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Fondation de l’Hermitage

La part d’ombre de l’art

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Publié le , mis à jour le
Cet été, la Fondation de l’Hermitage, à Lausanne, se met à l’ombre ! Sa nouvelle exposition thématique explore les différentes formes et significations de l’ombre dans l’art, qu’elle soit romantique, caravagesque, impressionniste ou photographique. De la Renaissance à nos jours, cette concurrente de la lumière – que l’on dit depuis l’Antiquité à l’origine du dessin – n’a cessé d’accentuer les reliefs et de diffuser une atmosphère intime parfois dramatique, voire inquiétante… Pour une plongée fascinante dans les ténèbres.
Wolfgang Heimbach, Jeune fille au turban tenant une bougie
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Wolfgang Heimbach, Jeune fille au turban tenant une bougie, 2e moitié du XVIIe siècle

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Le ténébrisme selon Heimbach

On imagine aisément croiser cette Jeune fille au turban – attribuée à l’artiste allemand Wolfgang Heimbach (vers 1615 – vers 1678) – une nuit d’orage, le long d’un couloir exigu… Ses yeux sont à peine éclairés, tandis que sa bouche esquissant un sourire luit dans l’obscurité. En vogue dans les pays nordiques durant le XVIIe siècle, cette manière héritée du ténébrisme de Caravage sonde les effets plastiques (et dramatiques) spectaculaires des ombres, dans des scènes de genre. Ici produites par la flamme vacillante d’une bougie, elles ont jeté leur dévolu sur la mise exotique de la jeune fille, des méandres de son turban à l’éclat des boutons de son uniforme.

Huile sur toile • 72,2 x 61,8 cm • Coll. particulière

Joseph Wright of Derby, Deux filles déguisant un chaton à la lueur d’une bougie
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Joseph Wright of Derby, Deux filles déguisant un chaton à la lueur d’une bougie, 1768-1770

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La nuit, jeux interdits

En pleine nuit, deux petites filles jouent à la poupée. Mais inutile de s’attendrir devant leurs peaux veloutées et leurs sourires angéliques, car elles se livrent à un jeu pernicieux : la queue entre les jambes et le poil hérissé, un pauvre chaton est rhabillé avec la tenue de la poupée posée sur la table… Un secret qui prend une tournure d’autant plus douteuse qu’elle est éclairée par une vive lueur blanchâtre, volontairement choisie par le peintre anglais Joseph Wright of Derby (1734–1797) au XVIIIe siècle, pour trancher avec l’ombre enveloppante du tableau.

Huile sur toile • 89 x 68 cm • Coll. Kenwood House, Londres • © Historic England Photo Library

Eugène Delacroix, Autoportrait
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Eugène Delacroix, Autoportrait, 1818

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L’ombre romantique de Delacroix

Au début du XIXe siècle, Eugène Delacroix (1798–1863) a presque 20 ans et pose comme cadavre pour le magistral tableau de Théodore Géricault, le Radeau de la Méduse. C’est à cette période qu’il peint ce stupéfiant autoportrait, bien éloigné de toute expression agonisante… Le regard hypnotique et l’expression grave, le jeune génie prouve sa maîtrise des clairs-obscurs hérités de Rembrandt et se dépeint, avec un certain sens de la dramaturgie, en héros tourmenté, émergeant des ténèbres pour faire face à son destin.

