PHOTOGRAPHIE

Au Bicolore, un Groenland loin des clichés raconté par le photographe inuit Inuuteq Storch

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Publié le , mis à jour le
Cet automne, le Bicolore, espace culturel de la Maison du Danemark situé sur les Champs-Élysées, accueille les images glacées du photographe inuit Inuuteq Storch qui a représenté le Danemark à la Biennale de Venise en 2024. Une exposition gratuite en plein cœur de Paris qui casse les clichés de ce territoire polaire et aborde le quotidien de ses habitants.
Inuuteq Storch, De la série “Soon Will Summer Be Over”
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Inuuteq Storch, De la série “Soon Will Summer Be Over”, 2023

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Photographie • © Inuuteq Storch

Cette photographie aurait pu n’être qu’un cliché de carte postale : des colosses de glace étincelants, reflétés dans un lac gelé. Mais une main surgit dans le cadre – celle du photographe, sans nul doute – qui fait le signe des cornes. D’emblée, Inuuteq Storch déjoue nos attentes : son Groenland n’est pas une image figée, mais un territoire traversé d’humour et de résistance.

Né en 1989 à Sisimiut, Storch appartient à une génération d’artistes kalaallit (nom des habitants du Groenland) décidés à réinventer la manière de raconter leur pays. Formé à New York et à Copenhague, il a représenté le Danemark à la Biennale de Venise en 2024. Avec « Gardiens de l’Océan », visible jusqu’au 23 novembre 2025 au Bicolore – Maison du Danemark à Paris, il poursuit ce geste : déconstruire les récits dominants qui enferment le Groenland dans un exotisme glacé.

Le quotidien d’un territoire complexe

Inuuteq Storch, De la série « Soon Will Summer Be Over »
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Inuuteq Storch, De la série « Soon Will Summer Be Over », 2023

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© Inuuteq Storch

Le parcours s’articule en trois espaces et puise dans ses séries les plus marquantes, dont « Soon Will Summer Be Over » et « Keepers of the Ocean ». L’introduction s’ouvre sur un vaste panoramique – la vue depuis la maison de l’artiste –, mis en regard de caissons lumineux : deux jeunes Kalaallit s’enlacent, des enfants se prélassent sous le soleil… L’exposition installe dès lors un va-et-vient entre la splendeur du Groenland et la banalité du quotidien de ses habitants.

Les tirages du second espace composent une mosaïque de vies groenlandaises : un petit garçon en jogging, un chien tenu en laisse par sa maîtresse, les restes d’un repas partagé… Autant de détails apparemment ordinaires qui révèlent la complexité d’un territoire où traditions inuit, héritage colonial et influences danoises s’entremêlent.

Images imparfaites et intimes

En fin de parcours, l’accrochage bascule dans la vidéo, avec trois œuvres projetées en boucle. Ici, Storch refuse toute narration linéaire : ses montages fragmentés composent une mémoire mouvante, où visages et paysages se superposent comme pour rappeler que l’histoire du Groenland reste un récit en devenir.

Inuuteq Storch, De la série « Keepers of the Ocean »
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Inuuteq Storch, De la série « Keepers of the Ocean », 2019

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Photographie • © Inuuteq Storch

À rebours de la froide objectivité ethnographique, Storch choisit une photographie assumant ses imperfections pour mieux affirmer sa vitalité. Travaillant en argentique, il revendique le grain, les surexpositions, les accidents visuels. Ce refus de la perfection technique est un geste politique, donnant droit de cité à la spontanéité et à l’intime. Souvent ambiguës, ses images ne se livrent pas à un sens univoque.

« Gardiens de l’Océan » s’impose ainsi comme une invitation à écouter les voix d’un peuple qui, face aux blessures coloniales et aux bouleversements climatiques, continue de tenir la mer pour horizon vital.

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Gardiens de l'Océan

Du 19 octobre 2025 au 23 novembre 2025

lebicolore.dk

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