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Cracovie

Les rêves Art nouveau de Stanisław Wyspiański

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Publié le , mis à jour le
Véritable gloire nationale dans son pays, le nom et surtout le talent de Stanisław Wyspiański sont méconnus en France. Figure de proue du mouvement Jeune Pologne, il était à la fois poète, peintre et ébéniste. Ses multiples talents sont célébrés au musée national de Cracovie, à l’occasion d’une rétrospective inédite rassemblant plus de 600 pièces.
Stanisław Wyspiański, Autoportrait
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Stanisław Wyspiański, Autoportrait, 1903

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Pastel sur papier • 63 x 47 cm • © Muzeum Narodowe w Krakowie

C’est un regard qu’il est difficile d’oublier, qui vous pénètre comme un vent froid venu de l’Est. Ce regard est celui d’un poète au sens hugolien du terme, un « rêveur sacré », visionnaire et engagé. Celui d’un artiste devenu une véritable gloire nationale dans son pays et dont la notoriété aura hélas du mal à passer les frontières.

Car de Stanisław Wyspiański, l’Europe – et en particulier la France – ne sait à peu près rien, sauf peut-être qu’il est l’auteur de Wesele (1901), une pièce de théâtre portée à l’écran en 1973 par un compatriote, le réalisateur Andrzej Wajda. Dramaturge, poète, peintre, metteur en scène, architecte, ébéniste… Stanisław Wyspiański est pourtant l’un des artistes les plus prolifiques du XIXe siècle. Né en 1865 à Cracovie, alors que la Pologne n’a plus d’existence propre et est partagée entre l’Empire russe, le royaume de Prusse et l’Empire austro-hongrois, il étudie aux Beaux-Arts de la ville auprès de Jan Matejko, une autre grande figure de l’art polonais, largement reconnu pour ses imposantes peintures d’histoire.

Stanisław Wyspiański, Polychromies ornant l’église Saint-François-d’Assise de Cracovie
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Stanisław Wyspiański, Polychromies ornant l’église Saint-François-d’Assise de Cracovie

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© Hervé Champollion / akg-images

Puis il tente sa chance aux Beaux-Arts de Paris, mais est refusé. Stanisław Wyspiański cultive alors en France sa passion pour le théâtre, là encore sans grand succès, il faut le dire. Pour survivre, le jeune homme réalise de nombreux portraits qu’il vend à des familles bourgeoises. Il ne cache pas son admiration pour Pierre Puvis de Chavannes et rêve de participer au salon du Champ de Mars, organisé par la Société Nationale des Beaux Arts, fondée par ce dernier en 1890. Mais c’est finalement à Cracovie qu’il s’épanouira en tant qu’artiste, en s’engageant notamment dès son retour en 1894 dans le mouvement Jeune Pologne (Młoda Polska), un courant artistique à la fois néoromantique et moderniste, empreint de mysticisme et prônant l’art pour l’art.

Stanisław Wyspiański, Projets de décoration de l’église Saint-François-d’Assise de Cracovie
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Stanisław Wyspiański, Projets de décoration de l’église Saint-François-d’Assise de Cracovie, 1895-1896

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Pastel sur papier • © Muzeum Narodowe w Krakowie

Stanisław Wyspiański jouit déjà d’une certaine notoriété lorsqu’on lui confie, la même année, le chantier de l’église Saint-François-d’Assise de Cracovie, qui deviendra son chef-d’œuvre. L’artiste installe son atelier dans ce monument du XIIIe siècle qui avait été ravagé par un incendie en 1850, travaillant sans relâche à la réalisation de polychromies. Un ouvrage titanesque dont le musée national de Cracovie conserve les fragiles cartons colorés, travaux préparatoires indispensables aux motifs floraux et ornementaux de style Art nouveau (mais aussi largement inspirés du folklore polonais), qui étaient soigneusement reportés au charbon, à l’aide d’un calque, sur les murs de la bâtisse.

Stanisław Wyspiański, Dieu le Créateur, vitrail ornant l’église Saint-François-d’Assise de Cracovie
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Stanisław Wyspiański, Dieu le Créateur, vitrail ornant l’église Saint-François-d’Assise de Cracovie, 1905

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© Lestat (Jan Mehlich)

Pour cette même église, l’artiste travaille également à la réalisation des vitraux. Mais cette nouvelle collaboration connaît quelques turbulences, comme le rapportent les nombreuses lettres qu’il adresse à son ami, le poète Lucjan Rydel. Trop audacieux ? Trop moderne ? Les Franciscains refusent en effet des cartons représentant des saintes jugées trop réalistes – et surtout trop laides –, à mille lieues de l’idéal chrétien. Stanisław Wyspiański, pourtant peu enclin aux compromis (son tempérament lui fera d’ailleurs perdre plusieurs commandes publiques), cède. Point d’orgue du chantier, l’imposant vitrail représentant Dieu le Père entouré d’anges déchus, et dont le geste rappelle celui d’un Moïse brisant les tables de loi, marque la fin de sa collaboration avec les Franciscains.

Stanisław Wyspiański, Maternité
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Stanisław Wyspiański, Maternité, 1905

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Pastel sur papier • 58,8 x 91,0 cm • © Muzeum Narodowe w Krakowie

Pendant toutes ces années, Stanisław Wyspiański n’a jamais cessé de travailler sur d’autres projets artistiques : de nombreuses pièces de théâtre (dont les fameuses Noces, mais aussi La Nuit de Novembre ou Les Juges) ou encore des projets décoratifs (comme l’imposant vitrail représentant Apollon et le système Copernic, conçu pour la société médicale de Cracovie), tout en s’impliquant activement dans la société d’artistes polonais, Sztuka. Moins connus que ses réalisations publiques et ses écrits, les pastels qu’il consacre à sa famille au début des années 1900 témoignent avec tendresse de son attachement au folklore et à l’identité polonaise, meurtrie par de multiples invasions et insurrections. Avant sa mort, Stanisław Wyspiański avait pour projet fou de reconstruire l’imposante colline fortifiée du Wawel et son château, qui dominent Cracovie et la Vistule, afin d’en faire une acropole, un centre politique, culturel et religieux de la Pologne ressuscitée. L’ultime rêve d’un artiste total, décédé prématurément à l’âge de 38 ans, sans avoir vu, dix ans plus tard, le pays finalement retrouver son indépendance.

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Wyspiański. Nieznany

Du 16 janvier 2019 au 5 mai 2019

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