Huile sur toile • 60,5 x 50,5 cm • Coll. Réunion des Musées Métropolitains Rouen Normandie, Musée des Beaux-Arts • © Photo C.Lancien, C.Loisel / Réunion des Musées Métropolitains Rouen Normandie

Émile Friant, Ombres portées
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Émile Friant, Ombres portées, 1891

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L’amante double

D’Adelbert von Chamisso à Hans Christian Andersen, les histoires d’ombres rebelles, révélant une identité double ou une part d’inconscient, nourrissent l’imaginaire littéraire du XIXe siècle. Un fantasme inquiétant traduit ici en peinture par Émile Friant (1863–1932) en 1891, dans un style naturaliste, avec ce jeune couple bourgeois en plein dissentiment. Car si l’ombre masculine prend le pas, prête à embrasser la joue de sa bien-aimée, l’ombre féminine, elle, demeure toujours aussi fuyante que son corps…

Huile sur toile • 117 x 68 cm • Coll. musée d'Orsay, Paris • © RMN-GP / Hervé Lewandowski / presse

Joaquín Sorolla y Bastida, L’ombre de la barque
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Joaquín Sorolla y Bastida, L’ombre de la barque, 1903

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Comme un voile

De ce voilier hors-champ peint en 1903 par l’artiste espagnol Joaquín Sorolla y Bastida (1863–1923), nous ne voyons que l’ombre… Mais il n’en reste pas moins un motif abstrait construit de formes mystérieuses, ondulant au gré des bosses sablonneuses. La plage, de ses vagues à son parasol planté dans le sol, est l’environnement propice à l’ombre troublante et vibrante ; celle qui, inscrite dans notre inconscient, n’est plus à passer au crible, mais qui participe à l’insolite beauté du quotidien…

Huile sur toile • 61,7 x 93 cm • © Museo Sorolla, Madrid

Claude Monet, Londres, le Parlement, reflets sur la Tamise
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Claude Monet, Londres, le Parlement, reflets sur la Tamise, 1905

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Monet et les couleurs de l’ombre

Du vert émeraude, du bleu cobalt, du pourpre… Lors de son deuxième voyage à Londres, en 1905, Claude Monet s’éprend des étonnants coloris du Parlement, et surtout de ceux provoqués par ses reflets sur la Tamise, à l’aube : il bannit alors le gris qui caractérise si souvent les ombres. Son pinceau balaye la toile de tons froids, fusionnant l’institution et son ombre portée en une seule et même forme nébuleuse.

Huile sur toile • 81,5 x 92 cm • Coll. musée Marmottan Monet, Paris • © musée Marmottan Monet, Paris / Bridgeman Images / presse

Andy Warhol, Autoportrait
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Andy Warhol, Autoportrait, 1966

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Quand Warhol peint avec son ombre

En 1965, le photographe Malcolm Kirk capture le portrait d’Andy Warhol (1928–1987) qui pose frontalement, l’index et le majeur posés devant la bouche, lui donnant un air de dandy désabusé. Un an plus tard, l’artiste recadre et agrandit le cliché, puis produit des sérigraphies sur toile qui renforcent et schématisent le jeu de contrastes. L’ombre semble dessiner ce portrait en clair-obscur pour le transformer en une puissante icône, version pop art !

Encre sérigraphique sur toile • 57 x 57 cm • Coll. musée d'art moderne et contemporain Saint Etienne Métropole • © Photo Yves Bresson, musée d'art moderne et contemporain Saint Etienne Métropole © The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, inc. / ADAGP, Paris 2019

Lee Friedlander, New York City
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Lee Friedlander, New York City, 1966

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Friedlander en ombre intrusive

C’est en examinant ses négatifs que le photographe américain Lee Friedlander (né en 1934), pionnier du style documentaire, remarque la présence récurrente de son reflet et de son ombre dans ses clichés. Dans les années 1960, il décide d’en jouer, immortalisant sa propre ombre portée, qui devient dès lors un intrus ou un personnage à part entière. Dans cette rue de New York, ce double inquiétant s’abat sur la fourrure d’une dame blonde… Le thriller peut débuter !

épreuve au gélatino - bromure d’argent (2004) • 21,9 x 32,7 cm • Coll. Fotomuseum Winterthur • © Lee Friedlander, courtesy Fraenkel Gallery, San Francisco

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Ombres de la Renaissance à nos jours

Du 28 juin 2019 au 27 octobre 2019

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