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Reportage

À Giverny, dans les coulisses d’un musée confiné

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Publié le , mis à jour le
Il y a eu le printemps, et puis l’automne. Deux confinements assortis de fermetures, d’annulations et de reports en pagaille, qui ont bouleversé l’emploi du temps des musées. Certains employés ont été placés en chômage partiel. Mais les autres – directeurs, restaurateurs, jardiniers ? Comment, et à quoi travaillent-ils dans un établissement fermé ? À Giverny, le musée des Impressionnismes, qui n’ouvrira qu’à partir du 1er avril 2021, nous a accueillis dans ses coulisses. Reportage.
L’entrée close du musée des Impressionnismes à Giverny
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L’entrée close du musée des Impressionnismes à Giverny, automne 2020

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© Maurine Tric pour Beaux Arts Magazine

Mercredi 25 novembre, jour de brouillard. Hier, le Président de la République a annoncé la (probable) réouverture des théâtres, cinémas et musées le 15 décembre. Un petit espoir, mais le confinement reste, pour le moment, de mise. À Giverny, pas un chat, ou presque : un matou solitaire traverse la rue principale, vide des centaines de milliers de touristes venus du monde entier qui l’arpentent chaque année, sur les pas de Monet et de ses nénuphars. Le seul bruit perceptible, hormis celui du vent dans les arbres, vient du jardin du musée des Impressionnismes. Là, trois jardiniers bravent le froid en manches courtes pour repenser l’entrée des visiteurs. Mission du jour : retirer une partie de la pergola, et faire en sorte que la sculpture de l’artiste italien Giuseppe Penone, installée le 1er septembre dans le jardin, soit plus visible et mieux mise en valeur. Reproduisant fidèlement la forme d’un chêne, celle-ci se dissimule pour le moment parfaitement dans l’environnement – un véritable trompe-l’œil !

Jardins du musée des Impressionnismes à Giverny
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Jardins du musée des Impressionnismes à Giverny, le 25 novembre 2020

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© Maurine Tric

Habituellement en télétravail, Géraldine Brilhault, responsable de la communication et des actions culturelles, est sur place pour nous accueillir et nous introduire à Emmanuel Besnard. Depuis 1998, c’est lui qui prend soin du jardin conçu par le paysagiste Mark Rudkin, lui qui réinvente ses différentes parcelles chromatiques (il y a le jardin noir, le blanc, le rose…) et thématiques (deux d’entre elles sont réservées au thème de l’exposition du moment, avec lequel résonnent des plantes choisies pour l’occasion). « En ce moment, on plante les plantes de printemps en bulbes, comme des tulipes, des narcisses et des jacinthes, et les bisannuelles, des pensées, des giroflées ou des pâquerettes. » Autrement dit, un programme habituel pour un mois de novembre, pas perturbé pour un sou par le confinement.

Dans les allées du jardin du musée des Impressionnismes de Giverny
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Dans les allées du jardin du musée des Impressionnismes de Giverny, 25 novembre 2020

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© Maurine Tric

Il faut dire ici que le calendrier du musée prévoit toujours une fermeture durant l’hiver ; cette année toutefois, elle devait débuter plus tard pour compenser la fermeture du printemps, et aller du 3 janvier au 1er avril. Elle aura finalement débuté dès le 30 octobre, plongeant dans le noir de façon prématurée l’exposition L’Atelier de la nature, 1860–1910. D’ailleurs, celle-ci n’a même pas encore été décrochée. Dans le hall d’entrée du musée, la boutique fourmille de livres d’art et d’objets déco. « D’ordinaire, on vide tout pour l’hiver », nous confie Géraldine Brilhault, le regard triste devant ces étalages qu’aucune vie n’habite. Les amateurs du click & collect pourront toutefois fureter virtuellement dans ses rayonnages sur le site du musée et passer prendre leurs achats au musée.

