L.O.R., Monica. Réactivation/Slide 77, France, 2017
Caisson lumineux • 28 x 41,5 cm • © L.O.R., Courtesy galerie Lumière des roses
C’est peut-être cela, le propre de l’art photographique : saisir en plein vol un morceau d’intimité et l’exposer à la vue de tous. À la galerie Lumière des roses, les jupes des filles se soulèvent sous l’œil indiscret du photographe, entre plaisir et voyeurisme. L’exposition réunit un ensemble d’images puisées dans la photo anonyme et amateur, ainsi que dans le travail d’artistes contemporains comme Kōhei Yoshiyuki et Merry Alpern. Toutes dérangent autant qu’elles fascinent.
On hésite quelques instants à entretenir cette intrusion, avant de se laisser séduire. Car à la différence d’un voyeur qui trouve son plaisir dans le sujet sans prêter attention à la forme, le photographe s’intéresse à ce qu’il capture dans sa globalité. En résultent des compositions travaillées, souvent le fait d’un regard masculin, qui font de nous le témoin d’une intimité dévoilée.
Photographe anonyme, Sans titre, France, vers 1930–1940
Tirage argentique rehaussé à l’aquarelle • Courtesy galerie Lumière des roses
Des jeunes filles en costume de bain prennent le soleil sur les plages de Brighton à la fin du XIXe siècle. La photo – un instantané – est prise à la volée, avec un appareil dissimulé sous le manteau. Le corps des fillettes semble fasciner l’artiste. Plus loin, il y a cet homme qui, pendant des années, a photographié sa femme, nue ou presque, sans jamais franchir les frontières de la pornographie. Les portraits fétichistes, en noir et blanc, sont ensuite colorisés par le photographe amateur, qui maquille son épouse à l’envi. Et puis il y a toutes ces femmes en sous-vêtements et en maillots de bain, prises en photo à travers le rideau d’une cabine, ou endormies sur la plage.
Merry Alpern, From the series « Dirty Windows », États-Unis, 1993–1994
Tirage argentique • © Merry Alpert, courtesy Galerie Lumière des roses
Le sujet devient d’autant plus intéressant quand le voyeurisme n’est plus un simple plaisir coupable mais qu’il est revendiqué par le photographe. C’est le cas de Merry Alpern et sa série très controversée sur la prostitution à Manhattan, réalisée de 1993 à 1994. À l’aide d’un téléobjectif, elle a photographié ces femmes à travers des fenêtres, en train de se changer, de faire une fellation ou de prendre un rail de cocaïne. Elle est l’une des rares photographes à avoir dépeint cette profession sous le prisme du voyeurisme.
L.O.R., Clin d’œil. Réactivation/réseau lenticulaire, années 1950
Tirage argentique avec réseau lenticulaire • © L.O.R., Courtesy galerie Lumière des roses
Et puis on découvre aussi les étranges clichés à l’infrarouge de Kōhei Yoshiyuki, pris dans les années 1970, qui dévoilent des Japonais en plein ébat dans un parc tokyoïte. Cette fois, ce sont surtout des hommes qui sont observés et, à les voir, on a l’impression que l’artiste s’est glissé dans la peau d’un photographe animalier qui étudierait, avec tendresse, des créatures nocturnes. Avant de partir, une dernière installation attire notre attention. Au milieu de la salle trône un œil-de-bœuf. De loin, on aperçoit l’œil clos d’une femme, mais lorsque l’on s’approche de la lucarne, il s’ouvre brusquement. Un regard interrogateur, furtif mais soutenu, qui fait écho à celui que l’on pose sur les photos de cette exposition captivante.
J'aime regarder les filles
Du 4 octobre 2017 au 9 décembre 2017
Galerie Lumière des roses • 14 Rue Jean Jacques Rousseau • 93100 Montreuil
lumieredesroses.com
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