvelle : celle d’acteur.

Le G.R.A.V. lors de l’exposition « G.R.A.V. à la recherche d’un nouveau spectateur » au Museum Ostwall de Dortmund en 1968. De gauche à droite : Julio Le Parc, Joël Stein, Horacio Garcia-Rossi, François Morellet, Jean-Pierre Yvaral, Francisco Sobrino
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Le G.R.A.V. lors de l’exposition « G.R.A.V. à la recherche d’un nouveau spectateur » au Museum Ostwall de Dortmund en 1968. De gauche à droite : Julio Le Parc, Joël Stein, Horacio Garcia-Rossi, François Morellet, Jean-Pierre Yvaral, Francisco Sobrino

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Courtesy Atelier Morellet. © Adagp, Paris, 2019

Il a dit

« Rien n’est plus difficile que de savoir au juste ce que nous voyons. » Maurice Merleau-Ponty

Histoire du mouvement

L’Op Art présente deux origines : d’une part, il est l’héritier de l’intérêt des artistes pour les lois de l’optique et les théories visuelles des années 1910–1920, notamment dans le cadre du Bauhaus, où enseignait Kandinsky ; d’autre part, il est également associé aux recherches cinétiques, c’est-à-dire l’expression du mouvement réel dans l’art, qui peut être produit par un moteur aussi bien que par un adjuvant naturel (comme le vent ou le soleil). Alexander Calder en offre un bon exemple.

Les débuts de l’Op Art cultivent surtout la dualité entre le blanc et le noir. Par la suite, les travaux de ces artistes se caractérisent par des jeux de surfaces très colorées et contrastées. Il faut rappeler que la perception par notre œil d’une couleur dépend de son contexte. Ces théories sur la complémentarité des couleurs sont connues depuis l’époque médiévale, mais ont surtout été développées par l’écrivain Johann Wolfgang von Goethe et le scientifique Michel-Eugène Chevreul au XIXe siècle, puis expérimentées par les peintres néo-impressionnistes (Georges Seurat, Paul Signac, Henri-Edmond Cross). En quelques mots, le voisinage entre deux couleurs peut aboutir à des effets d’intensification.

Les œuvres d’art optique jouent donc sur notre perception visuelle. Au milieu des années 1940, une nouvelle génération d’artistes – emmenée par Victor Vasarely – cherche des possibilités inédites d’expression. Le Hongrois sera suivi par des artistes comme Jesús-Rafael Soto, Yaacov Agam, François Morellet, Karl Gerstner, Julio Le Parc, Getulio Alviani ou Ángel Duarte. Plusieurs artistes américains et anglais embrassent également cette esthétique, en particulier Ellsworth Kelly et Bridget Riley.

En 1961 est fondé à Paris le groupe G.R.A.V. (Groupe de Recherche d’Art Visuel). L’un de ses fondateurs est l’artiste argentin Julio Le Parc. Les membres du G.R.A.V. – Horacio Garcia Rossi, Julio Le ParcFrançois MorelletFrancisco Sobrino, Joël Stein et Jean-Pierre Vasarely, dit « Yvaral » – utilisent souvent des matériaux neufs, issus de la société industrielle, comme le Plexiglas ou les néons. Certains artistes ont poursuivi leurs recherches en créant de véritables installations (comme François Morellet).

Le mouvement a connu un début de reconnaissance en 1965, grâce à la tenue de l’exposition « L’Œil réceptif » au MoMa à New York. Très rapidement, l’esthétique de l’Op Art fut récupérée par le monde de la publicité et du design, et devint très populaire. On pourrait lui reprocher de n’être qu’un jeu d’illusions, décoratif, et de manquer de sens profond. Pourtant, l’Op Art pose une véritable question : qu’est-ce que la réalité visuelle ?

Quelques œuvres majeures

Victor Vasarely, Vega-Nor
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Victor Vasarely, Vega-Nor, 1969

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Huile sur toile • 200,03 cm x 200,03 cm • Coll. Albright-Knox Art Gallery, Buffalo, New York • © Albright Knox Art Gallery / Art Resource, NY / Scala, Florence. © Adagp, Paris, 2019

Victor Vasarely, Vega-Nor, 1969

Cette œuvre est caractéristique des recherches de Victor Vasarely, le pape de l’Op Art ! Cet artiste d’origine hongroise s’est consacré à l’art abstrait à partir de 1947. Le cinétisme – c’est-à-dire la représentation du mouvement – le passionne, et il le traduit de manière illusionniste. Victor Vasarely sollicite intensément le spectateur, car il affirme que les illusions d’optique n’existent qu’au travers de l’œil qui regarde le tableau.

Ellsworth Kelly, Spectrum Colors Arranged by Chance II
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Ellsworth Kelly, Spectrum Colors Arranged by Chance II, 1951

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Collage de morceaux de papier découpés et colorés sur 4 feuilles de papier • 97,2 × 97,2 cm • Coll. The Museum of Modern Art, New York • © Digital image, The Museum of Modern Art, New York/Scala, Florence . © 2019 Ellsworth Kelly

Ellsworth Kelly, Spectrum Colors Arranged by Chance II, 1951

Ce peintre américain s’est installé à Paris en 1948 où il a côtoyé les grands noms de l’avant-garde cubiste et abstraite. À partir de 1950, il réalise des toiles monochromes, et se tourne vers le minimalisme géométrique dans les années 1960, après son retour à New York. Ellsworth Kelly aimait travailler avec les couleurs de l’arc-en-ciel et s’intéressait principalement à l’orchestration de la couleur dans l’espace.

Julio Le Parc, Série 14 n°2
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Julio Le Parc, Série 14 n°2, 1970

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Acrylique sur toile • 170,18 × 170,18 cm • Coll. Albright-Knox Art Gallery, Buffalo, New York • Photo © Albright Knox Art Gallery/Art Resource, NY/Scala, Florence. © Julio Le Parc / Artists Rights Society (ARS), New York / ADAGP, Paris, 2019

Julio Le Parc, Série 14 n°2, 1970

Formé à Buenos Aires, ce peintre est l’une des personnalités emblématiques de l’Op Art. Dès 1958, installé à Paris, il se passionne pour l’étude des effets lumineux et le mouvement, et participe à la fondation du G.R.A.V. avec d’autres artistes français. Les œuvres sont volontairement impersonnelles, dans le but d’être démocratiques. Elles fonctionnent sur une répétition de formes et de motifs géométriques, comme ici de cercles, associés à une gamme de couleurs éclatantes qui évoquent le prisme chromatique.

François Morellet, Violet, bleu, vert, jaune, orange, rouge
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François Morellet, Violet, bleu, vert, jaune, orange, rouge, 1953

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Huile sur bois • 80 × 80 cm • Coll. Centre Pompidou, MNAM-CCI, Paris • Photo © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / image Centre Pompidou, MNAM-CCI. © Adagp, Paris, 2019

François Morellet, Violet, bleu, vert, jaune, orange, rouge, 1953

François Morellet s’est ouvert à la peinture abstraite en 1950 en s’intéressant à l’œuvre de Piet Mondrian. Ses compositions géométriques sont réduites à la plus simple expression, et le hasard occupe une place importante dans son travail. François Morellet est l’un des membres fondateurs du G.R.A.V. et utilise des sources lumineuses dans ses œuvres et installations à partir du milieu des années 1960.

Par • le 22 juillet 2019

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