Vue de l’exposition, crâne de “Cro-Magnon I”, dit le Vieillard
© Centre Pompidou / Photo Philippe Migeat
Vue de l’exposition, salle consacrée à Paul Cézanne
Cézanne, explorateur de la matière et du temps
L’essor de l’« histoire naturelle » promet, au siècle des Lumières, de faire le jour sur ce mystérieux passé. En effet, à partir de la fin du siècle, la géologie sait distinguer les différentes strates de l’Histoire à l’aide de traces comme les éclats, les fissures et les fossiles laissés dans la roche. Cette dimension géologique du paysage fascine Paul Cézanne (1839–1906), devenant, dès les années 1860, un élément à part entière de son œuvre. Ses vues des carrières de Bibémus sondent et capturent cette épaisseur du temps que renferme la matière du sol.
© Centre Pompidou / Photo Philippe Migeat
Vue de l’exposition. À gauche : Max Ernst. À droite : Graham Sutherland, “The Origins of the Land”, 1950-1951
À la recherche d’une terre vierge
Au plus profond des roches demeure un temps où l’Homme n’était pas encore. La disparition des espèces précédant l’humanité annoncerait-elle la disparition de la nôtre ? Confrontant ce passé lointain, celui d’une terre sans hommes, à un déclin de la société moderne, cette troisième salle montre comment le monde purement minéral de la préhistoire inspire les artistes au XXe siècle, à l’image de Max Ernst (1891–1976) et ses paysages stratigraphiques, ou Jean Dubuffet (1901–1985) qui fait de la terre sa matière picturale.
© Centre Pompidou / Photo Philippe Migeat
Vue de l’exposition. Au premier plan : Yves Klein, “Anthropométrie sans titre (ANT 84)”, 1960
L’art comme élan vital des premiers hommes
Cet imposant tableau d’Yves Klein (1928–1962) fait écho aux peintures rupestres, traces des premières tentatives de l’Homme de s’inscrire dans le monde. La femme, comme image de la fertilité, et l’animal sont des sujets alors préférés à la figure masculine. Les statuettes de Vénus, anciennes de plus de 20 000 ans, incarnent le mystère du sexe et de la vie, tout comme les petites sculptures signées Pablo Picasso (1881–1973) ou Henri Matisse (1869–1954), exposées en regard.
Pigment pur et résine synthétique sur papier marouflé sur toile • © Centre Pompidou / Photo Philippe Migeat
Vue d’exposition avec les œuvres de Joan Miró
L’avènement du geste artistique
Prenant la forme d’un long couloir, cette salle inscrit dans la scénographie le passage de la nature à la technique et de la technique à l’art. Inscriptions, bifaces, grattoirs et graffitis habillent les murs, retraçant l’histoire du geste dans les œuvres de Fernand Léger (1881–1955) ou de Claes Oldenburg (né en 1929). Joan Miró (1983–1983) brouille quant à lui les pistes entre gestes et outils dans ses œuvres aux formes abstraites, pouvant tout aussi bien représenter des instruments taillés par nos ancêtres.
© Centre Pompidou / Photo Philippe Migeat
Vue de l’exposition, salle consacrée à La Caverne. Miquel Barceló, “Le Grand Verre de Terre”, 2016
Dans les ténèbres de la grotte
Replongeons dans l’obscurité ! Celle de la caverne, capsule existant en dehors du temps. Ici, les tableaux inspirés de peintures rupestres envahissent les murs. L’installation Cripta (1991) de Claudio Parmiggiani (né en 1943) renferme un espace privé de lumière et de bruit. Il faut se baisser pour pénétrer à l’intérieur. Là, se révèle un mur recouvert d’empreintes de mains luisantes.
© Centre Pompidou / Photo Philippe Migeat
Vue de l’exposition. Au premier plan : Richard Long, “Snake Circle”, 1991
Le pouvoir de fascination des mégalithes
La découverte d’outils en pierre polie marque de début de la période du Néolithique. Les mégalithes – dolmens et menhirs – qui s’érigent alors fascinent les artistes, de Caspar David Friedrich (1774–1840) à Alberto Giacometti (1901–1966), pour leur mystérieuse symbolique et les rites qu’ils présupposent. Ces constructions de pierre habitent également les œuvres de Jean Arp (1886–1966) ou de Richard Long (né en 1945), qui y voient l’une des premières manifestations de l’abstraction en art.
© Centre Pompidou / Photo Philippe Migeat
Vue de l’exposition, section Présents préhistoriques. Au premier plan : Bertrand Lavier, “La Vénus d’Amiens”, 2015
La préhistoire fantasmée
Transposer le passé en un potentiel futur, tel a été le sort de la préhistoire dès le début du XXe siècle. La science-fiction, notamment, en a fait un de ses topoï. L’installation des frères Jake et Dinos Chapman (nés en 1966 et 1962) témoigne quant à elle du passage de la préhistoire dans la pop culture, où histoire des sciences, fiction et fantasmes se confondent.
© Centre Pompidou / Photo Philippe Migeat
Vue de l’exposition. Giuseppe Penone, “Struttura del tempo”, 1992
L’avenir malgré l’obscurité
Le Temps est-il cyclique ? Sommes-nous voués au même sort que les espèces qui nous ont précédés ? L’épilogue de l’exposition nous replonge une dernière fois dans l’obscurité. Mais nous ne sommes pas perdus pour autant : l’installation Structures du temps de Giuseppe Penone (né en 1947), alternant entre matière et néant, nous guide vers la sortie. Cette ligne temporelle décousue et incomplète renvoie aux différentes périodes d’oubli du passé, tout en nous menant vers l’avenir.
© Centre Pompidou / Photo Philippe Migeat
Préhistoire, une énigme moderne
Du 8 mai 2019 au 16 septembre 2019
Centre Georges Pompidou • Place Georges Pompidou • 75004 Paris
www.centrepompidou.fr
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Les origines en lumière
« Sur l’ombre que je suis déjà gravite la charge du passé. Elle est infinie. » Les mots de Jorge Luis Borges accueillent les visiteurs dans un espace où seules deux œuvres émergent de l’obscurité. Le crâne d’Homo sapiens (vers – 28000 ans) rappelle l’existence de l’Homme à une époque lointaine, dans un monde oublié. Le parcours invite ainsi à traverser et dépasser cette obscurité pour résoudre l’énigme de la préhistoire, qui inspire la création artistique depuis deux siècles.