Le hall d’accueil déserté du musée
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Le hall d’accueil déserté du musée, 25 novembre 2020

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© Photo Maurine Tric

Pour ce deuxième confinement, le télétravail est plus souple : la restauratrice passe vérifier l’état des œuvres en réserve, les employés peuvent venir, le directeur est là. Au sous-sol, des travaux qui devaient transformer une salle d’exposition en atelier pour enfants en ont profité pour débuter deux mois plus tôt que prévu. Une verrière en bandeau, dissimulée il y a encore quelques jours derrière une cimaise, laisse apparaître la lumière du soleil ; bientôt, de nouveaux placards modulables achèveront la transformation de l’espace. Une bonne nouvelle, qui rend à cette salle un peu de l’usage d’accueil du public auquel la prédestinait initialement Philippe Robert, l’architecte du musée. Autrefois, les scolaires se réunissaient dehors, et les enfants venus pendant les vacances dessinaient directement dans les salles d’exposition – pas très pratique avec le matériel et les affaires diverses. « On ouvre les possibilités ! Il y aura aussi des ateliers pour adultes, ce qui est une grande nouveauté. »

Extérieurs du musée
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Extérieurs du musée

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© Photo Maurine Tric

L’année 2020 a vu l’annulation de la prometteuse exposition Plein air, de Corot à Monet et l’amputation de deux mois de L’Atelier de la nature.

Retour dans le jardin, que l’on traverse pour aller bavarder avec le directeur. Le restaurant, si sympathique d’ordinaire avec ses grandes verrières, fait peine à voir avec ses chaises empilées. Les feuilles mortes, brunes et mouillées, tapissent le sol et donnent un air reposant à l’ensemble ; si on ne connaissait pas la crise sanitaire qui sévit, on pourrait penser que le musée hiberne et reprend des forces après une bonne saison touristique. Ce n’est ni tout à fait vrai, ni tout à fait faux. Car son public est plus français et européen qu’asiatique, et le musée n’a pas souffert d’une fréquentation trop mauvaise ; seuls les Américains ont manqué à l’appel. Et puis l’année 2020 a été positive à bien des égards : un nouveau site internet, deux expositions organisées malgré tout, l’arrivée de l’œuvre de Penone dans le jardin…

En 2021, bal pop, ciné en plein air, yoga…

« Mais on ne fera pas notre carte de vœux avec une rétrospective de 2020 ! » Nous recevant dans son bureau, Cyrille Sciama, le directeur, est lucide : mieux vaut regarder vers l’avenir et songer à 2021 que revenir sur cette année « tellement catastrophique », qui a vu l’annulation de la prometteuse exposition Plein air, de Corot à Monet et l’amputation de deux mois de L’Atelier de la nature. « On est sur des sables mouvants », continue-t-il, sans toutefois perdre de son enthousiasme quant aux possibles à venir. Et d’énumérer les activités promises pour le printemps et l’été prochains : un bal populaire, une soirée électro, un cinéma en plein air, du yoga dans le jardin, une randonnée impressionniste, de la danse…

Cyrille Sciama, directeur du musée des Impressionnismes de Giverny, dans son bureau
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Cyrille Sciama, directeur du musée des Impressionnismes de Giverny, dans son bureau, novembre 2020

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© Photo Maurine Tric

La prochaine exposition, Côté jardin. De Monet à Bonnard, faisait partie de « ces idées qui trottent dans la tête d’un conservateur » et était envisagée pour 2025 ou 2026. Mais il a fallu revoir un « planning prévu jusqu’en 2024 » et réagir à l’urgence de l’annulation d’une rétrospective Monet. Résultat : une expo imaginée en septembre, aux prêts majoritairement français (seules trois œuvres viennent d’Allemagne et de Suisse). Composée grâce à « des collègues qui ont été très généreux » – comme le musée d’Orsay qui prête plus d’une trentaine d’œuvres –, Côté jardin dit aussi beaucoup des préoccupations muséales actuelles : faire des projets éco-responsables, moins chers…

C’est exactement ce dont Cyrille Sciama s’apprêtait à discuter lors d’une réunion par Zoom (une solution d’échanges qu’il n’aime guère, lui dont le quotidien est d’ordinaire rythmé de rendez-vous et de rencontres), le lendemain de notre visite, avec des confrères spécialistes du XIXe siècle : penser ce « monde d’après » qu’on espère plus écologique, en réfléchissant par exemple à des solutions de transports d’œuvres moins dispendieuses… Et « revenir à quelque chose de plus raisonnable ». Alors oui, il y a les masques, le gel, les réunions en visio-conférence qui fonctionnent mal, le télétravail, oui il y a la solitude des ordinateurs, le silence des salles d’exposition, les annulations, mais Cyrille Sciama fait bonne figure. Et pense déjà à demain.

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Côté jardin. De Monet à Bonnard

Du 1 avril 2021 au 1 novembre 2021

www.mdig.fr

Retrouvez dans l’Encyclo : Impressionnisme Giuseppe Penone

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