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Bordeaux

Les prodigieuses créatures (in)ventées de Theo Jansen

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À Bordeaux, l’artiste néerlandais Theo Jansen expose dix de ses fabuleuses Strandbeests – ou « bêtes de plage » – qu’il crée depuis 30 ans. Grâce à des voiles et d’ingénieux mécanismes, ces étonnantes sculptures mobiles marchent toutes seules en dépliant leurs pattes, uniquement mues par la force du vent. Rencontre avec un poète-inventeur qui a fait de Zéphyr son allié, et du sable son terrain de jeu !
L’artiste Theo Jansen posant avec une de ses « Strandbeests » lors de son happening au Miroir d’eau de Bordeaux
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L’artiste Theo Jansen posant avec une de ses « Strandbeests » lors de son happening au Miroir d’eau de Bordeaux, 2022

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© Pierre Planchenault

Le 30 septembre, au bord de la Garonne, sur le « Miroir d’eau », fameuse esplanade bordelaise où se reflètent les édifices classiques de la place de la Bourse, des badauds médusés assistent à un spectacle surréaliste : sous un ciel bleu radieux parsemé de petits nuages blancs, dignes d’un rêve d’enfant, un élégant septuagénaire aux yeux pâles et de stature nordique y tracte, durant près de deux heures, une curieuse machine couleur paille dotée, tel un bateau, de voiles blanches gonflées par la brise.

La foule attend, fébrile. Pas assez de vent, murmurent les initiés… Puis, soudain, un souffle. L’étrange créature prend vie : comme par magie, la voilà qui déplie ses longues pattes d’araignée grinçantes et se met à avancer seule d’un air déterminé… Faisant rire et sourire adultes et enfants qui, aussitôt, se lancent à sa poursuite !

Vue de la partie inférieure de la structure détaillant son squelette de tubes en PVC
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Vue de la partie inférieure de la structure détaillant son squelette de tubes en PVC, 2022

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© Pierre Planchenault

La bête n’est pas dans son habitat naturel. D’habitude, les Strandbeests courent sur la grande plage hollandaise où leur créateur, Theo Jansen (né en 1948), vit un heureux exil. À mi-chemin entre les cerfs-volants traditionnels asiatiques (auxquels l’artiste chinois Ai Weiwei rendait un bel hommage en 2016 avec son exposition « Er Xi, Air de jeux ») et les machines sophistiquées de Léonard de Vinci, ces créatures semblent faites en osier, en bambou ou en bois flotté. Mais ce sont en réalité des tubes en PVC beige clair, protégeant habituellement les câbles électriques dans les maisons, qui composent leurs curieux squelettes articulés, savamment conçus pour que le vent (et rien d’autre) les mette en mouvement !

D’une démarche scientifique, Jansen tire des sculptures cinétiques d’une poésie exquise, des « machines à rêves » recensées dans un livre de plus de 300 pages publié aux éditions Taschen. « Je fais des croquis et des calculs, mais le meilleur résultat vient souvent en bricolant et en expérimentant directement sur la plage, explique humblement l’inventeur. Ce sont les tubes et leur fonctionnement face au vent qui donnent aux bêtes leur forme finale. Je me laisse surprendre par leur beauté, qui est purement fortuite ».

Comme avec l’évolution des espèces théorisée par Darwin, seuls les plus viables survivent. Beaucoup de mes idées fonctionnent mal et me poussent à déclarer l’extinction d’une famille.

Ces curieux animaux, le Néerlandais en a conçu plus d’une cinquantaine depuis 1990, de toutes les formes et de toutes les tailles, parfois monumentaux. Et chacun doté d’une démarche propre ! L’un avance grâce à des bouteilles qui captent l’air et agissent comme des pompes qui le poussent en avant ; l’autre imite les contorsions de la chenille pour évoluer sur des terrains accidentés… À l’occasion du Festival international des arts de Bordeaux métropole (FAB), dix d’entre eux sont en ce moment exposés en plein air au musée des Beaux-Arts de la ville, tels des fossiles ou des squelettes de dinosaures. Les autres se trouvent en Hollande auprès de l’artiste, ou dispersés dans des collections à travers le monde, notamment au Japon et en Uruguay, où un collectionneur a aménagé spécialement une étable et une plage privée pour ses cinq spécimens !

Prégluton, Gluton, Vaporum… L’artiste a établi une chronologie où de curieux âges préhistoriques et des noms de bêtes en latin se succèdent, formant un arbre généalogique fantasque. « Chaque âge correspond à un nouveau stade d’évolution lié à l’introduction d’un matériau différent, d’une nouvelle technique d’assemblage ou d’un nouveau type de structure, précise-t-il. Comme avec l’évolution des espèces théorisée par Darwin, seuls les plus viables survivent. Beaucoup de mes idées fonctionnent mal et me poussent à déclarer l’extinction d’une famille. Par exemple, le Spinalis et ses dérivés étaient pathétiques : ils pouvaient à peine bouger ! ».

Theo Jansen devant une de ses « Strandbeests » au Miroir d’eau de Bordeaux
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Theo Jansen devant une de ses « Strandbeests » au Miroir d’eau de Bordeaux, 2022

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Bordeaux • © Pierre Planchenault

Fils de fermiers catholiques néerlandais, perdu dans une fratrie de onze enfants, Jansen rêvait d’être pilote. Mais sa vue n’était pas assez bonne. Lancé par défaut dans des études de physique, il découvre le mouvement hippie et décide de devenir peintre. En 1979, il conçoit une sculpture de soucoupe volante en tubes de PVC (choisis pour leur coût très bas) de quatre mètres de long, portée par de l’hélium, qui manque de causer une émeute en survolant la ville de Delft avant de disparaître dans les nuages ! Dix ans plus tard, ses bêtes de plage lui permettront de faire le lien entre ce ciel rêvé et la mer qui a bercé son enfance.

« Après la guerre, beaucoup de maisons sur la côte étaient disponibles pour pas cher, car après les évacuations, certains habitants n’étaient pas revenus. Mes parents, qui avaient dû vendre leur ferme à cause de problèmes financiers, se sont installés dans l’une d’entre elles et ont commencé à louer des chambres. ». Le voilà confronté au vent, cette force « à la fois destructrice et merveilleuse », si importante pour les habitants des Pays-Bas, contrée des moulins prospères et des tableaux de tempête. « En ces temps terribles qui nous font perdre foi en l’humanité, j’espère que mon travail pousse les gens à s’émerveiller encore face à la vie ». L’art de Theo Jansen, ce n’est pas que du vent !

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Strandbeests, The New Generation

Du 1 octobre 2022 au 1 janvier 2023

fab.festivalbordeaux.com

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FAB - Festival International des Arts de Bordeaux Métropole

Du 1er au 16 octobre 2022

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À lire : Strandbeest. Les machines à rêves de Theo Jansen

Éditions Taschen, 328 p., 60 euros.

Retrouvez dans l’Encyclo : Âge d'or néerlandais

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